L’affaire du Rocher du Diamant (31 mai – 2 juin 1805)

En 1804, tandis que la Paix d’Amiens vient d’être rompue, les Anglais décident d’occuper le rocher du Diamant, petit îlot inhabité situé dans la mer des Caraïbes au sud-ouest de la Martinique, à trois kilomètres environ de la pointe du Diamant, dans le canal de Sainte-Lucie. Aux mains des Anglais, le rocher devient un véritable poste d’observation capable d’intercepter toute la navigation française de cette colonie, et d’en signaler impunément tous les mouvements. Une petite garnison, forte d’une centaine d’hommes, est chargée de défendre cette position stratégique. Pendant 17 mois, les Anglais vont fortifier le rocher, une citerne de 40000 litres est creusée, les grottes sont transformées en casernes ou magasins, un hôpital est édifié et de nombreux canons sont hissés au plus haut de son sommet.

Bien entendu, Napoléon fait de la capture du rocher une priorité. Le 31 mai 1805, une escadre française, commandée par le capitaine de vaisseau Cosmao et composée de 4 bâtiments de guerre, donne l’assaut. Le 2 juin, les Anglais à court d’eau et de munitions n’ont d’autres choix que de capituler.

Cette affaire est l’un des rares faits d’armes de l’escadre commandée par l’amiral Villeneuve dans les Antilles. Voici le rapport que l’amiral écrit au duc Decrès, Ministre de la Marine et des Colonies, le 4 juin 1805 :

« L’occupation du poste du Diamant par l’ennemi paralysait les communications des divers quartiers de la colonie, et portait un tort considérable aux habitants et aux commerçants qui désiraient ardemment de s’en voir délivrer. Depuis longtemps le capitaine général, indigné de voir les couleurs britanniques insulter impunément notre pavillon, avait cherché les moyens de se débarrasser de ce voisinage fâcheux. Il a désiré faire ce coup de main avec les propres troupes de la colonie sans le secours de celles de l’expédition : il m’a demandé en outre d’y employer deux vaisseaux et quelques bâtiments légers. Il entrait trop dans mes instructions d’assurer par tous les moyens possibles la sûreté de la colonie et ses avantages, pour ne pas me prêter au vœu du capitaine-général, et de le seconder de tous mes moyens. J’ai en conséquence chargé de cette expédition le capitaine de vaisseau Cosmao, commandant le Pluton, avec le vaisseau le Berwick, la frégate la Sirène et les bricks attachés à l’escadre qui, ayant reçu à leur bord 240 hommes de la colonie, ont fait voile pour le Diamant avec quatre chaloupes et quatre canots armés sous les ordres de M. Dandignon, 1er lieutenant du vaisseau le Bucentaure. L’amiral Gravina ayant voulu prendre part à cette expédition a fourni deux chaloupes et trois canots. Le chef de bataillon Royer, aide de camp du capitaine général, commandait les troupes.

Le 11 prairial [31 mai], les vaisseaux s’étant élevés au vent du Diamant donnèrent dans lu canal entre le roc et la terre. Leur feu fit bientôt taire les batteries basses que l’ennemi y avait établies, et les chaloupes et canots ayant les troupes à leur bord furent aborder le roc sur le seul point qui fût abordable. C’est alors qu’ils eurent à essuyer un feu très vif de mousqueterie et une grêle de pierres que l’ennemi faisait pleuvoir sur eux du sommet du roc, tandis qu’une caronade placée à mi-roc faisait un feu continuel sur les embarcations et sur nos bâtiments qui tiraient dessus dans l’intention de la démonter.

Rien n’égale les preuves de courage et de résolution qui furent données dans cette occasion Je dois cette justice à nos braves alliés que le 1er canot qui aborda fut un canot espagnol. Les troupes ayant débarqué, l’ennemi fut poursuivi de roche en roche et de caverne en caverne, autant que les facultés humaines pouvaient le permettre ; là seulement ils étaient arrêtés où des échelles ordinaires ne pouvaient pas suffire. Nos troupes occupaient ainsi le bas du rocher depuis deux jours et cherchaient tous les moyens de gravir plus haut. Enfin, le 13 à midi [2 juin], des matelots gravirent un roc, y placèrent une échelle de corde ; des grenadiers les suivent et parviennent enfin à l’une des principales grottes où l’ennemi avait réuni une partie de ses approvisionnements en eau, comestibles et munitions de guerre. Dès lors le roc fut pris et l’ennemi demanda quartier.

Nous avons eu dans cette affaire environ quinze marins tués ou blessés et autant de soldats. Le canot du Montblanc a été coulé par le feu de l’ennemi. Parmi les morts sont deux aspirants de la marine, MM. Arena et Bellanger ; parmi les blessés se trouvent M. Dandignon, premier lieutenant du vaisseau le Bucentaure, atteint d’une balle au genou ; M. Gallois, aspirant du Bucentaure, a été atteint d’une balle dans le bras en gravissant le rocher.

Cette affaire peu importante en elle-même, peut être considérée comme un beau fait d’armes, par les difficultés qu’elle présentait, et la réunion des moyens de défense que l’ennemi avait rassemblés. Elle fait le plus grand honneur à tous ceux qui y ont été employés, au capitaine Cosmao qui dirigeait l’attaque maritime, au capitaine Camas du Berwick, Chabert, de la Syrène, Demay, commandant du Furet, etc., qui ont manœuvré avec beaucoup de hardiesse et d’habilité ; au lieutenant de vaisseau Fournier, qui a commandé les embarcation après la blessure de M. Dandignon ; enfin, tous ces officiers s’accordent à donner les plus grands éloges aux matelots et soldats sous leurs ordres, dont plusieurs ont fait des actions de courage que j’aurai l’honneur de mettre particulièrement sous vos yeux. Je dois citer aussi l’enseigne de vaisseau Macquet, qui, par son courage et son activité, a contribué particulièrement au succès de cette expédition. »

Petite anecdote assez amusante : les Anglais considéraient le rocher comme un bâtiment de la Royal Navy. Dés lors, la tradition voulait qu’à chaque fois qu’un vaisseau britannique passe au large, il tire un coup de canon afin de saluer His Majesty’s Sloop-of-War Diamond Rock.

Le rocher est encore aujourd’hui Français.

Le Rocher du Diamant aujourd’hui.

3 réflexions sur “L’affaire du Rocher du Diamant (31 mai – 2 juin 1805)

  1. Garnison isolée sans possibilité d’être secourue a temps par une escadre de la Royal Navy. Les Anglais n’avaient pas beaucoup de chance de résister. Sait-on les pertes de leur garnison ?

  2. Selon les sources anglaises : deux tués et un blessé. Et effectivement, la garnison anglaise n’avait semble t’il aucune chance. D’ailleurs, son commandant James Wilkes Maurice a été acquitté par la cour martiale chargée de le juger suite à la perte du rocher.

  3. Aucune chance pour les Britanniques.

    Pourquoi avoir envoyé ces hommes, si on savait leur position intenable ? Pourquoi les avoir ainsi sacrifiés ?

    J’imagine que c’était un calcul sinistre : ils causeraient des pertes bien supérieures à leur nombre, d’abord en révélant les mouvements des navires français aux corsaires britanniques, puis, grâce à l’excellence de leur position défensive, en tirant de haut en bas, étant à couvert, contre des assaillants à découvert, en se défendant contre une attaque inévitable.

    La défaite des Britanniques était, à terme, certaine, mais ils devaient causer des pertes bien plus fortes à la France.

    Um calcul froid, glacial, même.

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