« Nous n’avons pas assez de bâtiments pour leur donner le nom de toutes nos victoires ! »

Les deux sous-marins de type Agosta, ex-Bévéziers et La Praya, sur le point d’être démantelés à Brest en novembre 2020. Crédit : Ewan Lebourdais – http://Ewan-photo.fr

Un jour de l’année 1897, un capitaine anglais de passage à Toulon se vanta devant un jeune officier de marine français de commander un navire nommé Waterloo. Le Français répliqua simplement : « En France, nous n’avons pas assez de bâtiments pour leur donner le nom de toutes nos victoires. » C’était bien répondu !

En France, l’idée de donner aux navires de la marine de guerre des noms de batailles victorieuses remonte à la période révolutionnaire. Elle fut par la suite développée au XIXe siècle, notamment sous le Premier Empire et la Monarchie de Juillet.

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Chroniques d’un marin de l’Hermione – 5

« Un noble navire, empreint de grandeur mais aussi d’une certaine mélancolie. Il en est ainsi des nobles choses. » Moby Dick

Ces années d’errance prenaient enfin un sens. Je commençais enfin à mettre des images sur ces lignes issues des livres que je dévorais avidement depuis des années. Aucune image, aucune photographie, aucun texte ne pourra – à mon prétentieux avis – retransmettre les sensations que je vécus lors de ces deux premières semaines. Comment décrire ce choc alors que vous êtes à la barre, que le navire s’élève sur la vague, et s’écrase finalement en une terrible secousse, vous remuant jusqu’au tréfonds de votre être ? Ne vous méprenez pas, j’étais encore à ce moment, dans une sorte de mélange étrange : peur et excitation se livraient bataille en moi, et ces deux premières semaines furent intenses et éprouvantes, au point que je pensais un moment abandonner, larguer le navire, et rentrer chez moi la queue entre les jambes.

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Le Canot de l’Empereur et la mésaventure du comte de Kersaint

Crédit photo : Musée national de la Marine

Événement ! Véritable joyaux du patrimoine maritime français, le canot de l’Empereur a officiellement été dévoilé ce matin aux ateliers des Capucins, à Brest. Initialement exposé au musée national de la Marine à Paris, il avait été déplacé en octobre 2018 pour être transporté à Brest où il a dernièrement été restauré.

Il existe au sujet de cette pièce unique – dont j’ai déjà rédigé un bref historique – une drôle d’anecdote racontée par l’impératrice Marie Louise dans son journal intime.

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Le Casabianca et l’esprit de suite des noms des navires de la Marine

L’explosion du vaisseau l’Orient à Aboukir, le 1er août 1798. Par Georges Arnald.

Le 27 novembre 1942 est l’une des pages les plus dramatiques de l’histoire de la Marine. Ce jour là, la flotte française se sabordait à Toulon pour éviter de tomber entre les mains de l’occupant allemand. Quatre sous-marins et un petit baliseur parvinrent toutefois à quitter la rade de Toulon et à échapper au désastre. Parmi ces bâtiments, le plus fameux est sans doute le Casabianca, parfois nommé à tort le Casablanca.

Luce de Casabianca, d’origine corse, était le capitaine de pavillon de l’amiral Brueys à bord du vaisseau de 118 canons l’Orient. Lors de la bataille d’Aboukir le 1er août 1798, il fut tué pas un boulet ennemi. Son fils, Giocante Casabianca, âgé de 10 ans, également à bord de l’Orient, fut tué lors de l’explosion du navire pendant le combat. Son nom fut donné au sous-marin qui nous intéresse peu avant son lancement en 1935, à l’initiative du ministre de la Marine de l’époque, François Piétri, également originaire de Corse. Il fut le premier bâtiment français à porter ce nom.

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Chroniques d’un marin de l’Hermione – 4

Impressionnant n’est-ce pas?

L’Hermione fut le premier et seul navire que je vis en cale sèche. Notre second capitaine, pour décrire cet événement, déclara : « c’est comme regarder pour la première fois sous la jupe d’une fille ». Une fois le navire au sec, posé sur ses tins, tous, anciens comme nouveaux, allèrent au fond de la forme afin d’admirer la belle. Nous passâmes la coque en revue, allâmes voir les hélices, celles qui font couler tant d’encre parmi les détracteurs du navire. Nous pouvions toucher la quille, l’effleurer du bout des doigts, et enfin, admirer les formes de la Belle. Pas étonnant que le perfide Albion mit un point d’honneur à rafler tout navire français qui lui passait sous la main. Malgré sa masse, L’Hermione dégage un sentiment de vitesse, de puissance, et à ce moment là, nous n’étions pas encore partis en pleine mer, nous n’avions pas encore les voiles à poste.

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Chroniques d’un marin de l’Hermione – 2

Je n’avais pas beaucoup de souvenirs de Rochefort.

Très honnêtement, je n’étais pas spécialement enchanté à l’idée de retourner dans cette ville. Je gardais l’image d’une ville sale, terne, grise, morne. C’était donc avec une certaine appréhension que je songeais, le regard dans le vide, à ce qui m’attendrait une fois sur place. Quelques jours auparavant, j’étais sur le Belem, et lors d’une tentative d’ascension au sommet du grand mât, je fus pris de panique et dus redescendre en urgence, le souffle court, la peur au ventre. Et si je remettais ça une fois à bord ? Cette pensée me hantait, et ternissait cette journée ensoleillée, tandis que mon train filait à toute vitesse vers sa destination.

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Sovereign of the Seas (1637)

Je signale la parution en mars 2020 d’une monographie (en anglais) du Sovereign of the Seas (1637) par John McKay.

L’histoire de ce vaisseau trois-ponts – le premier du genre – est intéressante. Sa construction fut ordonnée en 1634 par le roi Charles Ier d’Angleterre, qui demanda à l’architecte naval Peter Pett de construire le plus grand navire de tous les temps.

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