Ces vaisseaux étrangers portant des noms français

Je lisais dernièrement qu’au début de la Première Guerre mondiale, les Anglais souhaitant marquer leur alliance avec la France, ennemie et rivale d’hier, nommèrent étrangement deux de leurs monitor Marshal Ney et Marshal Soult (photographie ci-dessus).

L’idée est flatteuse. On ne peut s’empêcher toutefois de remarquer qu’ils ont préféré honorer deux maréchaux de Napoléon, des terriens et non des marins, et qu’ils ont continué à nommer leurs plus belles unités Nelson et Agincourt, par exemple. Naturellement, on ne leur en voudra pas, nous Français qui continuâmes à nommer nos cuirassés Jean Bart.

Le fait qu’une puissance navale étrangère utilise des noms français pour baptiser certains de ses bâtiments peut sembler curieux. En fait, plusieurs navires étrangers, anglais mais également américains ou russes, ont porté des noms d’origine française. Quelques exemples me viennent en tête, l’occasion d’écrire – d’un trait – un bref billet sur ce sujet.

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French Warships in the Age of Sail 1626-1786, par Rif Winfield

Je signale la parution récente, le 25 octobre 2017, du nouvel ouvrage (en anglais) de Rif Winfield et Stephen S. Roberts à propos de la construction navale française à l’époque de l’Ancien Régime : French Warships in the Age of Sail 1626-1786: Design, Construction, Careers and Fates. Il fait suite à un précédent ouvrage sur les navires français, paru en septembre 2015, qui traitait de la période allant de 1786 à 1861 : French Warships in the Age of Sail 1786 – 1861.

Rif Winfield est en outre l’auteur d’une série d’ouvrages du même genre concernant la construction navale britannique : British Warships in the Age of Sail.

A noter que la couverture du livre est extraite d’une œuvre de l’artiste anglais Nicholas Pocock, représentant le 80 canons français le Saint Esprit à la bataille de Saint-Christophe, durant la Guerre d’Indépendance américaine, les 25 et 26 janvier 1782.

La marine sous le Premier et le Second Empire (Institut Napoléon)

Je signale la parution récente des actes du colloque de Rueil de 2016, sous la direction de Jacques-Olivier Boudon, à propos de La Marine sous le Premier et le Second Empire, dans la Collection de l’Institut Napoléon.

Au sommaire de cet ouvrage :

Introduction par Jacques-Olivier Boudon

Le temps refusé. La Marine royale après la guerre d’Amérique par Olivier Chaline

Les Bonaparte et la mer par Michel Vergé-Franceschi

Marine et colonies. Jérôme Bonaparte et l’échec du projet d’empire caraïbe par Jacques-Olivier Boudon

La guerre de course sous l’Empire par Patrick Villiers

Napoléon et la Méditerranée par Jacques-Olivier Boudon

La politique navale de la France sous le Premier et le Second Empire : comparaison par Michèle Battesti

Du Premier au Second Empire, l’évolution du métier d’officier de marine par Hélène Vencent

Les compagnies transocéaniques de navigation à vapeur sous le Second Empire par Marie-Françoise Berneron-Couvenhes

Bibliographie

« L’exemple des héros enfante des héros ! »

Le cuirassé Suffren à Toulon, le 23 octobre 1911. Bibliothèque nationale de France.

En 2007, la Marine nationale annonçait les noms des futurs sous-marins nucléaires d’attaque issus du programme Barracuda : Suffren, Duguay-Trouin, Tourville, De Grasse, Dupetit-Thouars et Duquesne (les deux derniers ont depuis 2015 été renommés Casabianca et Rubis, noms de deux fameux sous-marins ayant combattu durant la Seconde Guerre mondiale). Pour quelqu’un peu au courant des choses de la marine, ces noms peuvent paraitre sans grande importance et avoir été distribués au hasard dans l’unique but de les distinguer les uns des autres. Il n’en est rien cependant car, à toutes les époques de son histoire, un véritable esprit de suite a présidé la dénomination des bâtiments de la Marine française.

L’objet de ce billet n’est pas de rappeler une énième fois les hauts faits d’armes de ces grands marins, qui servirent tous dans la marine de l’Ancien Régime, à l’exception notable de Dupetit-Thouars, capitaine de vaisseau héroïquement tué sur le Tonnant lors de la bataille d’Aboukir, le 1er août 1798 (on notera que Casabianca, capitaine du 118 canons l’Orient, navire amiral de Brueys, commandant de l’escadre française chargée l’armée de Napoléon Bonaparte en Égypte, fut également tué durant cette bataille, ainsi que son jeune fils). En vérité, nous nous intéresserons ici à une veille tradition de la Marine, celle de donner aux navires de guerre les noms des grands serviteurs de l’État, et en particulier des plus fameux marins de son histoire.

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Pour en finir avec huit idées fausses sur la bataille de Trafalgar (21 octobre 1805)

L’histoire est connue. Suite à la rupture de la paix d’Amiens, le 12 mai 1803, Napoléon Bonaparte, encore Premier Consul mais bientôt Empereur des Français, décide de rassembler au camp de Boulogne une armée destinée à envahir le sud de l’Angleterre. Pour permettre le débarquement des troupes sur les cotes anglaises, il est toutefois nécessaire d’éloigner la Royal Navy – bien plus forte que la flotte française – de la Manche. L’entrée en guerre de l’Espagne au coté de la France va permettre la mise en place d’un plan imaginé sous l’Ancien Régime : réunir toutes les escadres françaises et espagnoles afin d’obtenir, du moins en théorie, la supériorité quantitative des alliés sur les Anglais dans la Manche.

A la tête de l’escadre de Toulon, l’amiral Villeneuve est donc chargé de débloquer l’escadre espagnole, commandée par Gravina, à Cadix, puis d’attirer les Anglais aux Antilles, ce qu’il fait, puis de foncer sur la Manche provisoirement vide. Le mauvais état des vaisseaux, le manque d’entrainement des équipages et les mauvaises conditions climatiques font que le voyage est long. Nelson – qui pensait à tort que l’objectif final des Français était une nouvelle fois l’Égypte et s’attarda par conséquent en Méditerranée – rattrape rapidement son retard. Dés l’annonce de la présence de Nelson aux Antilles, Villeneuve veut (conformément au plan envisagé par Napoléon) rejoindre la France. Au large du cap Finisterre, il rencontre l’escadre de Calder et livre le combat dit des Quinze-Vingt, le 22 juillet 1805. A la suite de quoi, n’osant pas se diriger vers Brest afin de débloquer et rallier l’escadre de Ganteaume, il rallie Vigo puis Cadix, où il est bloqué par les vaisseaux anglais dés le 21 août. Deux mois  plus tard, l’escadre franco-espagnole quitte Cadix et se fait quasiment anéantir par l’escadre de Nelson, qui est tué pendant le combat…

La bataille de Trafalgar, célébrée chaque 21 octobre par les Britanniques, est probablement la bataille navale la plus connue de l’Histoire. Pour les Espagnols, elle marqua la fin de leur puissance navale vieille de plusieurs siècles. Pour les Français, elle eut une influence psychologique considérable. Naturellement, elle fut largement commentée et analysée, et bien des idées fausses sont, encore aujourd’hui, rapportées à son sujet…

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La mer et la France par Olivier Chaline

Nouvel ouvrage sur le point de paraitre (le 19 octobre prochain) : La mer et la France – Quand les Bourbons voulaient dominer les océans par Olivier Chaline, aux éditions Flammarion.

« Trop souvent, l’histoire de France fait fi de la mer. Elle est ici au cœur du nouveau livre d’Olivier Chaline. Les éléments nous rappelle-t-il, ignorent les luttes entre nations et, dans leur sauvage impartialité, se prêtent aux calculs des hommes ou s’acharnent à les ruiner. C’est en fonction des vents et des courants comme de la météo marine et des marées, qu’il faut considérer cette France des Bourbons : depuis le large, ses rives européennes et ses nombreux prolongements outre-mer.

Que permet la mer ? Que refuse-t-elle ? Quelles routes la parcourent devant les rives françaises ou à partir d’elles ? Quels navires et quels équipages s’y aventurent ? Comment pénètre-t-elle le royaume terrien ? Dans ce livre inédit, constitué de toute la richesse de notre histoire maritime, revivent les obscures et les sans-grades qui ont fait les équipages de la pêche, du commerce et de la guerre : leurs conditions de vie, leurs voyages, leurs formations nous sont mieux connus en même temps que l’impressionnante complexité de leurs navires. C’est le quotidien passionnant des « petites-mains » indispensables à la manœuvre des vaisseaux _ ces premiers géants de la mer_ ou de la moindre gabarre.

Ainsi au fil des pages surgit une réalité, celle de Français vassaux de Neptune qui, dans des conditions souvent difficiles, n’ont jamais tourné le dos à la mer mais en ont accompagné les caprices, pressenti les désirs. Une tyrannie, certes, mais si douce pour ses inconditionnels. »

560 pages
prix : 25,00 €
format : 15 x 24 cm
ISBN : 978-2-0813-3327-7

Funérailles d’un officier de marine sous Louis XVI

« Isabey est le seul peintre capable de construire un bateau. »
Johan Barthold Jongkind

Une peinture marine magnifique : Funérailles d’un officier de marine sous Louis XVI, 1836, par Eugène Isabey (1803-1886). Le thème est original, l’officier défunt anonyme. Citons à ce sujet le Dictionnaire pittoresque de la marine (1835) de Jules Lecomte :

« HONNEURS – […] A la mort d’un officier en mer, on lui rend des honneurs par un certain nombre de coups de canon qui diminue successivement jusqu’à se réduire à un seul pour le dernier grade ; ces coups se tirent à l’instant où le corps est lancé à l’eau. Il s’y joint trois décharges de mousqueterie faites par le piquet de marins commandés pour prendre les armes, lequel est plus ou moins nombreux suivant le grade du défunt. Pour les élèves des deux classes et les maîtres (ceux-ci sont les premiers sous-officiers de l’équipage), on se borne aux trois décharges de mousqueterie faites par des piquets de trente, vingt et quinze hommes. – Tout ceci regarde, bien entendu, seulement les bâtiments de l’État. Dans ces funèbres cérémonies, les voiles sont aussi momentanément carguées pour un commandant de navire, et le pavillon national mis en berne. »

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