La fin du règne des vaisseaux

La flotte russe de la mer Noire sous les yeux du tsar Nicolas Ier en 1849. Peinture d’Ivan Aïvazovski (1817-1900)

Un fait (relativement) peu connu : la guerre de Crimée (1853-1856) marqua la fin de la marine de guerre à voile, et donc la fin du règne des vaisseaux de ligne !

Cette fin était en fait inéluctable depuis le début de la navigation à vapeur, durant la première partie du XIXe siècle, mais elle fut accélérée par cet important conflit opposant la Russie d’un coté, l’Empire ottoman, la France et la Grande-Bretagne de l’autre. Elle se joua en plusieurs actes.

L’histoire commence ainsi : en 1853, le tsar Nicolas Ier voulant accéder à la mer Méditerranée et dépecer l’empire Ottoman, cet « homme malade, très malade », ordonne l’occupation des provinces moldo-valaques et la destruction de la flotte turque.

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Les marins de l’Empereur – Sophie Muffat

Rencontre avec Sophie Muffat, spécialiste en histoire navale qui s’intéresse notamment à l’époque de la Révolution et de l’Empire, auteure du nouvel ouvrage Les marins de l’Empereur, à paraitre à la fin du mois d’octobre 2021 (MAJ : parution repoussée à décembre 2021) aux éditions Soteca.

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Tactique navale et signalisation au temps de la marine à voile

(Extrait du n°280 de la revue Neptunia, éditée par l’Association des Amis du Musée de la Marine. Article écrit par Patrice Decensière, mis en ligne sur Trois-Ponts! avec son aimable autorisation.) – Lien vers le site internet de l’AAMM.

Dans le numéro 274 de Neptunia, nous avons rappelé les conditions dans lesquelles combattait un bâtiment isolé, au temps de la marine à voile, lorsqu’il affrontait un adversaire de taille et de force à peu près comparable (lire sur Trois-Ponts!). Mais les choses étaient nettement plus complexes lorsque le combat opposait deux formations navales comprenant plusieurs vaisseaux. La tactique navale au temps de la voile reste une discipline mal connue, en dépit des nombreux ouvrages qui ont traité de la guerre sur mer.

Représentation idéalisée d’une bataille navale. Bataille de Béveziers. ©SHD ref.Ms.142-10. Les vaisseaux français, en bas, sont rangés en ligne, de part et d’autre de leur amiral (pavillon blanc au grand mât). Ils font feu de leur artillerie de sabord contre les Anglo-Hollandais, qui sont disposés de la même manière autours de leur propre amiral (pavillon rouge).

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Le combat à la mer au temps de la marine à voile

(Extrait du n°274 de la revue Neptunia, éditée par l’Association des Amis du Musée de la Marine. Article écrit par Patrice Decensière, mis en ligne sur Trois-Ponts! avec son aimable autorisation.) – Lien vers le site internet de l’AAMM.

La haute technicité sur laquelle repose la guerre navale moderne tend à nous faire considérer comme primitive la manière de combattre sur mer au temps de la marine à voile. Pourtant, les marins qui armaient ces vaisseaux et ces frégates construits en bois ne comptaient pas que sur leur bravoure pour vaincre les ennemis : la marine a toujours été une arme technique. La conduite des bâtiments de guerre sous le feu de l’ennemi exigeait un savoir-faire qui ne s’acquérait qu’au terme d’une longue expérience à la mer. Beaucoup de fables entourent les combats navals du temps de la marine d’antan : la réalité était tout à la fois plus complexe et plus prosaïque. On ne traitera ici que de la pratique des combats qui opposent deux navires. Les batailles, où s’affrontaient des formations navales, comme des escadres, constituent un sujet plus large englobant la tactique navale et les techniques de signalisation, même si ces batailles rangées dégénéraient parfois en une mêlée confuse où la plupart des bâtiments finissaient par s’affronter en duels singuliers.

Combat de l’Amazone contre la frégate anglaise Santa Margarita le 29 juillet 1782. Cette représentation, bien que très postérieure au combat, paraît assez fidèle à la réalité de la guerre sous voiles au cours du XVIIIe siècle. Les deux bâtiments courent au près, les basses voiles sur cargues. La fumée de la canonnade obscurcit la vision des combattants, et donc la possibilité de bien ajuster le tir. L’Amazone, qui a l’avantage du vent, est en train de perdre son grand mât, ce qui détermine l’issue du combat* : la perte d’un élément important du gréement est le danger le plus grave qui menace un bâtiment au combat. L’Amazone était l’une des frégates construites en 1778 par le chantier Dupuy-Fromy, de Saint-Malo (Neptunia n° 268). Elle fut reprise par les Français dès le lendemain du combat. Aquarelle exécutée par Fréderic Roux en 1827, pour l’Album de l’amiral Willaumez. © MnM, ref J 1102, cl. P. Dantec

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17 mars 1816 : première traversée de la Manche par un navire à vapeur

« Arrivée de Londres à Paris, le 29 mars 1816, du bateau à vapeur l’Élise, capitaine Andriel, représenté saluant le château des Thuileries ». Source : gallica.bnf.fr

Éphéméride. Le 17 mars 1816, la première traversée de la Manche par un navire à vapeur est réalisée par l’Élise, de construction britannique mais battant pavillon français.

Construit à Dumbarton, en Écosse, le petit bateau à vapeur initialement nommé Margery fut acheté à Londres par Pierre Andriel pour le compte de la compagnie Pajol, qui exploitait un service régulier de voiliers sur la Seine et souhaitait adopter le nouveau mode de navigation développée en Grande-Bretagne.

L’Élise mesurait environ 15 mètres de long sur 5 de large. Elle était dotée d’une modeste machine de 10 ch. environ et propulsée par deux roues à aubes classiquement placées sur ses flancs. Elle comptait un équipage de dix hommes, semble-t-il anglais au moment de la traversée.

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Apprendre les grandes dates de la Révolution avec la flotte française !

« Le Napoléon ci-devant 24 Février » par Auguste Frémy (1816-1885)

Le Napoléon (1850), premier vaisseau de ligne à être doté d’une hélice, fut conçu par le célèbre ingénieur Dupuy de Lôme et mis en chantier à Toulon sous la Monarchie de Juillet. Il fut initialement nommé le Prince de Joinville avant d’être renommé le Vingt-Quatre Février au début de la Deuxième République en 1848, puis le Napoléon quelques jours après son lancement le 16 mai 1850.

Le nom Vingt-Quatre Février peut surprendre. Il fait en fait référence à la journée du 24 février 1848, durant laquelle le roi Louis-Philippe abdiqua et la Deuxième République fut proclamée.

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« Nous n’avons pas assez de bâtiments pour leur donner le nom de toutes nos victoires ! »

Les deux sous-marins de type Agosta, ex-Bévéziers et La Praya, sur le point d’être démantelés à Brest en novembre 2020. Crédit : Ewan Lebourdais – http://Ewan-photo.fr

Un jour de l’année 1897, un capitaine anglais de passage à Toulon se vanta devant un jeune officier de marine français de commander un navire nommé Waterloo. Le Français répliqua simplement : « En France, nous n’avons pas assez de bâtiments pour leur donner le nom de toutes nos victoires. » C’était bien répondu !

En France, l’idée de donner aux navires de la marine de guerre des noms de batailles victorieuses remonte à la période révolutionnaire. Elle fut par la suite développée au XIXe siècle, notamment sous le Premier Empire et la Monarchie de Juillet.

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Le Canot de l’Empereur et la mésaventure du comte de Kersaint

Crédit photo : Musée national de la Marine

Événement ! Véritable joyaux du patrimoine maritime français, le canot de l’Empereur a officiellement été dévoilé ce matin aux ateliers des Capucins, à Brest. Initialement exposé au musée national de la Marine à Paris, il avait été déplacé en octobre 2018 pour être transporté à Brest où il a dernièrement été restauré.

Il existe au sujet de cette pièce unique – dont j’ai déjà rédigé un bref historique – une drôle d’anecdote racontée par l’impératrice Marie Louise dans son journal intime.

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