L’indépendance des États-Unis, le rôle de la Marine française

Je l’ai lu dernièrement. Le 25 septembre 2013, tandis que plusieurs personnalités franco-américaines étaient réunies au consulat de France, à New York, pour évoquer la possible traversée de l’Atlantique de la réplique de l’Hermione en 2015, Miles Young, président de l’association Friends of Hermione – Lafayette in America, regrettait que « les Américains ne reconnaissent pas forcément le rôle de la France dans la guerre d’Indépendance, encore moins de la marine française. »

Tel ne fut pas toujours le cas. Faisons un retour en arrière de plus d’un siècle… En 1881 fut célébré, en grande pompe, aux États-Unis, le centenaire de la victoire de Yorktown, qui eut pour conséquence la capitulation de l’armée anglaise commandée par le général Cornwallis et, de fait, l’indépendance de la nation américaine.

Robert Winthrop, président de la Société historique du Massachusetts, fit à cette occasion un discours dans lequel il évoqua longuement l’aide de la France : « de la France, autrefois une monarchie absolue, depuis un empire, puis une monarchie constitutionnelle, aujourd’hui une république, mais toujours la France […] Nous n’avons point oublié que c’est à la monarchie des Bourbons que nous avons dû cette aide. Nous n’avons point oublié que c’est dans les rangs les plus élevés de la société française qu’est né l’enthousiasme pour la cause de notre liberté, et que de son sein sont partis ces braves officiers qui sont venus à notre secours… »

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A propos de la prise de la Grenade (1779)

Bataille de la Grenade, par Jean-François Hue

La nouvelle de la prise de la Grenade par d’Estaing, au début du mois de juillet 1779, eut en France un énorme retentissement. Elle excita dans le pays un enthousiasme semblable à celui avec lequel on avait accueilli, sous le règne de Louis XV, les victoires de Fontenoy (1749) et, un peu plus tard, de Minorque (1756). Dans l’escadre même, où se trouvait des hommes comme de Grasse, Lamotte-Picquet, Suffren, etc., un bel élan animait les officiers dans le désir commun d’acquérir de la gloire, même si ceux-ci ne s’entendaient malheureusement pas toujours.

Pour illustrer cette idée, la revue Le Yatch, Journal de la Marine (n°2383, 24 novembre 1928) publia une lettre d’un jeune lieutenant de vaisseau à sa mère. Le signataire, Jacques Philippe Cuers de Cogolin, avait de qui tenir : d’une vieille famille de marins provençaux, entré comme ses frères et ses cousins dans une carrière où tous les siens s’étaient distingués, il était l’arrière petit-fils d’un chef d’escadre de la marine de Louis XIV. Le chevalier de Cogolin devait mourir une douzaine d’année plus tard, capitaine de vaisseau décoré de l’ordre de Cincinnatus et de la croix de Saint Louis, il fut guillotiné sous la Terreur en 1793, quelques mois avant d’Estaing.

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L’America, premier vaisseau de la marine américaine

En octobre 1775, six mois après le début de la Guerre d’Indépendance américaine, le Continental Congress réuni à Philadelphie, désireux de doter la jeune république américaine d’une marine de guerre, forme le Naval Commitee et le charge de créer et de développer la Continental Navy, ancêtre si l’on peut dire de la fameuse US Navy. Composé de trois puis de sept membres, ce comité devient en décembre de la même année le Marine Commitee, ses attributions étant étendues à l’ensemble des affaires maritimes.

Sa mission est loin d’être simple. Il peut toutefois s’appuyer sur l’expérience des chantiers de construction de la côte atlantique qui, depuis un siècle, construisent des navires pour la marine britannique, notamment marchande, ainsi que sur les marins et officiers qui ont jusqu’alors servi dans la flotte de Sa Majesté. Parmi eux se trouve le jeune lieutenant de vaisseau John Paul Jones, qui sut résumer une évidence en une formule restée célèbre : « Without a respectable Navy, alas America ! »

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La prédiction de Choiseul (1761)

En ce jour anniversaire de la capitulation du général britannique John Burgoyne (le 17 octobre 1777) suite à la fameuse bataille de Saratoga lors de la Guerre d’Indépendance américaine, je cite une remarque intéressante du duc de Choiseul s’adressant au Britannique Hans Stanley. Elle aurait été formulée au cours des négociations de paix de l’été 1761 mettant fin à la guerre de Sept Ans, très désastreuse pour la France, qui perdit ses colonies en Amérique du Nord et en Inde :

« Je m’étonne que votre grand Pitt attache tant d’importance à l’acquisition du Canada, territoire trop peu peuplé pour devenir jamais dangereux pour vous, et qui, entre nos mains, servirait à garder vos colonies dans une dépendance dont elles ne manqueront pas de s’affranchir le jour où le Canada sera cédé. »

La citation est rapportée par Cornelis de Witt dans son ouvrage Thomas Jefferson : étude historique sur la démocratie américaine publié en 1861.

Ainsi que le rappelle Edmond Dziembowski dans la préface de l’ouvrage de Jonathan R. Dull La guerre de Sept Ans, traduit en français et publié aux éditions Les Perséides en janvier 2009, la réflexion du ministre français est fondée sur le bon sens. En devenant anglais, le Canada cesse de constituer une menace pour les Treize Colonies d’Amérique du Nord. La protection militaire britannique devenant de ce fait inutile, les colons américains ne tarderont pas à vouloir s’émanciper… Ainsi Choiseul prédit l’indépendance des États-Unis d’Amérique vingt ans avant Yorktown !

La Ville de Paris (1764 – 1782)

La guerre de Sept Ans fut très désastreuse pour la France, et particulièrement pour sa marine. Dans un mémoire de 1765, le duc de Choiseul décrit l’état dans lequel il la trouva et les décisions qu’il prit pour y remédier en octobre 1761, lorsqu’il fut nommé ministre de la Guerre et de la Marine : « Le peu qui restait dans les magasins était à l’encan, on n’avait pas de quoi ni radouber ni équiper les vaisseaux qui avaient échappé au combat de M. de Conflans. La marine devait partout, n’avait pas un sou de crédit… La finance ne pouvait rien me fournir. J’imaginais le don gratuit des vaisseaux. Je risquais ce moyen vis-à-vis des Etats du Languedoc qui se tenaient. Il réussit et de là, tous les corps de l’Etat qui, deux ans avant, avaient porté leur vaisselle à la monnaie avec réticence, s’émurent, par mes insinuations, au point que j’eus librement 18 millions de livres dans l’année pour la marine de Votre Majesté. »

Ainsi, sur les 22 vaisseaux lancés entre 1762 et 1768, cinq seulement proviennent directement du financement royal. Les 17 autres sont construits grâce aux dons des divers corps constitués qui composent la France de l’époque ainsi qu’à ceux des particuliers. Parmi ces vaisseaux, on compte deux trois-ponts dont la Ville de Paris (le second est la Bretagne).

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