Veut-on détruire l’institution pour épargner la dépense ?

« M. le ministre actuel de la marine a posé nettement la question politique : Veut-on détruire l’institution pour épargner la dépense ? Veut-on faire la dépense pour conserver l’institution ? Le choix ne pouvait pas être douteux ; le roi et les chambres ont dit : Nous ferons la dépense, et nous maintiendrons l’institution. Le roi et les chambres veulent que la France ait une marine. »

Extrait d’un discours du général Maximilien Sébastien Foy (à gauche), député du département de l’Aisne, devant la Chambre des députés, le 26 juin 1821.

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Au commencement de la Restauration, le budget alloué à la Marine est au plus bas. Nombreux sont ceux en France qui, jugeant le déséquilibre naval définitivement rompu au profit de l’hégémonie de la Grande-Bretagne, ne croient plus en la Marine française, surclassée qualitativement et quantitativement, et envisagent sa disparition pure et simple. Face au déclin, le premier réflexe de Louis XVIII et de son ministre Du Bouchage est de détruire tout ce que l’Empire a fait (préfectures maritimes, équipages de haut bord, écoles flottantes), ce qui a pour effet immédiat d’accélérer un peu plus la dégradation de l’instrument naval français. Heureusement, le pessimisme ambiant sur le devenir de la Marine ne tarde pas à s’émousser quelque peu. Décidé à ce que la France recouvre son rôle de grande puissance, Louis XVIII se rend vite compte qu’il ne peut pas faire l’économie d’une marine de guerre. Pour restaurer cette dernière, il fait appel à un ancien armateur bordelais, le baron Portal, qu’il nomme ministre de la Marine le 29 décembre 1818.

Lorsque Portal prend le portefeuille de la marine, il trouve celle-ci dans un état très préoccupant. Il écrit : « Notre puissance navale est en péril ; les progrès de la destruction s’étendent avec une telle rapidité, que si l’on persévérait dans le même système, la marine, après avoir consommé 500 millions de plus, aurait cesser d’exister en 1830. C’est dire assez que sans perdre, dans une attitude passive, des moments qui nous coûtent si cher, il faut abandonner l’institution pour épargner la dépense, ou augmenter la dépense pour maintenir l’institution. Nous n’avons pas d’autre alternative. »

Selon lui, le budget de la marine, fixé à 45 millions de francs en 1818, trop insuffisant, est la cause du dépérissement de la Marine. Adoptant une politique très « colbertienne », il préconise la mise en valeur des colonies, le développement du grand commerce, l’essor d’une flotte de guerre et réclame aux parlementaires une enveloppe budgétaire de 65 millions de francs. Il écrit dans ses Mémoires : « J’appelai M. Boursaint, chef de la comptabilité de la marine, qui était chargé de la rédaction du budget, je lui fis part de mes promesses et de mes idées, et je trouvai en lui un zèle, une franchise, des connaissances, des ressources qui me furent très utiles et tellement utiles que je crois devoir lui attribuer la plus grande partie du succès qui nous attendait. Il fit deux tableaux, et les éclaira et les fortifia par tous les développements nécessaires. Le premier avait pour objet de prouver qu’avec un budget de 45 millions, non seulement nous ne pourrions faire aucun approvisionnement de réserve, mais que le dépérissement irait beaucoup plus vite que l’entretien et les nouvelles constructions, et que dans dix ans, après avoir dépensé 440 millions, il ne nous resterait presque plus ni un vaisseau ni une frégate. Le second tableau prouvait que pour obtenir un approvisionnement de réserve et fonder une puissance maritime fort modeste de 40 vaisseaux, 50 frégates et 80 corvettes, bricks ou goélettes, il ne fallait rien moins que 65 millions. »

L’analyse stratégique et les demandes du ministre, accueillies de prime abord par « des sourires dédaigneux, des haussements d’épaules et quelques mots échappés », sont heureusement acceptées par la Chambre des députés, qui finit par comprendre « l’importance et la nécessité d’une marine ». Portal écrit : « Le budget fut enfin voté et prit dès lors le caractère et le nom de budget normal de la marine. On adopta le chiffre de 65 millions, on décida que la Chambre serait invitée à accorder à la marine les fonds qui deviendraient successivement disponibles, et on vota de suite une augmentation de 5 millions pour l’année 1820. […] Ce qui avait été promis fut exécuté ; tous les ans j’obtins une augmentation, et le budget que je présentai en 1821 pour 1822, éleva le chiffre à 61 millions. »

La Marine était sauvée…

Pour en savoir plus : Mémoires du baron Portal.

 

Le baron Portal, ministre de la Marine du 29 décembre 1818 au 14 décembre 1821.

 

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