Veut-on détruire l’institution pour épargner la dépense ?

« M. le ministre actuel de la marine a posé nettement la question politique : Veut-on détruire l’institution pour épargner la dépense ? Veut-on faire la dépense pour conserver l’institution ? Le choix ne pouvait pas être douteux ; le roi et les chambres ont dit : Nous ferons la dépense, et nous maintiendrons l’institution. Le roi et les chambres veulent que la France ait une marine. »

Extrait d’un discours du général Maximilien Sébastien Foy (à gauche), député du département de l’Aisne, devant la Chambre des députés, le 26 juin 1821.

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Au commencement de la Restauration, le budget alloué à la Marine est au plus bas. Nombreux sont ceux en France qui, jugeant le déséquilibre naval définitivement rompu au profit de l’hégémonie de la Grande-Bretagne, ne croient plus en la Marine française, surclassée qualitativement et quantitativement, et envisagent sa disparition pure et simple. Face au déclin, le premier réflexe de Louis XVIII et de son ministre Du Bouchage est de détruire tout ce que l’Empire a fait (préfectures maritimes, équipages de haut bord, écoles flottantes), ce qui a pour effet immédiat d’accélérer un peu plus la dégradation de l’instrument naval français. Heureusement, le pessimisme ambiant sur le devenir de la Marine ne tarde pas à s’émousser quelque peu. Décidé à ce que la France recouvre son rôle de grande puissance, Louis XVIII se rend vite compte qu’il ne peut pas faire l’économie d’une marine de guerre. Pour restaurer cette dernière, il fait appel à un ancien armateur bordelais, le baron Portal, qu’il nomme ministre de la Marine le 29 décembre 1818.

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La réduction du nombre de nos vaisseaux (1814-1819)

Extrait d’un intéressant document Réduction progressive du nombre de nos vaisseaux, depuis le 23 avril 1814 jusqu’à la fin de 1819 publié aux Annales maritimes et coloniales en 1820 :

« Vaisseaux existant en 1814 – Il existait dans nos ports en 1814, après la convention du 23 avril, 71 vaisseaux, dont 52 à flot, portés comme disponibles sur les états de la marine  ; 19 en construction.
Le Duquesne et le Tourville, vaisseaux-écoles de Brest et de Toulon, étaient déjà condamnés à la démolition.

Vaisseaux condamnés depuis cette époque – Depuis le 23 avril 1814, 10 vaisseaux ont été condamnés ; savoir : 3 à la démolition, 7 à servir de bagnes flottants, de magasins et de corps-de-garde. Ce qui fait deux par année.

Vaisseaux mis à l’eau depuis 1814, et nombre de ceux existant à flot à la fin de 1819 – Le nombre de vaisseaux à flot serait donc resté de 42, si 8 vaisseaux mis à l’eau depuis le 23 avril 1814 n’en étaient venus porter le nombre à 50 ; mais, depuis qu’il est question du budget de 1820, deux autres vaisseaux (le Jemmapes et le Triomphant) ont été reconnus hors de service, et le nombre de vaisseaux existant à flot se réduit effectivement à 48.

Vaisseaux en construction à la fin de 1819 – Sur les 19 vaisseaux en construction, on vient de voir que 8 ont été mis à l’eau ; il devrait donc en rester 11, mais l’un d’eux, le Sans-Pareil de 118 a été démonté en juin 1816 parce que sa membrure, peu avancée, dépérissait sur les chantiers ; et sur la fin de 1818, il a été jugé plus utile de l’employer à la refonte du vaisseau le Wagram, de 118 canons. Il ne reste donc plus que 10 vaisseaux en construction au 1er janvier 1820.

Vaisseaux refondus depuis 1814 – La durée moyenne des vaisseaux n’est que de 14 ans, après lesquels on obtient, par le moyen de refontes, une prolongation d’existence d’environ 7 ans, pour la moitié d’entre eux à peu près : ainsi, sur 52 vaisseaux, il en serait disparu un peu de moins de 4 par ans, sans la refonte des plus vieux ; ce qui réduit ce nombre à deux par année, ainsi qu’on l’a vu plus haut.

Observations – Il faut d’ailleurs observer que, dans l’impossibilité de faire depuis cinq ans toutes les constructions nécessaires, parce que l’insuffisance de la dotation de la marine ne l’a pas permis, on a mis la plus grande réserve dans la condamnation des vaisseaux ; et parmi les 48 actuellement portés dans les états des forces navales, il en est plusieurs qui ne seront évidemment jamais en état d’être réarmés. »

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De la faiblesse de notre artillerie navale en 1800

Extrait intéressant du Précis des pratiques de l’art naval (1817) par J.-B.-A. Babron, alors Lieutenant de vaisseau en retraite. Vous pouvez consulter cet ouvrage sur le site gallica.bnf.fr. Je me permets de citer ici une bonne partie du chapitre consacré à l’artillerie navale :

« L’artillerie d’un vaisseau, artilleria de un navio, the artillery of aman of war, est composée de tous les canons qui forment ses différentes batteries, de leurs ustensiles, munitions et garnitures. Les ordonnances du Roi ont fixé les calibres de l’artillerie des vaisseaux de guerre français aux sept suivans : 36, 24, 18, 12, 8, 6, 4 ; et pour les caronades, à ceux de 36, 24, 18, 12. On dit qu’un vaisseau a une plus forte artillerie que tel autre, lorsqu’il porte des canons d’un plus fort calibre. On fait les canons marins plus courts et plus renforcés de métal que ceux qui servent à terre, afin qu’ils occupent moins de place dans le vaisseau et qu’ils soient plus solides, quoique plus légers que ceux-ci. On tient les canons de la batterie basse à la serre pendant le cours de la navigation, et on ne les met en batterie, hors de leurs sabords , que pour le combat, ou en rade, afin de donner au vaisseau une apparence guerrière.

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« J’en ris encore »

On sous-estime parfois l’importance et la portée du nom d’un bâtiment de guerre. Le nom attribue une identité au navire, donnant à son équipage un véritable sentiment d’appartenance et de fierté. Illustration symbolique de la puissance de l’État, de la dynastie régnante ou encore du régime et de la politique du pouvoir en place, il représente le pays au service duquel le navire navigue. Il peut également être un message envoyé aux puissances étrangères. Bref, encore aujourd’hui, le choix du nom d’un bâtiment n’est jamais anodin et toujours très réfléchi, notamment pour les grandes unités !

On remarque pourtant, en analysant les différentes listes nominatives de la Marine française des 17e, 18e et 19e siècles, que le changement de dénomination d’un bâtiment n’était pas rare à l’époque de la marine à voile. On constate ainsi qu’un même navire pouvait changer jusqu’à cinq fois de nom au cours de sa vie. Cette pratique du changement de nom apparut globalement deux fois : sous le règne de Louis XIV puis de façon très marquée de 1793 à 1815.

Tout commença en 1671. Louis XIV, suivant les conseils de Colbert, ordonna d’opérer une refonte complète des noms des bâtiments de la flotte : « Ayant estimé nécessaire de changer les noms de tous mes vaisseaux de guerre, frégates légères, flûtes et brûlots…. et de leur en donner d’autres plus convenables à la qualité de chacun des dits bâtiments. » Ce renouvellement général avait alors un triple enjeu, il permettait d’établir une nomenclature plus représentative de la jeunesse, de la force et de l’intrépidité du Roi de France, il permettait également un recensement de l’ensemble des vaisseaux et de leur état, mais surtout, il permettait de mettre en place la « liste des noms fixes ». En juin 1671, le Roi écrivit à Chertemps de Seuil, commissaire général à Brest : « Il verra par la liste et la lettre de sa Majesté ci-jointes la résolution qu’elle a prise de donner des noms fixes a tous ses vaisseaux de guerre frégates légères, flutes et brûlots de l’arsenal de Brest en changeant les anciens noms qu’ils avoient en d’autres qu’elle veut qui ne changent jamais. C’est-à-dire que lorsqu’un vaisseau ne sera plus en état de servir. Il en sera bati un autre en sa place qui sera appelé du même nom. » Chaque vaisseau reçut un nouveau nom en fonction de son rang, déterminé par rapport à ses dimensions et son armement. Si la règle des noms fixes fut suivie lors du renouvellement de la flotte en 1690, elle disparut presque totalement au 18e siècle, même si les noms des vaisseaux et frégates de la marine royale n’évoluèrent guère durant les règnes de Louis XV et de Louis XVI.

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L’adoption du pavillon tricolore par la Marine

Extrait d’un intéressant article, signé Augustin Jal, de la France Maritime (édition 1837, volume 1, p.115) – revue fondée en 1834 par Amédée Gréhan, sous-chef de bureau au ministère de la marine, et Jules Lecomte – à propos de l’adoption du pavillon tricolore par la Marine française à l’époque de la Révolution :

« La discussion fut vive sur cette question. Le coté droit de l’assemblée tenait pour le pavillon blanc ; Mirabeau et le côté gauche opinaient pour ce qu’ils croyaient de nouvelles couleurs nationales. M. de Vandreuil, voulant écarter la proposition, qu’il voyait près de passer, disait :

« J’ai une observation a faire sur le pavillon qu’on propose d’arborer : c’est le même que celui des Hollandais. »

M. de La Galissonnière, dans le même intérêt, ajoutait :

« Il est d’autant plus nécessaire de conserver la couleur de notre pavillon, que ceux des Anglais et des Hollandais sont aux trois couleurs : d’ailleurs, vous occasionneriez des dépenses considérables… ll faut conserver à la monarchie son ancien pavillon. »

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Montgéry, cet illustre inconnu !

Dans son très intéressant ouvrage La Naissance du Cuirassé, James Phinney Baxter écrit : « L’artilleur Paixhans qui prévit la révolution dont il fut l’artisan, Napoléon III qui sut choisir l’homme et le soutenir envers et contre tous, Dupuy de Lôme, enfin, qui résolut le problème du cuirassé de haute mer restent les trois figures essentielles de l’histoire du cuirassé ». Ces trois hommes ont un point commun : ils sont Français. Et le premier véritable cuirassé de l’histoire fut également français, il s’agit de la Gloire.

Lancée en 1859, la Gloire est en fait un vaisseau à hélice de type NapoléonAlgésiras dont on a rasé la batterie haute et diminué la voilure, le gain de poids ainsi obtenu permettant de doter le bâtiment d’une armure en fer de 800 tonnes environ. Le navire n’ayant dés lors plus qu’une seule batterie armée de 32 canons, on parle à l’époque de « frégate cuirassée ».

J. P. Baxter cite également un quatrième nom, bien moins célèbre : Jacques-Philippe Merigon de Montgéry (1781-1839).

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