USS Constitution c. HMS Guerriere (1812)

Par Anton Otto Fischer

Éphéméride. Le 19 août 1812, au début de la guerre anglo-américaine (1812-1814), la frégate USS Constitution (capitaine Isaac Hull) capture et incendie après un intense combat la frégate HMS Guerriere (capitaine James Richard Dacres), au sud-est de la Nouvelle-Écosse. Bien que les deux navires soient identifiés comme étant des frégates, ils ne sont en vérité pas du même type : le bâtiment américain est une « super-frégate », pensée pour être plus forte que les frégates classiques et plus rapide que les vaisseaux de ligne.

La HMS Guerriere était une frégate de conception française, lancée à Cherbourg en septembre 1799. Baptisée la Guerrière par les Français, la Royal Navy ne changea pas son nom après sa capture en mer du Nord par la frégate HMS Blanche, le 19 juillet 1807. Frégate de 18 (ainsi appelée car le calibre de ses canons était essentiellement de 18 livres) classique construite d’après les plans de l’ingénieur Forfait, elle portait sous pavillon français vingt-huit canons de 18 à sa batterie principale, ainsi que douze canons de 8 et quatre caronades de 36 à ses gaillards, soit 44 pièces en tout. Les Anglais modifièrent uniquement l’armement des gaillards, en y installant seize caronades de 32. La frégate conservait donc ses 44 pièces.

L’USS Constitution, lancée à Boston en octobre 1797 – deux ans avant la Guerrière donc – était sensiblement plus grande et plus puissante que son adversaire. Elle portait trente canons de 24 à sa batterie principale, et vingt caronades de 32 sur le pont supérieur, soit 50 pièces. La supériorité de l’armement de la frégate américaine ne résidait toutefois pas dans le nombre de ses canons, mais dans le calibre de ceux-ci : du 24 contre du 18. Cette différence fut certainement décisive dans l’issue du combat du 19 août 1812.

Le choix par les Américains de construire des « super-frégates » portant des canons de 24 remonte à l’origine même de leur marine de guerre, durant la décennie 1790. Dans une lettre écrite dés janvier 1793 au sénateur Robert Morris, le constructeur de navires de Philadelphie, Joshua Humphreys, exposait ses idées à propos des navires que la marine américaine devait construire :

« Les navires qui composent les flottes européennes sont généralement classés par leurs rangs, mais comme la situation de nos rades et de nos ports est différente, et que notre marine sera pendant très longtemps inférieure en nombre, nous devons choisir des bâtiments capables de surclasser ceux de nos ennemis. Par vent fort, les frégates dominent les vaisseaux à deux ponts, et par vent faible, elles peuvent facilement leur échapper […] La construction de frégates doit être notre priorité. Leur quille devra mesurer au minimum 150 pieds (45 m), car ces frégates devront porter 28 canons de 32 livres ou 30 pièces de 24 livres en batterie et des canons de 12 livres sur les gaillards. Elles devront avoir une charpente aussi forte que celle d’un vaisseau de 74 canons, et je propose d’utiliser du cèdre rouge et le chêne vert pour les construire […] Comme ces navires coûteront beaucoup d’argent, il est essentiel de les construire avec les meilleurs matériaux que nous pourrons nous procurer.

Des frégates armées de canons de 12 ou de 18 livres ne sont pas, à mon avis, capables de répondre à ce qu’on attend d’elles, surtout si nous devons prendre part à la guerre en Europe […] Une grande frégate est-elle plus apte à protéger notre commerce que deux petites ? Celles-ci ont-elles plus de chances contre un vaisseau à deux ponts ? Pour ma part, je suis intimement convaincu qu’une grande frégate répondra le mieux à ce qu’on attend d’elle. »

Humphreys fut partiellement écouté. Le 27 mars 1794, le président George Washington signa le Naval Act of 1794 – ou Act to Provide a Naval Armament – par lequel le Congrès autorisa la construction de six frégates, qui furent nommées : United States (lancée en 1797), Constitution (1797), President (1800), Constellation (1797), Congress (1799) et Chesapeake (1799). Seules les trois premières furent des « grandes frégates » armées de pièces de 24, les trois autres, plus classiques, ne portèrent que du 18, à l’instar de celles servant en Europe.

Les succès obtenus par ces frégates lors de la guerre anglo-américaine de 1812-1814, parmi lesquels la capture et l’incendie de la Guerriere par la Constitution, influencèrent grandement les marines britannique et française. Et c’est déjà une autre histoire !

Sources :
– Bonnel, Ulane. Naissance de la marine américaine. Extrait des Marines de guerre européennes : XVIIe – XVIIIe siècles
– Boudriot, Jean. La frégate. Marine de France. 1650-1850
– Piouffre, Gérard. Naissance de la marine américaine
– Roche, Jean-Michel. Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours

2 réflexions sur “USS Constitution c. HMS Guerriere (1812)

  1. Bonjour,

    La frégate de 24 (livres) était, déjà, « dans les tuyaux », en France, avant même que la toute neuve US Navy ne « s’empare » du sujet. .

    En juillet 1790, le « citoyen » Kersaint, Chef de Division, dans son étude-proposition « Institutions Navales, Secondes Vues », publiée par les imprimeurs parisiens Roland & De Senne, en l’An second de la Liberté (juillet 1790) (sic), écrivait, à la page 20…

     » Composition du corps militaire de la marine, conformément à l’article 14 de la loi constitutionnelle
    Les bases d’après lesquelles nous allons fixer la force du corps militaire en nombre, supposent une armée navale, forte de quatre-vingt-un vaisseaux de ligne, quarante frégates, portant du « vingt-quatre » (impression en italiques) et le nombre de bâtimens inférieurs qu’exige l’action de ces forces »

    La frégate de 24 était dans la logique de la progression historique navale, Sans remonter, pour autant, à l’évolution de la « barque longue », la frégate de 18 (1781-1813) avait succédé, chronologiquement, à celle de 8 livres (en gros, 1740-1774), puis à celle de 12 livres (1748-1798).

    Il n’y a, donc, rien de bien étonnant à admettre que le concept de la frégate de 24 avait, lui-même, vu le jour, en France, avant même la fin de la décennie 1780. Mais, alors, s’étaient imposées, d’une part, ses contraintes techniques et (surtout) financières, d’autre part, sa position au sein de la flotte, où, même, si le « 74 » était devenu la règle et la base des vaisseaux de ligne, il y avait encore un bon nombre de vaisseaux de « Xème rang », de 54-64 canons, classés un pont et demi ou, même, 2 ponts, dont la batterie basse était armée de 24 livres, sans compter le problème « annexe » de hiérarchie!… Un vrai casse-tête!

    Notre Marine Nationale « révolutionnaire » était un peu (beaucoup). partie dans tous les sens, dans le domaine du développement de la frégate de 24 – dont des incongruités armées de mortiers! -,. Les deux premiers exemplaires, Pourvoyeuse & Consolante, avait été mises en service, dès 1772 (!), avec les frégates Résistance et Vengeance, mises en chantier, respectivement, en 1793 et 1794, mais, surtout, un peu plus tard, par la mise en service de deux excellents bâtiments, conçus par Caro, Forte (1794) – il en existe une superbe maquette, au Musée de la Marine du Trocadéro – & Egyptienne (1799), toutes deux réputées pour leurs qualités nautiques et percées à 15 sabords sur chaque bord (14, pour les frégates de 18)… sauf qu’elles fllrtouillaient avec les 48-50 m de long (hors bâton de beaupré), affichaient, allègrement, plus de 2000 tonnes de déplacement et coutaient « un bras » à construire, à une époque où la République n’était même pas foutue de payer les soldes de ses équipages, sans, au mieux, six mois de retard!

    Les logiques de production « en série », de coûts unitaires, sans oublier l’influence de Monsieur l’Ingénieur Sané, lui-même, à la tâche pour fixer, sur sa seule réputation, la « règle » de la frégate de 18, avaient fait le reste. La RN, elle-même, ne s’était pas, sérieusement, aventurée, durant la période 1793-1815, à mettre en chantier des frégates de « 24 » (même s’il s’agit de livres anglaises).

    Là, il serait trop long de développer la situation réelles des chantiers navals britanniques, avec, d’un côté, les « privés », coutumiers de sortir d’aimables daubes – cf. les « 40 horreurs », une série de « 74 « , tous, médiocres marcheurs à « flanc droit »- , pour des questions de pingrerie de l’Amirauté, de budgets négociés & attribués, à l’extrême (voire en dessous) de la limite de la rentabilité économique – il ne fallait, surtout, pas se louper! -, et des délais de fourniture trop serrés… de l’autre, les très rares chantiers navals d’état, où la lenteur et l’incessant report des délais de livraison étaient la règle! Il n’y avait pas photo entre les arsenaux français et leurs pendants britanniques!

    L’US Navy, pour des raisons fort logiques, notamment en l’absence de toute présence, en service ou sur chantier, de vaisseau de ligne, avait eu, alors, les « mains libres » pour s’armer de frégates « lourdes » de 24, « calquées », parait-il, sur l’exemple de la HMS Endymion (lancée en 1797), dont la construction, elle-même, devait se référer, hélas, à la capture de l’une de nos « frégates lourdes » ou d’une de ses variantes, mais surement pas, comme l’indiquent certains ouvrages américains, suite à la capture, en 1794, de la Pomone, unique frégate française, portant ce nom, lancée en 1782, 8ème exemplaire « pur et dur » de notre classe « 18 livres »! :-))

    La première frégate lourde américaine ou « Humphrey frigat » – du nom de leur concepteur, armée de 24 livres (US), avait été l’USS United States, lancée en 1797, mais fort peu appréciée, car, de par le dessin de sa coque, elle était d’une lenteur désespérante!

    Il va falloir attendre la guerre anglo-américaine de 1812 et la campagne navale contre Tripoli et les corsaires barbaresques, pour que lesdites frégates « lourdes » américaines entrent en jeu.

    Je ne voudrais pas trop m’avancer, mais derrière cette « glorification » médiatique de « l’invention » américaine de la « heavy frigat », il traine, plus ou moins, le « spectre » d’un certain Alfred Mahan et ses écrits – notamment, sa seconde ponte, moins connue, à propos de la guerres navale qui s’était déroulée durant nos périodes révolutionnaires et impériales – et un évènement, très loin d’être accessoire, la chute définitive du Ier Empire, en 1815!

    Durant les cinq années – et je suis gentil ! – qui avaient suivi l’abdication de Napoléon et son exil à Saint-Hélène, les marins de salon, qui grenouillaient dans l’environnement de Louis XVIII,, avaient fait force de rames et d’échines courbées, pour expliquer, par écrit, à qui voulait bien le lire, mais en le dédicaçant, intentionnellement, au roi ou ses très proches, que tout était bon dans la Royal Navy, et que la Marine française ferait bien de s’en inspirer!

    Certes, c’est ballot, mais il y avait eu une frégate de 18, lancée en 1805, selon les plans de Sané, baptisée Méduse, commandée par l’un de ces salonnards, le capitaine de frégate Hugues Duroy de Chaumareys, qui n’avait pas fréquenté une dunette depuis 20 ans, qui était allée, lamentablement, en 1816, se planter dans un banc de sable connu de tous les « Pachas » compétents!

    Ce lamentable naufrage n’est pas sensé avoir un rapport direct avec les plus de 20 ans de conflit qui l’avaient précédé, mais il n’avait en rien améliorer l’image lamentable et très excessive de la France, de ses dirigeants – Bony le Sanguinaire! -, ses armées et, notamment, sa marine, que s’était ingéniée à promouvoir et propager, avec succès, la propagande – il n’y a pas d’autre terme! – britannique, y compris aux States, en dépit de la « Guerre de 1812 », qui avait vu s’affronter Américains & Britanniques… de même que, nous, face aux américains, mais très épisodiquement, en 1798, pour de sombres histoires de droits de douane! Les « cousins », même après avoir fait « sécession », restent « cousins »!

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