Trafalgar – Rémi Monaque


Passés Composés réédite un important ouvrage : Trafalgar de Rémi Monaque.

Les livres français consacrés aux batailles navales sont rares. En ce qui concerne Trafalgar, il en existe seulement deux parus à l’époque du bicentenaire de la bataille en 2005 : l’un écrit par Michèle Battesti et l’autre par Rémi Monaque. Ces deux ouvrages forts intéressants sont complémentaires car leurs analyses et leurs conclusions diffèrent sensiblement. Si Michèle Battesti met en cause l’effondrement moral de Villeneuve pour expliquer la défaite franco-espagnole, Rémi Monaque estime que celle-ci est surtout due à Napoléon qui voulut « manœuvrer ses escadres comme des divisions sur un champs de bataille terrestre ».

Rappel des faits. Suite à la rupture de la paix d’Amiens en 1803, Napoléon décide de rassembler au camp de Boulogne une armée destinée à envahir l’Angleterre. Pour permettre le succès du débarquement, il cherche à éloigner la marine britannique de la Manche et imagine un plan complexe. L’escadre de Toulon commandée par l’amiral Villeneuve est chargée 1/ de rallier la flotte espagnole à Cadix, 2/ d’attirer la Royal Navy aux Antilles, 3/ de revenir rapidement en Europe afin 4/ de débloquer l’escadre de Brest soumise à un blocus et 5/ de couvrir le débarquement dans la Manche. Mais Villeneuve est hésitant. A son retour des Antilles, il s’enferme à Cadix où il se retrouve rapidement bloqué par la Royal Navy. Le 21 octobre 1805, l’escadre alliée sort du port espagnol (situé au nord-ouest du détroit de Gibraltar) pour affronter la flotte britannique commandée par l’amiral Nelson, avec la fin désastreuse que l’on connait.

Dans son ouvrage, Rémi Monaque ne raconte pas seulement le combat de Trafalgar. Le récit de ce dernier couvre moins de la moitié des quelque 380 pages du livre. Car pour comprendre Trafalgar, il est nécessaire de revenir sur le plan de Napoléon – qui ne cesse de changer au fil des mois – et d’étudier l’ensemble de la campagne navale de 1805. Il est nécessaire également d’analyser l’état des marines française, espagnole et britannique (les trois plus fortes d’Europe) à cette époque. L’auteur compare leur organisation, leurs navires, leurs marins. Il dresse le portait des différents protagonistes de la bataille, notamment de Nelson et de Villeneuve, deux hommes très différents, deux amiraux aux visions tactiques diamétralement opposées. Le premier est très sur de lui, impatient de livrer bataille. Le second n’a jamais vraiment cru en la réussite de sa mission, il est démoralisé, presque dépressif. Il subit une forte pression de la part de Napoléon et de l’amiral  Decrès, ministre de la Marine quelque peu énigmatique (mais c’est une autre histoire), qui le poussent étrangement à aller au combat… pour rien !

On comprend au fil des pages que Trafalgar fut en fait une « tragédie inutile » (expression de Rémi Monaque). « Tragédie » parce que la malheureuse escadre franco-espagnole n’avait quasiment aucune chance de l’emporter. La marine britannique, probablement à l’apogée de sa puissance, lui était très supérieure sur tous les points. « Inutile » parce que la bataille fut livrée sans véritable raison. Contrairement à ce que la propagande britannique voulut faire croire, le sort de la Grande-Bretagne ne se joua pas à Trafalgar ! Le 21 octobre 1805, Napoléon et sa Grande Armée avaient quitté Boulogne depuis plusieurs mois et se trouvaient déjà à Ulm, en Allemagne. Il n’était donc plus question de débarquement en Angleterre depuis longtemps.

La relation de la bataille par l’auteur est précise et facile à lire. Elle est factuelle, objective. Elle n’est pas francocentrée. Elle s’appuie sur de nombreux témoignages des combattants français, espagnols et britanniques. Elle étrille en outre une autre légende tenace concernant Trafalgar : la tactique employée par Nelson – couper la ligne adversaire – n’est ni nouvelle ni surprenante, elle est prévue par Villeneuve !

Rémi Monaque termine son étude en faisant le bilan de la bataille de Trafalgar. Bilan des pertes – matérielles et humaines – et bilan stratégique. Il analyse ses conséquences et note la grande différence de perception de la bataille au Royaume-Uni, en France et en Espagne. Grande victoire pour les uns, désastre pour les autres, elle ne mettra pas pour autant fin – ici encore contrairement à une idée répandue – à la puissance navale française, qui resta la deuxième du monde jusqu’à la IIIe République.

L’ouvrage finit par une série d’annexes très intéressantes à propos des vaisseaux, de leur artillerie, de leur équipage, des tactiques de l’époque. De quoi conclure parfaitement un livre qui ne compte finalement qu’un seul (petit) défaut : il porte sur la défaite de Trafalgar.

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