Le Sevastopol, 150 années plus tard…

Vous le savez peut être, le second BPC (Bâtiment de Projection et de Commandement) construit en France, à Saint-Nazaire, pour le compte de la marine russe, a été mis à flot il y a quelques heures. Le nom de ce navire, Sevastopol (Севастополь, Sébastopol), est évidemment très symbolique étant donné le conflit russo-ukrainien actuel. Je remarque toutefois que ce nom est aussi celui du premier cuirassé moderne de l’histoire de la marine russe, lancé il y a tout juste 150 ans, en 1864. L’occasion de parler de ce navire et de cette époque très fascinante en ce qui concerne la construction navale !

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Des navires russes construits en France sous le 2nd Empire

La frégate russe Svetlana
M’intéressant depuis quelque temps déjà à l’histoire de la marine russe, j’ai déjà mis en ligne sur Trois-Ponts! plusieurs articles à ce sujet. Par exemple à propos de l’influence française dans la construction navale russe au début du 19e siècle, ou de la reconstruction de la marine russe après la guerre de Crimée. Dernièrement, l’affaire de la vente à la Russie par la France de plusieurs bâtiments de projection et de commandement (BPC) en pleine crise ukrainienne m’a poussé à m’intéresser à l’histoire des navires de guerre russes construits en France. Si les nombreux cuirassés (Tsesarevich, Admiral Makarov et Bayan) et contre-torpilleurs russes construits à Toulon et au Havre sous la IIIe République, notamment dans les années 1890-1900, sont souvent évoqués, j’ai pu constater que les bâtiments commandés entre 1857 et 1860 par le jeune tsar Alexandre II et son frère, le grand-duc Constantin, à plusieurs chantiers privés français, sont bien moins connus.

J’ai par conséquent entamé des recherches à propos de ces navires, recherches qui ont donné lieu à un article publié en juin dernier sur le site de la Fondation Napoléon :

Des navires russes construits en France sous le Second Empire (1857-1860)

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Les trois-ponts à hélice russes (1860)

Au début de la décennie 1850, à la veille du commencement de la guerre de Crimée, la Russie possède la troisième marine de l’Europe. La flotte de la mer Noire (au Sud) compte 16 vaisseaux à voiles, 7 frégates à voiles, 7 frégates à vapeur et 4 corvettes à voiles. La flotte de la Baltique (au Nord) possède quant à elle 26 vaisseaux à voiles, 14 frégates à voiles, 9 frégates à vapeur et 2 corvettes à vapeur. On le constate, la majeure partie de la flotte russe est composée de voiliers. Le nombre de navires à vapeur est relativement insignifiant, tous sont à roues et non à hélice. La raison de ce retard sensible de la marine russe par rapport aux marines française et britannique s’explique alors essentiellement par le faible développement industriel de l’Empire ainsi que par le manque de bons matériaux de construction et de spécialistes. Pour construire des navires à vapeur, Saint-Pétersbourg est obligé de s’adresser à l’étranger, ce qui occasionne de grandes dépenses. Un effort est toutefois fait à partir de 1851-1852 (peut être en prévision d’une guerre imminente avec les puissances de l’Ouest ?), années durant lesquelles deux frégates à hélice portant chacune 44 canons sont mises en construction. En 1853, deux vaisseaux à trois-ponts sont également mis en chantier, bien trop tardivement cependant pour participer au conflit, qui commence quelques mois plus tard.

Après la guerre, durant laquelle une bonne partie de ses navires sont détruits (la flotte de la mer Noire est anéantie lors du siège de Sébastopol, la flotte de la Baltique a également lourdement souffert), la Russie veut retrouver sa place de troisième puissance navale européenne. Son objectif est d’être supérieure à toutes les flottes réunies des marines secondaires. A l’exemple des marines anglaise et française, elle concentre dés lors son attention sur les navires à hélice, et en particulier les frégates. Entre 1856 et 1863, de nombreux bâtiments de ce type sont ainsi construits, en Russie et à l’étranger, dont trois vaisseaux de premier rang à trois-ponts (dont les deux mis en chantier peu avant le début de la guerre de Crimée), objet de notre article.

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La guerre de Crimée d’Alain Gouttman

Ma lecture du mois de juillet : La Guerre de Crimée (1853 – 1856) La première guerre moderne d’Alain Gouttman, ouvrage acquis un peu par hasard pour être honnête et qui s’est révélé être une très bonne surprise. Ce bouquin m’a permis d’apprendre beaucoup sur un conflit que je connaissais jusque là plutôt mal (comme bon nombre de personnes aujourd’hui – il faut dire que la guerre de Crimée a été largement oubliée par les Français). Origines, déroulement et conséquences de cette guerre sont étudiés par l’auteur qui dénonce notamment plusieurs idées préconçues depuis la fin du XIXe siècle et la chute du second régime impérial : non Napoléon III n’a pas bêtement suivis les volontés anglaises avant et pendant le conflit, non la guerre de Crimée n’a pas été sans importance et sans conséquence, non l’armée française était très loin d’être « totalement désorganisée » .

La lecture des quelques 400 pages du livre est rapide car le style d’écriture de l’auteur est plaisant et l’équilibre entre les récits de bataille et la diplomatie (d’avant-guerre bien entendu mais également pendant le conflit avec la question de la position de l’Autriche et de la Prusse ainsi que de l’intervention du royaume de Sardaigne) est bon.

Un seul petit regret, très subjectif cependant, puisque l’auteur ne parle pas, ou très peu, des opérations maritimes (quelques lignes seulement sur la bataille de Sinope ou sur l’intervention des batteries flottantes face aux forts de Kinburn par exemple). Mais est-ce bien là l’objet du livre ? Bien entendu que non… D’autant que, sur ce sujet, il existe déjà le fameux ouvrage La Marine française dans la Mer Noire et la Baltique, en deux volumes, faisant partie de l’ensemble des tomes de L’expédition de Crimée du baron de Bazzancourt, écrit peu après le conflit (tous ces volumes sont intégralement disponibles sur le site Gallica).

Bref, un livre que je vous recommande vivement, d’autant plus qu’il est à ma connaissance le seul ouvrage français récent (1996) traitant de la guerre de Crimée. Il est à noter que l’auteur, Alain Gouttman, a également écrit un ouvrage sur la guerre du Mexique (1862 – 1867). A lire donc.