Chroniques d’un marin de l’Hermione – 1

Mesdames, Messieurs, bien le bonjour !

Chaque histoire d’amour commence par une rencontre. La mienne eut lieu en deux temps.

Posons le contexte : 2008, le moi d’alors était en 5ème dans un collège perdu au fin fond de la Normandie. Rien ne me prédestinait alors à prendre la mer même si mon contexte familial aurait pu aisément faire croire le contraire. Un grand-père marin pécheur, un grand-père adoptif marin sur vieux gréements, un oncle sous-marinier, un parrain officier dans la Marine nationale et un père qui servit également dans la Royale pendant 20 ans, et qui rencontra, au passage, ma mère sur le trois-mâts Belem.

Le moi de 2008 était un petit (grand) con. Mes intérêts se résumaient à une saga de jeux vidéo, un groupe de Hardrock australien, et courir après une jeune fille elle aussi perdue quelque part en Normandie. Mais ce fut également cette année-là que ma mère décida, au détour d’un voyage dans le sud de la France, de faire une halte à Rochefort, où nous visitâmes le chantier de l’Hermione.

A ce stade de la lecture, vous vous dites peut être « et là il eu un coup de foudre, et il s’y est intéressé jusqu’à ce que sa construction soit terminée, et qu’il ait atteint l’âge d’embarquer. »

Non.

Je ne vis à ce moment là qu’un flagrant gâchis de bois de chauffage.

Alors que nous parcourions le bâtiment encore en construction, le jeune ingrat aux cheveux longs que j’étais ne pouvait contenir son ennui, et n’avait qu’un seul objectif en tête : se barrer de cet enfer au plus vite. Une fois rentré dans ma campagne, l’Hermione sortit de ma tête, qui ne comprenait toujours pas pourquoi des gens avaient décidé de nommer un navire aussi imposant d’après le personnage d’une célèbre saga littéraire.

La vie poursuivit son cours, avec ses hauts et ses bas que tous connaissent et expérimentent. Je commençais toutefois au lycée à me rapprocher d’une association écolo-maritime, et à prendre goût à la mer au travers des écrits de Paul Watson et de l’équipage de la goélette Tara. En 2014, finalement, décision fut prise : « papa, maman, je serai marin ! »

Au début de l’année 2016, mon diplôme en poche, j’embarquais quelques semaines pour un stage sur le Belem, à la plus grande surprise du Bosco, Patrice, qui reconnut mon père sur le quai le jour du départ, et comprit que j’étais donc le fils du Marin et de la Meunière.

Au mois d’avril de la même année, un ami de promo m’informa que l’Hermione cherchait des volontaires pour un voyage d’environ deux mois le long des côtes bretonnes. Le récit des essais en mer de la frégate en 2014 et de son voyage inaugural en 2015 m’étaient parvenus, mais j’étais alors persuadé de n’avoir aucune chance d’être de celles et ceux qui navigueraient à son bord. Pour moi, l’équipage de l’Hermione représentait l’élite, des marins confirmés, triés sur le volet, tous issus de la Marine nationale, dont l’entrainement était nécessairement aussi rigoureux que violent pour parvenir à faire naviguer le grand navire. J’appris toutefois, à ma grande surprise, que des types comme moi pouvaient faire partie de son équipage !

Jeff

Une réflexion sur “Chroniques d’un marin de l’Hermione – 1

  1. Merci pour ce moment d’évasion que m’apporte la lecture de tes mots……..

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