Le Souverain (1819 – 1885)

« Dernier vestige d’un matériel séculaire, il semble être le symbole des traditions des âges qui nous ont précédés. Au milieu des transformations incessantes de notre matériel naval, peut-être n’avons-nous plus à étudier le côté technique de la marine d’autrefois ; nous avons certainement à en méditer le côté humain et à y puiser de fortifiantes leçons. L’engin de combat se transforme le personnel reste le même. Les vaisseaux de ligne, depuis le Soleil-Royal de Tourville jusqu’au Souverain d’aujourd’hui, nous ont légué un glorieux héritage de valeur, d’abnégation et de dévouement. Appliquons-nous à être les dignes fils de nos héroïques devanciers. »

Cette remarquable citation est extrait d’un intéressant article (déjà évoqué sur Trois-Ponts!) Notice historique sur le vaisseau le Souverain publié dans la Revue maritime et coloniale (tome 79, 1883), dans lequel le lieutenant de vaisseau Étienne Farret raconte la carrière des trois Souverain de l’histoire de la Marine française, dont l’important vaisseau de premier rang, mis en chantier à Toulon en 1813, mis à l’eau en 1819 et armé pour la première fois le 16 avril 1840, soit vingt ans après son lancement ! En voici un long résumé.

Lire la suite

Le Friedland, son nom, son lancement (1840)

Lancement du Friedland à Cherbourg le 4 avril 1840, par Antoine Chazal. Musée Thomas-Henry de Cherbourg.

« Le 4 avril 1840, à six heures et demie du matin, par un temps nébuleux, une brise froide agitant la plus haute marée, il se passait dans le port militaire de Cherbourg un de ces rares et majestueux événements où se révèle la puissance du génie de l’homme. On lançait à la mer le vaisseau le Friedland de 120 canons, aux acclamations de la ville et des environs, accourue pour assister à cette imposante cérémonie. »
.

Je publiais il y a quelques mois un billet « J’en ris encore » dans lequel j’expliquais que la multiplication des changements de nom des différents navires de guerre français entre 1793 et 1815, due aux nombreuses fluctuations politiques durant cette période, fut la cause de beaucoup de confusions, confusions que nous retrouvons d’ailleurs parfois encore aujourd’hui. J’avais alors cité pour l’exemple Pierre Le Conte et le cas du 118 canons l’Océan, trois-ponts qui porta pendant plusieurs jours deux noms officiels (!) Assurément, j’aurais également pu évoquer le vaisseau de premier rang le Friedland, lancé à Cherbourg en 1840.

Lire la suite

Qu’est ce qu’un trois-ponts ?

Il y a plusieurs mois, le marquis de Seignelay, auteur du blog Le Fauteuil de Colbert, blog traitant de la géopolitique et de la stratégie navale moderne, me contactait afin de me poser quelques questions générales sur les vaisseaux à trois ponts, et la place de ce type de navire dans les marines anciennes. L’idée était de publier mes réponses sur son site, réservé à un lectorat ne s’intéressant pas forcément au sujet.

Lire la suite

Les vaisseaux issus de la commission de Paris (1824)

Les plans Sané-Borda adoptés à la fin de l’Ancien Régime se limitaient à trois types de vaisseaux : le trois-ponts de 118 canons, et les deux-ponts de 80 et 74 canons. Sous l’Empire, six vaisseaux à trois-ponts de 110 canons sont également mis en chantier, dont deux seulement sont lancés. On construit en outre, durant cette période, quelques « petits 74 canons », aux dimensions sensiblement plus faibles que les 74 canons issus des plans de 1782.

Après la seconde abdication de Napoléon, en 1815, la marine française ne compte donc que 4 à 5 types de vaisseaux, et il semble évident que cet ensemble doit être repensé. L’arrivée au ministère de la Marine du baron Portal en 1818 va permettre cette évolution. La priorité est dans un premier temps donnée aux frégates avec, notamment, un concours en 1817 visant à donner les plans d’une frégate armée de canons de 24 (sous l’Empire, les Français se contentaient des frégates portant du 18).

La nécessité de faire établir de nouveaux plans types amène Portal à organiser en 1821 une commission dite de Paris, chargée de ce difficile travail. Les membres de cette commission présidée par Sané sont Rolland, Tupinier, Lamorinière et Lair, tous ingénieurs. Le baron Tupinier, à l’époque Directeur des Constructions navales, publie en 1822 un texte particulièrement important – texte dont j’ai déjà parlé il y a quelques jours – Observations sur les dimensions des Vaisseaux et Frégates de la Marine française. Concernant les vaisseaux de ligne, voici un bref résumé des propositions faites par Tupinier :

1/ Conserver pour vaisseau de premier rang le trois-ponts de 118 canons adopté en 1786 : « Je ne proposerai jamais de toucher au vaisseau de 118 canons de M. le baron Sané : de l’aveu de tous les marins, c’est le chef d’œuvre de l’architecture navale ».

2/ Adopter comme vaisseau de deuxième rang un bâtiment deux-ponts de 102 bouches à feu armé de 32 canons de 36 à la batterie basse, 34 canons de 30 à la batterie haute, et 36 caronades de 36.

3/ Et comme vaisseau de troisième rang un bâtiment, également de deux-ponts, de 96 bouches à feu : 30 canons de 36, 32 canons de 24, 34 caronades de 36.

Tupinier propose donc de renoncer aux vaisseaux de 74 et de 80 canons. Pour autant il indique que « nos meilleurs vaisseaux à deux batteries, tant pour la marche que sous tout autre rapport, sont ceux de 80 canons, de M. le baron Sané. Ce qu’on peut faire de mieux est donc de s’écarter, le moins possible, de ce modèle, pour les vaisseaux à deux-ponts ».

Lire la suite