Ces vaisseaux étrangers portant des noms français

Je lisais dernièrement qu’au début de la Première Guerre mondiale, les Anglais souhaitant marquer leur alliance avec la France, ennemie et rivale d’hier, nommèrent étrangement deux de leurs monitor Marshal Ney et Marshal Soult (photographie ci-dessus).

L’idée est flatteuse. On ne peut s’empêcher toutefois de remarquer qu’ils ont préféré honorer deux maréchaux de Napoléon, des terriens et non des marins, et qu’ils ont continué à nommer leurs plus belles unités Nelson et Agincourt, par exemple. Naturellement, on ne leur en voudra pas, nous Français qui continuâmes à nommer nos cuirassés Jean Bart.

Le fait qu’une puissance navale étrangère utilise des noms français pour baptiser certains de ses bâtiments peut sembler curieux. En fait, plusieurs navires étrangers, anglais mais également américains ou russes, ont porté des noms d’origine française. Quelques exemples me viennent en tête, l’occasion d’écrire – d’un trait – un bref billet sur ce sujet.

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« Past and Present »

Suite du billet Navires d’un autre temps qui a semble-t-il été apprécié (j’en suis heureux)… Je l’avais précisé, les photographies d’unités navales modernes passant devant le vieux mais majestueux trois-ponts HMS Victory, à Portsmouth, ne manquent pas. Ce nouveau billet sera donc entièrement consacré au vaisseau anglais, l’occasion d’évoquer notamment l’origine du développement de l’arme sous-marine en Angleterre et de découvrir deux photos très étonnantes datant de 1935.

Ci-dessus, le premier sous-marin de l’histoire de la Royal Navy, le HMS Holland 1 et plusieurs des sept membres de son équipage. Lancé en 1901, il fut perdu en 1913 alors qu’il était remorqué pour être conduit à la casse après son déclassement. Son épave fut récupérée en 1982 et est exposé depuis 1983 au Royal Navy Submarine Museum, à Gosport, sur la côte Sud de l’Angleterre.

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Navires d’un autre temps

Il est fascinant de constater à quel point les navires de guerre, tant par leur aspect extérieur que par leur conception et leur armement, ont pu évoluer en seulement quarante années, de la fin de la Guerre de Crimée, en 1856, jusqu’au commencement du XXe siècle. Revenons simplement quelques siècles en arrière, les vaisseaux de la marine de Louis XVIII n’étaient guère différents de ceux de Louis XIV, son arrière arrière grand-père, qui régna sur la France plus d’un siècle avant lui.

Dans son ouvrage La marine d’autrefois, l’amiral Jurien de La Gravière écrit au début des années 1860 : « La marine de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI, celle de la république et de l’empire, la marine même du gouvernement de Juillet, ce ne sont pas des marines différentes, c’est la même marine à différents âges. Entre le Soleil Royal monté par le maréchal de Tourville et l’Océan monté par l’amiral Hugon, il n’y a que des perfectionnements de détail, perfectionnements que deux siècles ont été bien lents à réaliser. » Bien qu’importants pour le spécialiste, ces « perfectionnements de détail » sont effectivement invisibles pour un œil non expert, qui sera le plus souvent incapable de distinguer le Royal Louis de 1667 de celui de 1814. Il est pourtant certain qu’il pourra aisément reconnaitre le vaisseau de ligne de la marine ancienne, en bois et à voiles, à coté du navire moderne, à vapeur et cuirassé. C’est ce contraste, saisissant et magnifique, qui nous intéresse ici.

La photographie ci-dessus est, de ce point de vue, très symbolique. On y voit les deux navires les plus emblématiques de leur temps : le vaisseau HMS Victory (à gauche) et le cuirassé HMS Dreadnought (à droite). Le premier est, très certainement, le trois-ponts le plus fameux de l’histoire de la Royal Navy, celui qui porta la marque de l’amiral Nelson à Trafalgar, celui qui, encore aujourd’hui, est visitable à Portsmouth. Le second est le premier cuirassé « monocalibre » du monde, celui qui, dés son lancement en 1906, rendit obsolètes tous les navires de surface construits jusque là.

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Skyfall – La dernière scène

(Je conseille aux personnes n’ayant pas encore vu le film de ne pas lire ce billet, et notamment son dernier paragraphe.)

Souvenez-vous, c’était il y a environ un an, je commentais l’une des plus remarquables scènes (selon moi) du dernier James Bond, le fameux Skyfall. La dernière mission de l’agent britannique tourne mal, 007 a échoué et les gros bonnets du MI6 se demandent s’il n’est pas temps de le mettre à la retraite. James est assis pensif à la National Gallery devant le Fighting Temeraire, bâtiment légendaire partant à la casse, remorqué par un navire à vapeur, plus moderne, plus jeune… Le parallèle entre James Bond et le vaisseau à voile est évident. Je précisais en commentaire que dans la toute dernière scène du film, celle où l’agent 007 discutait avec Mallory, l’on pouvait distinguer un autre tableau marine, représentant de toute évidence un combat naval. Malheureusement, le film venait alors tout juste de sortir dans les salles de cinéma, et je n’avais pas la possibilité de pouvoir revisionner la scène afin d’analyser la peinture. Un an plus tard, la situation n’est plus la même et notre enquête peut commencer…

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Des femmes à Trafalgar !

Jusqu’au XVIIIe siècle, bien qu’il ait existé de nombreuses femmes pirates plus ou moins célèbres (Alvilda, Mary Read, Anne Bonny, Grace O’Malley, etc.), les femmes n’étaient en principe pas tolérées à bord de la plupart des bâtiments de mer. Pour les marins, une présence féminine sur un navire portait malheur. Pour les autorités, à l’image des terribles sirènes d’Ulysse, la présence de femmes à bord ne pouvait engendrer que frustrations et jalousies, et entrainer la perte de l’équipage. L’ordonnance du 15 avril 1689 régissant la Marine précisait ainsi dans son article 35 : « Sa Majesté défend aux officiers de ses vaisseaux de mener des femmes à bord pour y passer la nuit ou pour plus longtemps ». On sait par exemple que l’amiral Yves de Kerguelen fut jugé et condamné en 1775 pour avoir (entre autre) fait embarquer clandestinement sa jeune maîtresse à bord de son navire. A partir de la fin du XVIIIe siècle, cependant, les choses commencèrent à changer et les femmes furent de plus en plus acceptées sur les navires de guerre.

Un marin anglais, William Robinson, raconte ainsi dans ses mémoires publiés en 1836 que durant la bataille de Trafalgar (21 octobre 1805), une jeune Française embarquée sur le 74 canons l’Achille fut sauvée de la noyade par une embarcation anglaise. Prénommée Jeannette, la rescapée raconta que peu avant la bataille, les femmes présentes sur les vaisseaux français furent envoyées à terre pour leur sécurité. Ne voulant pas quitter son mari, marin sur l’Achille, elle se déguisa en homme et resta sur le navire. Pendant le combat, l’Achille prit feu et explosa. Son mari fut tué. Quant à Jeannette, repêchée entièrement nue, elle fut vêtue et réconfortée à bord du HMS Revenge. Elle fut débarquée peu de temps après à Gibraltar.

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1799 : le retour de Bonaparte en France, la faute aux Russes !

J’avais rédigé il y a quelques temps déjà un rapide historique de la fameuse frégate française le Muiron, notamment connue pour avoir ramené Napoléon Bonaparte d’Égypte en 1799. A ce propos je lisais encore récemment un extrait du livre de Michèle Battesti – dont j’apprécie particulièrement les ouvrages – La bataille d’Aboukir

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