Une mer jalousée par Guillaume Calafat

Je signale la parution ce jour d’un ouvrage qui me semble intéressant : Une mer jalousée : Contribution à l’histoire de la souveraineté (Méditerranée, XVIIe siècle), par Guillaume Calafat aux éditions Le Seuil :

« Comment disait-on le droit sur les mers à l’époque moderne ? Par quels dispositifs les pouvoirs politiques dotés d’une façade maritime tentaient-ils de faire respecter un pouvoir de juridiction, entendu comme un droit de dire le droit, sur un espace liquide particulier ? Ces questions sur la liberté, la communauté et l’empire des mers ont donné lieu à une grande controverse juridique livrée à l’échelle du globe. Une mer jalousée propose d’en faire l’histoire à partir de l’observatoire méditerranéen. De la mer Adriatique aux mers du Levant, du golfe du Lion aux littoraux nord-africains, l’enquête décline à différentes échelles, depuis les bureaux des juristes jusqu’aux ponts des navires, un large éventail de conceptions concurrentes des limites maritimes et des eaux territoriales. Ce faisant, l’ouvrage revient, au carrefour de l’histoire, du droit et de la philosophie, sur des notions juridiques cardinales de la pensée politique moderne, telles que la propriété, l’occupation, la possession et la souveraineté. Guillaume Calafat les inscrit dans une généalogie de longue durée embrassant l’histoire antique et médiévale, les textes du droit romain et leurs commentaires médiévaux, les lois byzantines comme la normativité musulmane. Une mer jalousée s’appuie ainsi sur une centaine de textes imprimés à propos de la domination des mers, en les croisant avec des libelles manuscrits, des atlas, des cartes, des traités, des gravures, afin de brosser le portrait d’une mer au statut disputé et incertain. »

Guillaume Calafat est maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine). Ses recherches portent sur la Méditerranée de l’époque moderne et notamment sur les échanges marchands et maritimes entre monde ottoman et Europe occidentale. Il est l’auteur de nombreux articles et chapitres sur le commerce interculturel, la guerre de course et les échanges marchands. Une mer jalousée est son premier livre.

Le HMS Nelson et le Victory


Une photographie étonnante, qui mérite je pense une explication. Elle a été publiée le 3 août 1935 par le journal britannique The Illustrated London News, à l’occasion de la Silver Jubilee Review qui s’est déroulée le 16 juillet 1935 à l’occasion du 25e anniversaire du règne de George V. On y voit non pas le véritable HMS Victory mais un modèle de ce vaisseau, à l’échelle 1/4, à coté du cuirassé HMS Nelson. Tout un symbole !

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Suffren : « Suffrène » ou « Suffrin » ?

La mise à l’eau très prochaine, durant l’été 2019, à Cherbourg, du premier sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de nouvelle génération issu du programme Barracuda, nommé le Suffren, est l’occasion de rappeler que le nom du fameux vice-amiral français, qui s’est notamment distingué dans l’océan Indien de 1781 à 1784, durant la guerre d’Indépendance américaine, se prononce « Suffrin » et non « Suffrène ».

Dans sa remarquable biographie du bailli de Suffren, l’amiral Rémi Monaque écrit ainsi :

« J’aimerais beaucoup que mes lecteurs adoptent la prononciation correcte du patronyme « Suffren ». Les Parisiens, notamment ceux des VIIe et XVe arrondissements, arpentent l’avenue de « Suffrène ». Dans la marine nationale, royale disent encore certains, forts de la tradition et de la continuité, on prononce et l’on a toujours prononcé « Suffrin ». Lorsque le jeune Pierre-André se présente à la compagnie des gardes de la marine de Brest, le secrétaire l’inscrit sur les listes en utilisant l’orthographe « Suffrin », fautive mais révélatrice de la prononciation correcte. Quant à l’intéressé lui-même, il ne fait aucun doute, qu’en bon provençal, il prononçait son nom « Suffreing » (approximation grossière que les gens du Midi traduiront par les sons exacts). Bien entendu, cette dernière prononciation est tout à fait licite pour ceux qui sont capables de la reproduire correctement, mais, de grâce, que tous les autres bannissent « Suffrène » au profit de « Suffrin ». »

Neptunia n°293

Au sommaire de ce nouveau numéro de la revue Neptunia, éditée par l’Association des Amis du Musée nationale de la Marine (AAMM) :

Le canot d’apparat de Napoléon Ier (de 1810 à 2018), par A. Niderlinder
Le Canot de l’Empereur, qui vient de partir pour Brest, a une longue histoire. Il était destiné à embarquer les divers souverains et chef d’Etat qui se sont succédés à la tête de la France. Sa décoration et ses emménagements ont été plusieurs fois adaptés à ces changements de régime.

Le croiseur Aurora de 1900, par P. Decencière
Ce vénérable croiseur, bien connu des touristes visitant l’ancienne capitale russe, n’est pas seulement un témoin spectaculaire de la révolution d’octobre (ce qui a quand même permis sa conservation jusqu’à nous), c’est aussi un survivant de la bataille de Tsoushima et des deux guerres mondiales.

Plan et modèle d’une cale de lancement de la fin du XVIIIe siècle, par J.-P. Mélis
Le constructeur dunkerquois Denys, que nous avons déjà présenté dans la revue, a laissé de nombreuses archives. Parmi celles-ci, le très rare plan d’un projet de cale de lancement. Il existe également un modèle de ce projet.

L’Italie dans la guerre navale (1940-1943), par J.-J. Vandecasteele
Lors de son entrée en guerre, l’Italie disposait d’une armée navale moderne. Le déroulement de la guerre ne lui permit pas de l’utiliser de manière à s’assurer la prépondérance militaire en Méditerranée, comme elle pouvait l’espérer. Les causes en sont diverses, et notamment la pénurie de carburant qui l’a frappée dés le début des hostilités.

Pirogue de Nouvelle Guinée en 1970, par J.-R. Donguy et A. Hayau-Berry
La Papouasie-Nouvelle-Guinée est l’un des derniers pays dont certains habitants, dans les régions les plus isolées, naviguent encore de manière usuelle sur des pirogues traditionnelles, analogues à celles qu’ont décrites les voyageurs des siècles passés.

Construction du modèle de goélette franche en bois moulé, par B. Chatelain
L’auteur a tenté, avec succès, d’adapter au modélisme une technique de construction navale peu employée : le bois moulé. Le résultat est spectaculaire.

Commandants, états-majors et activité des bâtiments de la Marine française (suite)

(Suite du précédent billet…)

Quelques précisions apportées par le capitaine de frégates J.-M. Roche au sujet de son nouvel ouvrage Commandants, états-majors et activité des bâtiments de la Marine française, dont le premier tome consacré à la période 1661-1689 (époque de ce que l’on a coutume d’appeler la première marine de Louis XIV), vient de paraitre.

Le deuxième tome sera consacré à la période 1690-1720 (époque de la seconde marine de Louis XIV) et devrait paraitre dans quelques années, en 2021-2022 a priori.

J.-M. Roche espère par la suite « aller le plus loin possible ». D’autres tomes consacrés aux marines de Louis XV, de Louis XVI et espérons le des régimes politiques suivant devraient donc, probablement, paraitre durant la prochaine décennie.

A suivre donc…

Commandants, états-majors et activité des bâtiments de la Marine française

J’apprends que le capitaine de frégate Jean-Michel Roche, déjà auteur du monumental Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours (2005), vient tout juste de publier le premier tome (1661-1689) d’un nouvel ouvrage important Commandants, état-majors et activité des bâtiments de la Marine française :

« Inédit, cette recension du personnel d’intérêt de la Marine est complétée par l’activité détaillée des navires sur lesquels ces hommes ont embarqués, permettant ainsi de reconstituer leur carrière maritime.

Les 4 000 patronymes recensés ne s’arrêtent pas aux plus connus. Il y a non seulement des marins, de l’amiral au matelot, mais aussi les chirurgiens, les écrivains, les aumôniers, et également, de manière plus parcellaire, des corsaires, marchands, armateurs, constructeurs, soldats, ingénieurs, dessinateurs, hydrographes, personnel des compagnies commerciales, capitaines étrangers, passagers remarquables et volontaires venus d’horizons divers.

On y découvrira également des informations inédites sur les combats, avaries, naufrages, disparitions mystérieuses, blessures, décès, actes de bravoures, affaires judiciaires, etc. »

Plus d’informations sur le site netmarine.net !

Le lancement du Valmy vu par la presse (1847)

« Mise à l’eau du vaisseau à trois ponts le Valmy, construit dans le port de Brest sur les plans de M. Leroux. D’après un croquis de M. Copillet. » Extrait de L’Illustration, Journal Universel, N° 240, 2 octobre 1847

Le 9 février 1847, le journal Le Constitutionnel annonce la mise à l’eau prochaine d’un vaisseau de 120 canons à Brest :

« Cinq navires doivent être lancés en 1847, au port de Brest, savoir : le vaisseau de 100 canons le Tage, les frégates la Persévérante, de 60 canons, la Némésis, de 50 canons, le brick de premier rang le Faune, la frégate-aviso à vapeur le Caffarelli. […] En tête de cette liste devrait être le vaisseau de 120 canons le Valmy, le seul vaisseau de ce rang construit sur des plans qui ne datent pas du dernier siècle, le seul par conséquent où tout ait été calculé d’après les nécessités de l’armement actuel de nos navires, qui est bien différent de l’armement des vaisseaux en 1790 […] »

Fait étonnant souligné par le journaliste : au milieu du XIXe siècle, tous les vaisseaux de premier rang français construits depuis la fin de l’Ancien Régime sont issus du plan-type du 118 canons réalisé par les ingénieurs Sané et Borda à la veille de la Révolution française de 1789, si l’on excepte le cas particulier des deux vaisseaux de 110 canons construits sous l’Empire. Le lancement du Valmy attire donc la curiosité des contemporains, d’autant qu’il s’agit alors du plus grand vaisseau jamais construit par la France.

Cet important événement, qui eut lieu le 25 septembre 1847, fut rapporté par le journal les deux derniers jours du même mois…

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