A propos de Rose de Freycinet (1794-1832)

Éphéméride. Le 17 septembre 1817, la corvette l’Uranie leva l’ancre depuis Toulon pour débuter un voyage scientifique autour du monde, « dans le but de déterminer la figure du globe, d’étudier le magnétisme terrestre et de recueillir tous les objets d’histoire naturelle qui pourraient contribuer à l’avancement de la science ». Le navire français était commandé par le capitaine de frégate Louis de Freycinet. Fait remarquable, l’épouse de ce dernier, Rose de Freycinet, âgée de 23 ans, les cheveux coupée et habillée en homme, était clandestinement embarquée à bord.

Rose de Freycinet, née Rose-Marie Pinon le 29 septembre 1794 à Saint-Julien-du-Sault, dans l’Yonne, épousa le 6 juin 1814 Louis Claude de Saulces de Freycinet, capitaine de frégate dans la Marine française. Celui-ci ayant reçu quelques années plus tard le commandement d’une expédition scientifique autour du monde, elle décida en accord avec lui de le suivre dans cette mission, malgré la désapprobation des autorités officielles et de sa famille.

Elle expliquait ainsi son choix en 1828 : « J’avais à choisir entre mon affection et des préjugés qu’il me fallait braver avec la certitude d’être désapprouvée par une grande partie du monde. J’ai choisi le parti qui me paraissait être le plus heureux pour mon mari et pour moi. La vie est si courte qu’on voudrait l’embellir autant que possible et je ne regretterai jamais le parti que j’ai pris parce que j’ai adouci dans bien des occasions la position de mon mari. Ces moments m’ont fait oublier les privations que j’ai subie pendant trois années. Je ne regarde donc en arrière qu’avec une véritable satisfaction, tandis que, si j’eusse agi différemment, peut-être n’eussé-je eu que des regrets. »

L’affaire fut rapidement connue. Deux semaines après le départ de l’Uranie, on pouvait lire dans le Moniteur officiel du 4 octobre 1817 : « Nous avons annoncé le départ de Toulon du capitaine de Freycinet pour son voyage autour du monde sur la corvette l’Uranie. Quelques jours après ce départ, on apprit à Toulon que Mme de Freycinet qui avait accompagné son mari jusqu’au lieu de l’embarquement et qui avait disparu ensuite, s’était habillée en homme et avait joint le vaisseau le soir même malgré les ordonnances qui défendent leur embarquement aux femmes dans les vaisseaux de l’État, sans autorisation spéciale. Cet acte de dévouement conjugal mérite d’être connu. »

A bord de l’Uranie, Rose de Freycinet révéla sa véritable identité lors du passage de Gibraltar, au mois d’octobre 1817. L’étude du journal que Rose tint durant le voyage, source principale de cette publication, montre qu’elle fut rapidement acceptée, respectée et appréciée par l’équipage. Les noms de Pointe Rose et d’Anse Rose furent d’ailleurs donnés à deux parties de la côte qui touchent le cap Freycinet en Australie. L’île Rose, dans l’actuel atoll des Samoa américaines, fut également ainsi nommée en son honneur. Une nouvelle espèce de colombe découverte sur l’île de Rawak reçut le nom de Pinon, le nom de jeune fille de Rose, de même que deux plantes : l’hibiscus pinoneamus et la fougère pinonia.

Rose de Freycinet prit part pendant trois ans à l’ensemble du voyage de l’Uranie au tour du monde, de Rio de Janeiro jusqu’à l’océan Pacifique en passant par l’océan Indien et l’Océanie. Ce voyage prit brutalement fin le 15 février 1820 lorsque le navire français fit naufrage au large des îles Malouines. Heureusement, l’ensemble de l’équipage, dont Rose, fut sauvé, ainsi que les travaux de l’expédition. De retour en France en novembre 1820, il semble que Rose ne fut pas inquiétée par les autorités. Elle mourut en 1832 à Paris, de la maladie du choléra, à l’âge de 38 ans.

Source :
Duplomb, Charles. Campagne de l’Uranie (1817-1820) – Journal de Mme Rose de Saulces de Freycinet d’après le manuscrit original accompagné de notes.

Une réflexion sur “A propos de Rose de Freycinet (1794-1832)

  1. Ravie de faire le rapprochement avec mon ancêtre Paul Gaimard, ornithologue et chirurgien à bord de l’Uranie et ayant vécu donc les mêmes aventures maritimes que Rose de Freycinet. Une biographie de Paul Gaimard se trouve sur Wikipédia et plusieurs « petites bêtes » découvertes lors de cette expédition scientifique portent le nom de Gaimardii. Le journal de Mme de Freycinet est bien différent des récits scientifiques relatant cette expédition, mais nombre de pages sont passionnantes. Merci pour vos publications.
    Je vous ai fait un envoi qui n’a pas abouti, dommage, j’y joignais un portrait de Paul Gaimard portant les noms Uranie et Physicienne 1817-1820 ainsi qu’Astrolabe 1826-1829. Petit tableau familial personnalisé par un collage de deux oiseaux découverts par mon ancêtre, entre autres.Je ne sais comment le joindre à ce message.

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