Les « Soleil Royal » de la marine de l’Ancien Régime

Le règlement du 4 juillet 1670 précise : « Les seuls vaisseaux le Royal-Louis et le Soleil Royal, auront un château sur l’avant de leur troisième pont ; et à l’égard de tous les autres vaisseaux Sa Majesté défend d’y en faire aucun ». Cette règle illustre bien la volonté quasi-officielle de Louis XIV de faire du Royal Louis au Levant (Toulon) et du Soleil Royal au Ponant (Brest) des vaisseaux « hors-catégorie », les fiertés de la Marine royale.

Ayant déjà listé les six Royal Louis de la Marine française, ceci afin d’éviter toute confusion entre ces différents vaisseaux, j’entreprends aujourd’hui la même démarche avec les Soleil Royal.

Il y eut en tout trois Soleil Royal, quatre si l’on compte celui construit par Blaise Pangalo. Il est en effet à noter qu’en mars 1693 se produisit une permutation de nom entre deux grands vaisseaux à trois-ponts construits à Brest. Ainsi, le Soleil Royal qui devait être construit par Blaise Pangalo fut renommé le Foudroyant avant même le commencement des travaux, et le Foudroyant dont les travaux avaient déjà débutés depuis neuf mois par Étienne Hubac fut quant à lui renommé le Soleil Royal. Il existe souvent une confusion entre ces deux différents vaisseaux, c’est pourquoi j’évoque ici le « Soleil Royal de Blaise Pangalo », même si en pratique ce vaisseau ne porta jamais véritablement ce nom.

Naturellement, tous ces navires furent des vaisseaux de premier rang, y compris celui construit en 1749, sous le règne de Louis XV, qui toutefois ne fut pas un trois-ponts mais un (grand) deux-ponts, l’un des premiers du genre. On remarquera d’ailleurs que, paradoxalement, ce vaisseau fut sensiblement plus grand que les Soleil Royal de la marine de Louis XIV.

  • Le premier Soleil Royal 1669 – 1692.

Construit à Brest par Laurent Hubac. D’abords nommé Grand Henry en hommage à Henri IV, puis Royal Soleil, puis enfin Soleil Royal, peu avant son lancement en 1669. Radoubé en 1688-1690. Vaisseau amiral de Tourville, il participe notamment aux batailles de Béveziers le (1690) et de Barfleur (1692), à la suite de laquelle il est incendié et détruit à Cherbourg. « Avec ses 2000 tonneaux et ses 110 canons, sa coque noir, blanc, bleu et ventre-de-biche, coupée de listons d’or, c’était un bâtiment superbe » écrit François Bluche, historien français spécialiste du règne de Louis XIV.
– Dimensions : longueur 164 pieds 6 pouces (53,43 m) ; largeur 44 pieds 6 pouces (14,45 m) ; creux 21 pieds (6,82 m).
– Armement : première batterie 30 canons de 36 livres ; deuxième batterie 30 canons de 18 ; troisième batterie 30 canons de 12 ; gaillard d’avant 6 canons de 8 ; gaillard d’arrière 10 canons de 8 ; dunette 4 canons de 4. En tout 110 canons, tous en bronze. Équipage théorique en 1669 : 980 hommes (80 officiers, 120 sous-officiers, 480 matelots, 300 soldats).

  • Le deuxième Soleil Royal 1692 – 1713.

Construit à Brest par Étienne Hubac (fils de Laurent Hubac). Nommé dans un premier temps le Foudroyant, il est rapidement renommé le Soleil Royal (mars 1693), suite à son lancement en novembre 1692. Sous le commandement du marquis de Langeron, il participe à la bataille de Vélez-Málaga le 24 août 1704. Lors du siège de Toulon en 1707, il est submergé pour le protéger des bombardements anglais. Il est renfloué après le siège. Longtemps inactif à Toulon, il est rayé des listes en 1713.
– Dimensions : longueur 170 pieds (55,22 m) ; largeur 46 pieds (14,94 m) ; creux 22 pieds (7,15 m).
– Armement : première batterie 28 canons de 36 ; deuxième batterie 30 canons de 18 ; troisième batterie 28 canons de 12 ; gaillard d’avant 8 canons de 6 ; gaillard d’arrière 10 canons canons de 6. En tout 104 canons. Équipage : 950 hommes.

[Un autre Soleil Royal 1693 – 1713. Pour rappel, je cite ce vaisseau ici pour éviter toute confusion possible avec le Soleil Royal d’Étienne Hubac. Construit à Brest par Blaise Pangalo. Nommé tout d’abord le Soleil Royal, le trois-ponts est toutefois très rapidement renommé le Foudroyant (mars 1693), avant même sa mise en chantier effective. Vaisseau amiral du Comte de Toulouse durant la bataille de Vélez-Málaga le 24 août 1704. Longtemps inactif à Toulon, il est rayé des listes en 1713.
– Dimensions : longueur 166 pieds (53,92 m) ; largeur 46 pieds (14,94 m) ; creux 21 pieds 6 pouces (6.98 m).
– Armement : première batterie 28 canons de 36 ; deuxième batterie 30 canons de 18 ; troisième batterie 28 canons de 12 ; gaillard d’avant 8 canons de 6 ; gaillard d’arrière 10 canons canons de 6. En tout 104 canons. Équipage : 900 hommes.]

  • Le troisième Soleil Royal 1749 – 1759.

Construit à Brest sur des plans de Jacques Luc Coulomb. Lancé en 1749. Contrairement aux Soleil Royal construits au XVIIe siècle, il s’agit d’un deux-ponts. Le navire est tout de même considéré comme un vaisseau de premier rang. Vaisseau amiral du comte de Conflans, il est sabordé/incendié le 24 novembre 1759, suite à la bataille des Cardinaux.
– Dimensions : longueur 182 pieds (59,11 m) ; largeur 48 pieds (15,59 m) ; creux 23 pieds (7,47 m).
– Armement : première batterie 30 canons de 36 ; deuxième batterie : 32 canons de 24 ; gaillards : 18 canons de 8. En tout 80 canons. Il est le premier vaisseau de ce type à porter du 24 à sa deuxième batterie. Équipage : 1000 hommes environ. Voir Les vaisseaux de 80 canons de 1740 à 1785.

Sources :
– Demerliac, Alain. Nomenclature des navires français.
Lemineur, Jean-Claude. Les vaisseaux du Roi Soleil.
Roche, Jean-Michel. Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours.

9 réflexions sur “Les « Soleil Royal » de la marine de l’Ancien Régime

  1. Une précision utile : d’après le Musée de la Marine, la maquette du Soleil-Royal est supposée représenter les décorations du vaisseau de 1669 après sa refonte de 1689, et celles aussi, car identiques, du vaisseau de 1692, mais les plans ne furent pas rigoureusement respectés.

  2. Le Soleil Royal du Musée de la Marine, attribué à Tanneron est davantage un superbe exercice de sculpture qu’une reconstitution . En effet il ne respecte pas le dessin de la poupe réalisé par Jean Berain. Les galeries ont cinq fenêtres et non six comme prévu et certaines parties du décor ne correspondent pas à celles figurant sur ce même dessin. De plus la carène est fausse à maints égards: percement à 14 au lieu de 16, un sabord en contrebas du pont principal, des rabattues en escalier au lieu d’une courbe harmonieuse, etc.

  3. Pour Michel Saunier :

    Ce que vous dites est exact. C’est d’ailleurs précisé sur la page du Musée national de la Marine.

    Estampe du Soleil Royal (le premier, je crois) à la B.N.F. :

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