A propos du camp de Boulogne, rencontre avec Sophie Muffat

A l’occasion de la diffusion récente par les éditions Ancre de la Monographie Bateau canonnier, modèle An XII, paru en 2012, j’ai interrogé Sophie Muffat, auteur de la partie historique de cet ouvrage, à propos de la flottille de Boulogne et du projet d’invasion de l’Angleterre par Napoléon suite à la rupture de la paix d’Amiens en 1803.

Sophie Muffat est une spécialiste de la marine à l’époque napoléonienne. Elle a notamment participé en 2017 au colloque Les rivages de la conquête, organisé par l’Inrap, la ville d’Étaples et la Fondation Napoléon, qui portait sur le camp de Boulogne et dont la première partie des actes a récemment été publiée par la revue Napoleonica.

Son prochain ouvrage Desaix en Egypte, co-écrit avec Pascal Cyr, paraitra aux éditions AKFG le mois prochain. Elle travaille également sur un prochain livre à propos de la vie quotidienne des marins pendant le Consulat et l’Empire, qui devrait être publié l’année prochaine par les éditions Soteca.

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Le HMS Nelson et le Victory


Une photographie étonnante, qui mérite je pense une explication. Elle a été publiée le 3 août 1935 par le journal britannique The Illustrated London News, à l’occasion de la Silver Jubilee Review qui s’est déroulée le 16 juillet 1935 à l’occasion du 25e anniversaire du règne de George V. On y voit non pas le véritable HMS Victory mais un modèle de ce vaisseau, à l’échelle 1/4, à coté du cuirassé HMS Nelson. Tout un symbole !

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Suffren : « Suffène » ou « Suffrin » ?

La mise à l’eau très prochaine, durant l’été 2019, à Cherbourg, du premier sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de nouvelle génération issu du programme Barracuda, nommé le Suffren, est l’occasion de rappeler que le nom du fameux vice-amiral français, qui s’est notamment distingué dans l’océan Indien de 1781 à 1784, durant la guerre d’Indépendance américaine, se prononce « Suffrin » et non « Suffrène ».

Dans sa remarquable biographie du bailli de Suffren, l’amiral Rémi Monaque écrit ainsi :

« J’aimerais beaucoup que mes lecteurs adoptent la prononciation correcte du patronyme « Suffren ». Les Parisiens, notamment ceux des VIIe et XVe arrondissements, arpentent l’avenue de « Suffrène ». Dans la marine nationale, royale disent encore certains, forts de la tradition et de la continuité, on prononce et l’on a toujours prononcé « Suffrin ». Lorsque le jeune Pierre-André se présente à la compagnie des gardes de la marine de Brest, le secrétaire l’inscrit sur les listes en utilisant l’orthographe « Suffrin », fautive mais révélatrice de la prononciation correcte. Quant à l’intéressé lui-même, il ne fait aucun doute, qu’en bon provençal, il prononçait son nom « Suffreing » (approximation grossière que les gens du Midi traduiront par les sons exacts). Bien entendu, cette dernière prononciation est tout à fait licite pour ceux qui sont capables de la reproduire correctement, mais, de grâce, que tous les autres bannissent « Suffrène » au profit de « Suffrin ». »

L’Impérial (1803-1806)

La bataille de San Domingo (ou Santo Domingo), par Nicholas Pocock (1740-1821). Au premier plan, l’Impérial aux prises avec un vaisseau anglais…

Si l’on excepte le cas particulier du Commerce de Marseille, capturé par les Anglais à Toulon en 1793, deux vaisseaux de 118 canons sur les quinze construits furent perdus au combat. Le premier de ces vaisseaux est l’Orient, qui explosa durant la bataille d’Aboukir, le 1er août 1798. Le second, surement moins connu, est l’Impérial, incendié après la bataille de Santo Domingo, le 6 février 1806. C’est lui que nous évoquerons ici…

L’histoire de l’Impérial commence en pleine Révolution française, le 17 octobre 1793, date de sa mise en construction à Brest, sous la responsabilité de l’ingénieur Ozanne. Baptisé dans un premier temps le Peuple, il fut rapidement renommé le Vengeur, en hommage au 74 canons du même nom perdu durant le combat du 13 Prairial an III (1er juin 1794). L’article 3 de la Loi relative au vaisseau de ligne Le Vengeur, et aux braves républicains composant son équipage du 11 Messidor an II (21 juin 1794) disposait en effet : « Le vaisseau à trois ponts qui est en construction dans le bassin couvert de Brest, portera le nom du Vengeur. Le commissaire de la marine donnera les ordres les plus prompts pour accélérer la construction de ce vaisseau. »

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La Bretagne : origine d’un nom prestigieux dans la Marine française

Mise à l’eau à Lorient en septembre 2016, la Bretagne, cinquième frégate multi-missions (FREMM) de la Marine nationale, a récemment été admise au service actif, en décembre 2018. L’occasion de rappeler que ce nom, la Bretagne, qui a été porté par de nombreux navires de la Marine française, souvent de première importance, tire son origine d’un vaisseau à trois-ponts construit sous l’Ancien Régime.

Vue de l’intérieur du Port de Brest (1795), par Jean-François Hue. On y distingue 3 vaisseaux trois-ponts de 110 canons : la Bretagne (à l’extrême gauche) et le Républicain, en armement, ainsi que l’Invincible, dans la forme de radoub, à à droite.

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Introduction à l’histoire des vaisseaux de premier rang britanniques au XIXe siècle

La HMS Britannia, de type Caledonia, en 1860 environ

Au XVIIIe siècle, les trois-ponts anglais étaient sensiblement plus petits et moins puissants que leurs homologues français. Tandis que ces derniers étaient tous des navires de première importance, portant 110 à 118 canons, les Anglais continuaient de construire des « petits » trois-ponts, portant 90 à 98 canons, classés comme vaisseaux de deuxième rang. Les plus grands trois-ponts de la Royal Navy, de premier rang, ne dépassaient pas 100/104 canons, à l’image du fameux HMS Victory, dessiné par Thomas Slade et lancé le 7 mai 1765. 

Le 18 décembre 1793, la Royal Navy captura à Toulon le Commerce de Marseille, qui fut immédiatement amené en Angleterre. Pour la première fois, les Anglais purent voir et étudier de prêt le nouveau vaisseau de premier rang français de 118 canons. Ils constatèrent que malgré ses dimensions impressionnantes, ses qualités à la mer étaient excellentes.

Conséquence directe ou non de ce constat, c’est précisément à cette époque qu’il fut ordonné la construction à Plymouth d’un vaisseau trois-ponts de 120 canons, la Caledonia (Écosse), conçue par William Rule en 1797, mise en chantier en 1805 et lancée en 1808. Vaisseau-amiral de l’escadre de Méditerranée, la Caledonia participa notamment au combat du 13 novembre 1813 devant Toulon, ainsi qu’à celui du 13 février 1814 contre le Romulus, 74 canons français, sans succès.

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La Ville de Paris (1850-1882)

Magnifiques photographies de la proue et de la poupe du vaisseau la Ville de Paris, datant de 1876. Elles m’ont été aimablement transmises par M. Olivier HUON, arrière petit-fils du célèbre ingénieur Henri Dupuy de Lôme. Un grand merci à lui !

La Ville de Paris était un vaisseau de 118 canons mis en construction à Rochefort durant le Premier Empire, en 1807, sous le nom de Marengo puis Ville de Vienne. Toujours sur cale lors de la chute de Napoléon, il fut renommé Comte d’Artois lors de la Restauration puis Ville de Paris en 1830, au début de la Monarchie de Juillet. Il fut maintenu en chantier au 7/24e, en réserve, jusqu’en 1847, année durant laquelle sa construction reprit. Lancé le 5 octobre 1850, il fut rapidement armé et envoyé à Toulon l’année suivante, pour servir dans l’escadre d’évolution commandée par l’amiral de La Susse, dont il porta le pavillon.

Lors de la guerre de Crimée (1853-1856), durant laquelle la Ville de Paris porta le pavillon de l’amiral Hamelin, qui avait remplacé de La Susse en 1853, le vaisseau participa notamment au bombardement de Sébastopol le 17 octobre 1854. Il s’y distinguât particulièrement et fut touché, selon le rapport officiel du combat, par cinquante boulets russes, causant plusieurs incendies et d’importants dégâts, surtout au niveau de la dunette. 58 hommes d’équipage furent tués ou blessés durant cette seule action.

De retour à Toulon après le conflit, il fut, comme de nombreux vaisseaux à cette époque, transformé en mixte entre juillet 1857 et mai 1858. Sa coque, longue de 63 mètres à l’origine, fut à cette occasion allongée de 5,38 mètres.

Le vaisseau fut définitivement désarmé en 1865 et transformé en transport en 1870, sa machine à vapeur retirée. Il fut rayé des listes en 1882 et servit de ponton caserne pour l’infanterie de marine jusqu’en 1898, année durant laquelle il fut vendu pour démolition.

Sources :
– Battesti, Michèle. La marine de Napoléon III.
– Bazancourt, Baron de. L’expédition de Crimée. La Marine française dans la Mer Noire et la Baltique.
– Roche, Jean-Michel. Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours.