Chroniques d’un marin de l’Hermione – 5

« Un noble navire, empreint de grandeur mais aussi d’une certaine mélancolie. Il en est ainsi des nobles choses. » Moby Dick

Ces années d’errance prenaient enfin un sens. Je commençais enfin à mettre des images sur ces lignes issues des livres que je dévorais avidement depuis des années. Aucune image, aucune photographie, aucun texte ne pourra – à mon prétentieux avis – retransmettre les sensations que je vécus lors de ces deux premières semaines. Comment décrire ce choc alors que vous êtes à la barre, que le navire s’élève sur la vague, et s’écrase finalement en une terrible secousse, vous remuant jusqu’au tréfonds de votre être ? Ne vous méprenez pas, j’étais encore à ce moment, dans une sorte de mélange étrange : peur et excitation se livraient bataille en moi, et ces deux premières semaines furent intenses et éprouvantes, au point que je pensais un moment abandonner, larguer le navire, et rentrer chez moi la queue entre les jambes.

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Chroniques d’un marin de l’Hermione – 4

Impressionnant n’est-ce pas?

L’Hermione fut le premier et seul navire que je vis en cale sèche. Notre second capitaine, pour décrire cet événement, déclara : « c’est comme regarder pour la première fois sous la jupe d’une fille ». Une fois le navire au sec, posé sur ses tins, tous, anciens comme nouveaux, allèrent au fond de la forme afin d’admirer la belle. Nous passâmes la coque en revue, allâmes voir les hélices, celles qui font couler tant d’encre parmi les détracteurs du navire. Nous pouvions toucher la quille, l’effleurer du bout des doigts, et enfin, admirer les formes de la Belle. Pas étonnant que le perfide Albion mit un point d’honneur à rafler tout navire français qui lui passait sous la main. Malgré sa masse, L’Hermione dégage un sentiment de vitesse, de puissance, et à ce moment là, nous n’étions pas encore partis en pleine mer, nous n’avions pas encore les voiles à poste.

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Chroniques d’un marin de l’Hermione – 2

Je n’avais pas beaucoup de souvenirs de Rochefort.

Très honnêtement, je n’étais pas spécialement enchanté à l’idée de retourner dans cette ville. Je gardais l’image d’une ville sale, terne, grise, morne. C’était donc avec une certaine appréhension que je songeais, le regard dans le vide, à ce qui m’attendrait une fois sur place. Quelques jours auparavant, j’étais sur le Belem, et lors d’une tentative d’ascension au sommet du grand mât, je fus pris de panique et dus redescendre en urgence, le souffle court, la peur au ventre. Et si je remettais ça une fois à bord ? Cette pensée me hantait, et ternissait cette journée ensoleillée, tandis que mon train filait à toute vitesse vers sa destination.

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