Le combat du Lys et de la Gloire contre le Cumberland (1707)

Quelques mots sur cette œuvre magnifique : Le combat du Lys et de la Gloire contre le Cumberland, réalisée par le peintre français Louis-Philippe Crépin en 1827.

La scène se déroule le 21 octobre 1707, durant la bataille du cap Lizard livrée pendant la guerre de Succession d’Espagne. Ce jour là, une escadre française de douze vaisseaux menée par Forbin et Duguay-Trouin surprit un important convoi anglais d’une centaine de voiles à destination de Lisbonne. L’escorte de celui-ci, composée de cinq vaisseaux commandés par le commodore Richard Edwards, fut entièrement capturée, ainsi qu’une partie du convoi qui se dispersa.

La bataille du cap Lizard, le 21 octobre 1707, par Théodore Gudin.

Durant la bataille, le vaisseau de Duguay-Trouin, un 72 canons nommé le Lys – construit à Brest en 1706 par Blaise Pangalo – s’attaqua au vaisseau-amiral anglais de 80 canons HMS Cumberland, qu’il captura avec l’aide de la frégate la Gloire, commandée par le capitaine de la Jaille.

C’est cette action que Louis-Philippe Crépin représente sur l’œuvre commentée. On y distingue, à gauche, la poupe du Lys, et à droite, celle du Cumberland. Les deux vaisseaux sont en train de se canonner tandis qu’approche la Gloire, dont on aperçoit à gauche la figure de proue. Le Lys est à tort représenté comme un vaisseau trois-ponts, alors qu’il n’était qu’un deux-ponts. Le Cumberland était quant à lui bien un vaisseau trois-ponts.

Les plus observateurs auront remarqué cet homme sautant du navire anglais :

Détail de la peinture de Louis-Philippe Crépin

Son histoire est racontée dans de nombreux ouvrages, par exemple dans l’Histoire de Duguay-Trouin par Félix de Bona :

« Le beaupré anglais, s’étant rompu dans les haubans du Lys, rendait l’assaut presque impossible. Quelques intrépides parvinrent seuls sur son pont. Or le premier qui sauta sur le Cumberland fut le contre-maître Honorat Toscan ; il courut aussitôt au pavillon de poupe, pour le baisser, et était occupé à en couper la drisse, quand il vit quatre soldats anglais se lever vivement d’un coin où ils s’étaient cachés et courir sur lui le sabre haut. Dans ce péril pressant, le brave contre-maître eut la présence d’esprit de jeter le pavillon anglais à la mer, puis de s’y jeter lui-même ; il put rattraper le pavillon dans l’eau, gagna à la nage une chaloupe que le Cumberland avait à la remorque, en coupa le câblot, et, se servant d’une voile qu’il trouva dans cette chaloupe pour la diriger, il arriva vent arrière à portée du vaisseau l’Achille qui le recueillit. […]

La belle action d’Honorat Toscan ne fut pas oubliée, et Duguay-Trouin la raconta à la cour. Ce pavillon, si glorieusement enlevé par l’intrépide marin au navire anglais, fut porté à Notre-Dame de Paris, et Louis XIV, qui n’apprenait jamais une action de valeur du moindre de ses sujets sans en faire connaître sa satisfaction par quelque grâce, ordonna qu’Honorat Toscan fût fait maître d’équipage ; il lui accorda, en outre, une médaille d’or.

Cette médaille avait pour exergue Virtuti nauticae praemia data (récompense donnée au courage maritime), et représentait le roi en Neptune, assis, un trident à la main, sur une proue de vaisseau qui s’avance au milieu de la mer, et tendant une médaille à un marin en costume antique, qui la reçoit à genoux. […]

Cinq ans plus tard, en 1712, ce même Honorat Toscan, alors maitre d’équipage sous le chevalier de Fougeray, fut pris avec son vaisseau par le South Sea Castel. L’équipage anglais, ayant su que c’était lui qui avait accompli le beau fait d’armes que nous avons rapporté, lui fit essuyer mille traitements indignes. »

Ce dernier paragraphe laisse un arrière-goût quelque peu amer à cette histoire. Cherchant à en savoir plus, j’ai retrouvé la trace d’une frégate anglaise de 42 canons nommée Southsea Castle, qui fut lancée en 1708. Celle-ci aurait capturé plusieurs corsaires français en 1712, sans que je parvienne à faire un lien avec Honorat Toscan ou le chevalier de Fougeray… Affaire à suivre ?

Médaille donnée par Louis XIV à Honorat Toscan. Celle-ci récompensait les marins français s’étant particulièrement distingués. Elle était portée par eux sur la poitrine, suspendue à un ruban bleu foncé.

2 réflexions sur “Le combat du Lys et de la Gloire contre le Cumberland (1707)

  1. Bonjour,
    Dans le 4ème tome, de l’Histoire de la Marine Française (1650-1715), rédigée par Eugène Sue – récupérable sur le site de la BNF-Gallica -, publié en 1845, on trouve, à partir de la page 450, la relation relativement détaillée du combat rédigée par Dugay-Trouin, alors commandant du Lys, adressée, selon les usages de l’époque, à Louis XIV. Le bon côté d’Eugène Sue, dans l’habit de l’historien de marine, est sa quête permanente des sources primaires et leur retranscription, le plus souvent « in extenso »! :-))

    Selon Onésime Troude, se référant à l’ouvrage « Lives of the british admirals », rédigé par Campbell, la Royal Navy daterait, elle, le combat le 10 octobre (?) … Alors que le rapport de Duguay-Trouin, lui, confirme bien la date du 21 octobre.

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