De la faiblesse de notre artillerie navale en 1800

Extrait intéressant du Précis des pratiques de l’art naval (1817) par J.-B.-A. Babron, alors Lieutenant de vaisseau en retraite. Vous pouvez consulter cet ouvrage sur le site gallica.bnf.fr. Je me permets de citer ici une bonne partie du chapitre consacré à l’artillerie navale :

« L’artillerie d’un vaisseau, artilleria de un navio, the artillery of aman of war, est composée de tous les canons qui forment ses différentes batteries, de leurs ustensiles, munitions et garnitures. Les ordonnances du Roi ont fixé les calibres de l’artillerie des vaisseaux de guerre français aux sept suivans : 36, 24, 18, 12, 8, 6, 4 ; et pour les caronades, à ceux de 36, 24, 18, 12. On dit qu’un vaisseau a une plus forte artillerie que tel autre, lorsqu’il porte des canons d’un plus fort calibre. On fait les canons marins plus courts et plus renforcés de métal que ceux qui servent à terre, afin qu’ils occupent moins de place dans le vaisseau et qu’ils soient plus solides, quoique plus légers que ceux-ci. On tient les canons de la batterie basse à la serre pendant le cours de la navigation, et on ne les met en batterie, hors de leurs sabords , que pour le combat, ou en rade, afin de donner au vaisseau une apparence guerrière.

Lorsque les canons sont à la serre ils se trouvent assujettis de façon à ne pouvoir remuer en aucun sens que par une force extrême ; il arrive quelquefois cependant que les mouvemens de roulis sont si violens qu’ils font rompre toutes les amarres de serre, et le canon, abandonné alors à lui-même, peut occasionner de graves accidens , si on ne parvenait à le retenir. […]

Les espagnols emploient les mêmes calibres que nous pour l’artillerie de leurs vaisseaux , mais leurs canons sont plus légers ; quant aux anglais, ils en mettent sur leurs vaisseaux de guerre du calibre de 42, 32, 24, 18,12, 9, 6, 4 et 3 livres de balles, poids d’Angleterre. […]

Toute l’Europe a justement admiré, ainsi que les militaires du siècle, le degré de perfection que notre artillerie de terre a atteint. L’artillerie navale seule a conservé dans son matériel presque toutes ses imperfections : nos canons n’offrent à bord aucun moyen sur de pointage ; nos affûts sont bien inférieurs à ceux des anglais, et notre artillerie est en tout beaucoup plus pesante. Une pièce de 32 anglaise pèse 1,690 livres moins que notre 36, et si on y comprend l’affût, cela seul monte à 2,500 : on conçoit qu’à bord d’un vaisseau à trois ponts cette différence est énorme. Il me semble donc que l’on pourrait, avec avantage, rendre notre artillerie plus légère, sans crainte d’accident, car les hollandais, les russes, les danois, les portugais, ainsi que les espagnols et les anglais, ont des canons presque d’un quart plus légers que les nôtres, et nous ne voyons pas que leurs canons crèvent plus fréquemment […]

Quant à notre poudre, j’ai été à même de me convaincre qu’elle a été longtems, si elle ne l’est encore, très inférieure à la poudre anglaise, qui, étant beaucoup plus fine et plus régulière que la nôtre, laisse moins de vide dans la chambre, et l’inflammation ainsi que l’effet doit nécessairement en être plus générale, plus prompte et plus forte. Des anglais instruits m’ont assuré que cela venait aussi de ce que la lumière de leurs canons était percée juste au-dessus du grand diamètre de la chambre, et de la forme avantageuse de cette chambre. Je citerai seulement deux faits à l’appui de mon observation, laissant aux gens de l’art à décider sur cette question.

Après ma rentrée en France, en 1801, je commandais une canonnière de seconde espèce et la station navale au port de Nieuport, dépendant de la préfecture du contre-amiral NIELLY, officier-général, estimé par sa bravoure distinguée et par sa loyauté, à qui j’avais l’obligation d’avoir guidé mes premiers pas dans la carrière maritime, avant la révolution. Ayant reçu de lui l’ordre de me rendre à Dunkerque avec ma canonnière, j’eus l’occasion d’échanger quelques coups de canon avec un petit cutter qui me donna chasse, et je ne fus pas peu surpris de voir que mes boulets de 24 l’atteignaient à peine, pendant que les siens, qui n’étaient guère que du 16 français, me dépassaient, encore étaient-ce des caronades qu’il portait.

Au combat donné le 6 février 1806, près de Santo-Domingo, je fus pris sur le vaisseau le Brave, de 74, après un combat meurtrier contre quatre vaisseaux anglais qui nous avaient entourés, et qui, dans moins d’une heure (je copie ici littéralement le rapport officiel de notre prise), nous mirent 410 hommes hors de combat, dont 200 tués et 168 blessés dangereusement. Nous eûmes la douleur de voir que nos boulets faisaient peu d’exécution et restaient en partie amortis dans les côtés des vaisseaux ennemis, tandis que les leurs traversaient nos batteries d’un bord à l’autre. Dans cette affaire malheureuse, qui offrit l’exemple frappant et terrible de l’insuffisance de la bravoure personnelle, quand l’expérience et l’ensemble ne s’y joignent pas, toute l’escadre britannique, suivant le rapport officiel inséré dans la gazette royale de la Jamaïque, du 22 février 1806, que je copie ici, forte de 7 vaisseaux, 2 frégates et 2 corvettes, ne perdit (chose incroyable) que 74 tués et 264 blessés, dont 3o par l’explosion d’un canon ; ce qui n’approche pas du nombre d’hommes que notre vaisseau perdit à lui seul. D’après ce même rapport, la perte des cinq vaisseaux français monta à 1310 tués et 56o blessés, c’est-à-dire plus de 6 fois celle des anglais. Deux jours après la prise de notre vaisseau, ayant été envoyé à bord de l’Atlas, vaisseau à trois ponts rasé, commandé par le capitaine Pym , quels furent mon étonnement et mon dépit lorsque ce capitaine m’ayant fait voir son vaisseau qui nous avait canonnés de près et qui avait eu son beaupré emporté en combattant l’amiral français, je ne remarquai que quelques trous de boulets, mais un assez grand nombre ensevelis dans son côté. Il n’avait eu, d’après la gazette anglaise, que 7 hommes tués et 9 blessés. Quelles tristes réflexions ne fis-je pas en comparant ces légères avaries avec celles de notre vaisseau, dont les murailles étaient percées à jour par plus de 36o boulets, la mâture chancelante et un tiers de nos canons démontés ; aussi ne put-il pas se rendre en Angleterre, et coula en pleine mer pendant la traversée. En voilà assez pour faire sentir la nécessité de perfectionner notre système d’artillerie, puisqu’elle seule, ou au moins en grande partie, décide de la perte ou du gain d’un combat naval. Il est de toute justice de dire aussi que, dans les dernières années de la guerre, on s’est occupé avantageusement des moyens de perfectionner notre artillerie ; aussi les résultats ont-ils été moins désavantageux, et, dans plus d’une circonstance, même à force inférieure, nos canonniers ont reconquis la réputation qu’ils avaient justement méritée autrefois. »

Preuve de plus, s’il en fallait, qu’à l’époque napoléonienne, marins français et anglais ne se battaient pas à armes égales…

10 réflexions sur “De la faiblesse de notre artillerie navale en 1800

  1. D’après Wikipédia ⑴, nos pièces de 36 livres modèle 1786 pesaient 7 450 livres, soit 3 647 ㎏, plus 628 ㎏ pour l’affût (donc 1 282 ou 1 283 livres), ce qui fait en tout 4 275 ㎏, dont 14,7 % pour l’affût, tandis que les pièces de 32 du Victory, vaisseau amiral de Nelson à Trafalgar (21 octobre 1805) pesaient 3,5 « long tons » (3 556 ㎏) dont 2,75 long tons pour le canon ⑵ et 0,75 (21,4 %) pour l’affût ⑶. Entre 3,5 long tons et 4 275 ㎏, la différence est de 719 ㎏, soit 1 468 de nos livres ou 1 584 livres anglaises, et non 2 500 livres. L’exagération n’est pas négligeable.

    Remarquons que, selon ces chiffres, une de nos pièces de 36 pesait le poids de 243 de ses boulets, et une pièce anglaise de 32 pesait le poids de 245 des siens : nos canons n’étaient donc pas exagérément lourds en regard de leur force.

    Toujours selon Wikipedia ⑵, les pièces de 24 et de 12 livres du Victory pesaient respectivement, apparemment sans leurs affûts, 2,5 et 1,7 long tons, soit 2 540 ㎏ et 1 727 ㎏, tandis que nos pièces de 24 pesaient 2 500 ㎏, et 2 970 ㎏ avec l’affût ⑷, nos canons de 12 pesant 1 470 ㎏, ou 1 975 ㎏ avec l’affût, ou bien 1 569 ㎏ (sans l’affût) pour le modèle 1786, et 1 376 ㎏ pour le modèle an XI ⑸. Le reproche de lourdeur semble donc mal fondé.

    Wikipédia encore précise que la vitesse initiale d’un boulet français de 36 était de 450 ㎧, et ce serait même 455 ㎧ si l’on suppose qu’il s’agit de 1 400 pieds par seconde ; la vitesse initiale d’un boulet de canon britannique de 32 était de 1 600 pieds anglo-saxons par seconde, soit 487 ㎧. L’énergie cinétique est alors de 3 645 kJ pour un boulet de 36, et de 3 452 kJ pour un de 32. On trouve facilement des chiffres pour leurs calibres, mais contradictoires, quoique de peu. Apparemment, à la bouche du canon, l’impact d’un boulet de 32 devait produire environ 18 kJ⁄㎠, contre peut-être 15 kJ⁄㎠ pour un boulet de 36 qui, à bout portant, devait percer donc une moindre épaisseur. Le poids d’un boulet croît avec le cube de son diamètre, les frottements qui le ralentissent avec le carré du diamètre seulement, de sorte qu’un boulet plus gros perd moins de sa force avec la distance : les chiffres donnés par Wikipédia ⑴ sur l’épaisseur que perçaient les boulets de 36 montrent que, sous une incidence faible (donc de plein fouet), ils perçaient bien plus que l’épaisseur des murailles (nom donné aux épaisses parois en bois de chêne d’un vaisseau) des plus forts navires, au point qu’il fallait réduire les charges les propulsant pour que, en traversant, ils fissent éclater le bois plutôt qu’ils le perçassent, les éclats des murailles étant ainsi plus grands, et causant plus de pertes parmi l’équipage. Concrètement, la vraie différence avec les boulets britanniques de 32 devait être une plus grande efficacité à longue distance. De fait, selon Wikipedia, la portée d’un boulet de 32 était de 490 m (exactement 487 m : 1 600 pieds anglo-saxons) ⑶, tandis que celle d’un boulet français de 36 était de 650 m ⑴. Il faudrait savoir, afin de comparer judicieusement ces données, sous quels angles de tir ces portées étaient atteintes, mais il est logique que les projectiles les plus lourds eussent une portée supérieure.

    On peut douter que les pièces françaises du temps de Napoléon aient manqué de pouvoir perforant : leur vitesse initiale prouve la fausseté de cette assertion, et, même si l’on peut supposer que pour les explosifs, comme pour toutes les fournitures de guerre, la Révolution ait un temps causé une grande désorganisation, l’effet d’un boulet suédois de 24 livres du XVIIe siècle montre assez la marge qu’avaient les boulets sur les murailles :

    Wikipédia encore affirme que les Britanniques généralisèrent les platines sur leurs canons très tôt, les expérimentant dès 1745 ⑹ d’après la page en français, et en installèrent dès la guerre d’Amérique (1778-1783), selon la page en anglais ⑺, et les généralisèrent à la fin du XVIIIe siècle, tandis que la France ne le fit que vers la fin de l’Empire. Les platines devaient apporter une amélioration notable, puisqu’elles permettaient de choisir plus précisément l’instant du tir, donc, supposé-je, de réduire l’effet considérable du roulis sur la visée.

    Wikipédia encore ⑹ ⑺ précise le mode de visée dans la Royal Navy et dans notre Marine : il me semble que seule l’innovation des platines apportait sur ce point un avantage à la première, mais qui aura lu ces articles en pourra juger aussi bien que moi, et bien mieux s’il connaît davantage de sources sur cette question.

    Les canons français de 8 tiraient un coup toutes les quatre minutes ; ceux de 18, un toutes les cinq minutes ; ceux de 24, un toutes les six minutes, d’après Jurien de La Gravière (La Dernière Guerre maritime, Revue des Deux Mondes, tome XVI, p 184), cité par Wikipédia ⑹ ; et ceux de 36, un toutes les huit minutes, selon Jean Boudriot (Le Vaisseau de 74 canons, tome IV : L’Équipage, la conduite du bateau, Éditions des Quatre Seigneurs, Grenoble, 1977, p 136), cité lui aussi par Wikipédia ⑴. La cadence de tir des pièces de 32 de la Royal Navy était, paraît-il, d’un coup toutes les cinq minutes, alors que d’après leur poids, compris entre celui de nos pièces de 24 et celui de nos pièces de 36, elle eût dû être d’un toutes les sept minutes. Ce serait donc l’efficacité de leurs équipages bien plus entraînés qui, sous notre Première République et sous notre Premier Empire, aurait été le grand avantage de l’artillerie des Britanniques. Le problème est que la cadence de tir est fort difficile à estimer, variant grandement selon la durée de l’effort.

    Si quelqu’un a des renseignements plus sûrs à apporter, je lui en saurai gré.

  2. La faiblesse de notre marine fut flagrante dès le début des guerres de la République (1792-1804), et inchangée sous l’Empire (1804-1814 puis mars-juillet 1815). Or, en 1792, matériellement les flottes française et anglaise étaient fort comparables à celles qui s’étaient affrontées lors de la guerre d’Amérique (1778-1783), alors avec succès pour notre marine royale. La composante humaine de notre flotte, ruinée par la Révolution – car constituée essentiellement de nobles pour le commandement et de matelots venant de provinces souvent fort catholiques – fut donc la première cause de nos grandes défaites des guerres de la République et de l’Empire (1792-1815).

    On peut citer quelques passages du livre de Louis Édouard Chevalier sur ce sujet, intitulé Histoire de la Marine française sous la Première République (Hachette, Paris, 1886), ouvrage de grande qualité tombé dans le domaine public et accessible, grâce à l’université du Michigan, en version numérique.

    N.B. : la pagination est celle de l’édition imprimée (ajouter onze pour avoir la pagination de la version numérique en pdf) ; tous les passages soulignés le sont par l’auteur de ce commentaire.
    ❋ P 163 : « Il y avait des capitaines, et c’était le plus grand nombre, qui ne savaient rien. Quelles leçons ceux-là pourraient-ils donner à leurs états-majors ? Enfin, la plupart des officiers nommés depuis 1793 n’ayant aucun fonds d’instruction, étaient, par cela même, dans l’impossibilité de suivre avec fruit les cours établis par Jean-Bon-Saint-André. (…) Jean-Bon-Saint-André, se souvenant de la manœuvre du Jacobin dans la journée du 1er juin, prit un arrêté ainsi conçu : “Aucun capitaine de vaisseau ne souffrira que la ligne soit coupée. Si l’ennemi manœuvrait pour la couper devant ou derrière lui, il manœuvrera pour l’empêcher, et il se laissera plutôt aborder que de le souffrir. Le commandant d’un vaisseau, au poste duquel la ligne se trouvera coupée, sera puni de mort.” »
    – Le combat de Prairial (1er juin 1794) avait montré que notre flotte, incapable de tenir la ligne de bataille faute d’officiers formés, risquait une défaite grave à chaque rencontre.
    ❋ P 172, en 1795 : « Par suite du désordre qui régnait dans les ports depuis le commencement de la Révolution et de l’indiscipline des gens de mer, les matelots avaient disparu. C’était à peine si, sur cette escadre, forte de quinze vaisseaux, il y avait trois mille matelots. »
    – Donc trois quarts de nos marins n’avaient pas de formation…
    ❋ P 174 : « Il n’est pas possible d’avoir des vaisseaux plus mal armés en marins que ceux du Port-la-Montagne [nom donné à Toulon après la sanglante répression de l’insurrection contre-révolutionnaire de 1793]. Le nombre de militaires et de novices, qui n’ont pas été à la mer, s’élève à sept mille cinq cents hommes, sur un effectif de douze mille hommes, formant l’armement des quinze vaisseaux. (…) Nous avons plusieurs vaisseaux qui ne peuvent avoir, à leurs canons de trente-six, que deux marins canonniers, c’est-à-dire le chef et le chargeur. »
    – Deux hommes au lieu d’une quinzaine pour hâler des pièces de plus de quatre tonnes…
    ❋ P 185-187, en 1795 : « Le Comité de salut public avait le devoir d’informer la Convention des résultats de la sortie faite par l’escadre de la Méditerranée. L’orateur, chargé de porter la parole en son nom, aborda la tribune avec la confiance d’un homme assuré, à l’avance, qu’il ne sera pas contredit. Le but principal de cette sortie, dit-il à l’Assemblée, était de rencontrer l’armée navale de l’Angleterre, de la combattre partout où on la trouverait, de la chasser de la Méditerranée et d’y établir la liberté de la navigation. À l’entendre, toutes les mesures avaient été prises par le Comité et par les divers représentants du peuple dans le Midi pour assurer l’exécution de ce projet. Le Comité de salut public restait fidèle à la tradition. Sa conduite ne méritait que des éloges. Le but qu’il poursuivait était excellent, et les moyens mis à la disposition du commandant de l’escadre de la Méditerranée permettaient à celui-ci de tout entreprendre. Après avoir dit que notre échec n’avait d’autre cause que les fautes commises par plusieurs capitaines, l’orateur promit à la Convention qu’il serait fait bonne et prompte justice des coupables. De la composition du personnel, de son peu d’instruction, au point de vue maritime et militaire, des observations faites, avant le départ, par le commandant de l’escadre, il n’en fut pas question. Les équipages recevant des félicitations, les personnes étrangères à la marine devaient croire qu’ils étaient au moins suffisants. Les marins ne pouvaient se faire cette illusion. Ils savaient que, pour se battre, il faut des vaisseaux en bon état, des matelots capables, des canonniers habiles et des états-majors habitués à l’ordre, aux dispositions militaires et aux manœuvres d’escadre. Ces éléments, sans lesquels on ne peut mener à bien aucune opération militaire, nous ne les possédions pas. (…) La perte de l’ennemi, portant sur tous les bâtiments qui avaient pris part à l’action, s’élevait à soixante-quatorze tués et deux cent soixante-dix blessés. L’lllustrious et le Courageux avaient supporté le feu d’une partie de nos vaisseaux. Le premier avait vingt tués et soixante-dix blessés, et le second quinze tués et trente-trois blessés. Il était difficile de comprendre que le Captain et le Bedford, qui avaient combattu seuls, pendant un temps assez long, le Censeur et le Ça-Ira, n’eussent le premier que trois tués et dix-neuf blessés, et le second sept tués et dix-huit blessés. D’autre part, le Captain et le Bedford, après un engagement qui avait duré une heure environ, s’étaient retirés du feu, ayant perdu une partie de leur mâture. Ce résultat était-il dû au hasard qui faisait porter, dans les mâts, les coups que des canonniers inhabiles dirigeaient dans la coque, ou était-ce parce que les chefs de pièce du Censeur et du Ça-Ira avaient reçu l’ordre de pointer leurs canons dans la mâture et dans la voilure des vaisseaux ennemis ? Nous ne savons pas de quelle nature étaient les instructions données par les capitaines du Censeur et du Ça-lra aux officiers commandant les batteries. Mais quelle que soit l’hypothèse à laquelle on s’arrête, il y a un point qui ne peut être considéré comme douteux, c’est l’impuissance de nos vaisseaux, au point de vue de l’artillerie. Après la destruction de l’arsenal de Toulon et la dispersion des équipages appartenant à l’escadre mouillée sur cette rade, au moment de l’occupation de la ville par les Anglais, la France pouvait être réduite à n’avoir qu’un petit nombre de vaisseaux dans la Méditerranée. Mais on ne saurait blâmer trop sévèrement ces armements qui ne se préoccupaient que de la quantité et jamais de la qualité. Or, en marine, la quantité est sans valeur si la qualité n’y est pas jointe. »
    – Le tir à démâter des Français est souvent opposé au tir “plein bois” des Britanniques.
    ❋ P 203 : « L’ennemi formait une ligne régulière et très serrée. Les bâtiments français n’observaient aucun ordre. Les meilleurs marcheurs s’étaient rapprochés de l’ennemi, mais le gros de l’escadre était en arrière et très loin. »
    – Faute de capitaines sachant manœuvrer, chacun de nos vaisseaux devait fréquemment en affronter plusieurs de la Royal Navy, et se faisait ainsi cribler de boulets.
    ❋ P 212, en 1795 : « Le nombre des matelots de profession était fort au-dessous du nécessaire et nous n’avions pas de canonniers. “Tous nos coups, écrivit l’amiral, portaient dans l’eau.” Enfin, sauf d’honorables exceptions, les états-majors n’avaient pas d’instruction militaire. En conséquence, l’escadre était hors d’état d’exécuter les manœuvres auxquelles un général habile pouvait avoir recours en présence d’un ennemi supérieur en nombre. »
    – Encore en 1805, à Trafalgar, les bordées de l’escadre française contre les Britanniques avançant en colonne, exposant leurs proues très vulnérables, devaient être trop courtes, et la plupart des boulets, tomber à l’eau.
    ❋ P 214 : « La défense des trois vaisseaux pris par les Anglais avait été héroïque. Mais il ne suffit pas de se battre avec vigueur, il faut faire du mal à l’ennemi. Quelles pertes avions-nous infligées à l’escadre de lord Bridport ? Les vaisseaux anglais, [la] Queen-Charlotte, [le] London et [le] Royal-George, de cent canons, [le] Sans-Pareil, de quatre-vingts, [le] Colossus, [le] Russell, [ľ]Orion et [ľ]Irrésistible, de soixante-quatorze, avaient tiré du canon le 23 juin. Le total des tués et des blessés, sur ces huit vaisseaux, était de cent quarante-quatre hommes. D’après les relations anglaises, les trois vaisseaux pris avaient six cent soixante-dix hommes hors de combat, savoir : l’Alexandre cent trente, le Formidable deux cent vingt et le Tigre trois cent vingt. D’autre part, les neuf vaisseaux français, qui avaient à peine combattu, comptaient deux cent vingt-deux hommes hors de combat, répartis ainsi qu’il suit : les Droits-de-l’Homme quarante, le Fougueux cinq, le Wattignies trois, le Peuple soixante, le Redoutable soixante, le Nestor vingt-six, le Jean-Bart vingt-trois et le Zélé cinq. Le Mucius n’avait pas eu un seul homme atteint par le feu de l’ennemi. »
    – La disproportion des pertes ne changea guère au cours du conflit.
    ❋ P 224-225 : « Les 24 et 25 octobre, la Convention vota les projets de lois formant l’ensemble de la nouvelle législation. Les troupes d’artillerie de marine, supprimées le 30 janvier 1794, sur la proposition de Jean-Bon-Saint-André, furent rétablies. Le nouveau corps, dont l’effectif pouvait, en temps de guerre, s’élever jusqu’à vingt-cinq mille hommes, était destiné à la défense des ports et des côtes. Il était, en outre, chargé du service de l’artillerie, à bord des bâtiments de la République, concurremment et par moitié, était-il dit, dans la loi, avec les canonniers marins. Quatre cent quatre-vingts hommes, provenant de l’Inscription maritime, étaient répartis dans les ports et placés sous l’autorité des directeurs d’artillerie. Ces marins devaient être renvoyés dans leurs quartiers, après avoir passé un an dans les écoles de canonnage. Il y avait loin de là aux mesures promptes et énergiques qu’il eût été nécessaire de prendre pour donner immédiatement à notre flotte des chefs de pièce capables de lutter contre les canonniers anglais. »

  3. Lire haler et Jeanbon Saint-André !

    Le site SINDBAD
    de la B.N.F. propose quatre ouvrages traitant de l’artillerie de cette époque.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s