La Santísima Trinidad espagnole et les 118 canons français

Je suis dernièrement tombé par hasard sur un bouquin relativement récent (publié il y a un peu moins d’un an) : La voile et le canon, par Ismaël Bélisle. Le temps de le feuilleter rapidement, j’ai trouvé un rapide descriptif du fameux « quatre-ponts » la Santísima Trinidad, l’auteur écrivant, je cite, que « ce vaisseau espagnol est le plus grand et le plus puissant en service de toutes les marines en 1800 ». Comment, face à cette affirmation, ne pas penser à cet extrait du livre Trafalgar de Rémi Monaque : « Beaucoup d’historiens, notamment les Espagnols, présentent ce vaisseau [la Santísima Trinidad] comme le plus grand de son époque. Cela est inexact. Sa longueur de 61,2 mètres était inférieure à celle des vaisseaux français de 118 canons qui atteignait 63,62 mètres » ?

Qui a raison ?

Le Commerce de Marseille à Toulon en 1788. Auteur inconnu.

Le 118 canons français le Commerce de Marseille

Les habitués de Trois-Ponts! commencent à bien connaître le 118 canons français. (A propos de l’histoire du trois-ponts en France, je vous invite à (re)lire ce billet, ainsi que le questions/réponses). Petit rappel : en mai 1786, le chevalier de Borda, inspecteur général des construction navales, fait adopter le plan type pour les vaisseaux à trois-ponts : le 118 canons. De 1786 à 1813, seize de ces vaisseaux sont mis en chantier ; l’un d’eux, nommé le Roi de Rome, ne sera jamais terminé. Les États de Bourgogne (futur l’Océan) est le premier dont la construction est ordonnée, en août 1786. Le Commerce de Marseille, ordonné quant à lui en avril 1787, est le premier a être lancé, à Toulon, le 7 août 1788 (tandis que l’Océan est lancé à Brest le 8 novembre 1790). C’est pourquoi, concernant les 118 canons français, certains parlent de « classe Océan » et d’autres de « classe Commerce de Marseille », j’imagine que les deux appellations peuvent être considérées comme exactes. Autre critère – subjectif ici – l’Océan eut une longue et incroyable carrière, ce qui est loin d’être le cas du Commerce de Marseille.

Car en effet « le plus beau vaisseau du siècle » ne reste pas longtemps en service dans la Marine française. Le 18 décembre 1793, le trois-ponts est pris par les Anglais lors de leur évacuation de Toulon. Le vaisseau, devenu le HMS Commerce de Marseille, est immédiatement emmené à Portsmouth. Le rapport anglais est très élogieux à son égard : un vaisseau « aux lignes exceptionnellement fines, un bon navire de haute mer […] En dépit de ses dimensions, il navigue comme une frégate, il a une bonne tenue à la mer. Peu de navires sont comparables à lui, c’est un remarquable navire, très sûr et aisé ». Malgré tout, la Royal Navy se servira finalement très peu du bâtiment, qui armé en transport, est sérieusement avarié dans une tempête sur la route des Antilles, en novembre 1795. Contraint de rentrer à Portsmouth, il y est désarmé puis transformé en ponton à Plymouth en 1796. Le navire est finalement rayé des listes en 1802 et vendu pour démolition peu après. Triste destin !

A l’origine, l’armement du Commerce de Marseille est constitué de 32 canons de 36 livres à la batterie basse, 34 canons de 24 à la deuxième batterie, 34 canons de 12 à la batterie haute et 18 canons de 8 sur les gaillards et 6 obusiers de 36 sur la dunette (en tout 124 bouches à feu). L’armement des 118 canons ne cessa d’évoluer par la suite, notamment au niveau des gaillards. Les règlements de 1806 et de 1807 prévoient ainsi que l’artillerie de gaillard des 118 passe à 14 canons de 8 et 12 caronades de 36 auxquels il faut ajouter les 6 obusiers de 36 sur la dunette, le total des bouches à feu atteignant de ce fait 130. En 1812, cette artillerie évolue sensiblement puisqu’on remplace les canons de 12 de la troisième batterie par des canons de 18, les canons de 8 armant les gaillards sont quant à eux remplacés par des canons de 12. Les obusiers sont abandonnés et les 118 canons sont de nouveaux armés de 124 bouches à feu. En 1828, on baisse ce nombre à 120 : les canons de 18 de la troisième batterie sont remplacés par des caronades de 36, les gaillards sont armés de 16 caronades de 36 et 4 canons de 18 longs. En 1837 enfin, les 118 canons, comme le Valmy dont les plans viennent d’être adoptés, ne portent en principe que du 30 : 32 canons de 30 longs à la première batterie, 30 de 30 courts à la deuxième batterie, 34 canons obusiers de 30 à la première batterie, 16 caronades de 30 et 4 canons obusiers de 30 sur les gaillards. En tout, 120 bouches à feu.

Je précise que ces règlements sont théoriques et pas toujours respectés en pratique. On note par exemple que, sous l’Empire, l’Océan portera 130 canons pendant quelques mois. Le Montebello portera quant à lui 132 bouches à feu en 1813. Dans tous les cas, et assez paradoxalement, on remarque que les vaisseaux dits de 118 canons n’ont jamais portés 118 canons, mais plutôt 120 à 124, et parfois bien davantage.

Dans son très bon ouvrage consacré à la bataille de Trafalgar, Rémi Monaque affirme que la longueur du 118 canons français est de 63,62 mètres. Cherchons d’autres sources.

Le plan adopté en 1786 pour ce type de vaisseau indique ses dimensions principales : longueur totale de perpendiculaire en perpendiculaire, 196 pieds 6 pouces ; largeur au milieu en dehors des membres, 50 pieds ; creux du dessus quille à la ligne droite du maître-bau, 25 pieds ; déplacement à 5 pieds de batterie 5098 tonneaux. Jean Boudriot, dans son monumental ouvrage Les vaisseaux de 74 à 120 canons 1650-1850 publié aux éditions Ancre, retient ces mêmes mesures, issus du plan d’origine : longueur 196 pieds 6 pouces, largeur 50 pieds, creux 25 pieds. Il précise que sous l’Empire, et à partir de l’Austerlitz, la largeur des 118 canons nouvellement construits passe à 50 pieds 6 pouces. Dans son article, publié dans la fameuse revue Neptunia (n°102 – Juin 1971) consacré au vaisseau l’Océan, Jean Boudriot donne cependant, pour les 118 canons, une longueur de 63,86 mètres, précisant que cette longueur est donnée de l’extérieur de l’étrave à l’extérieur de l’étambot. Arrive donc notre première difficulté : le problème du système des mesures dans la construction navale. Les mesures sont parfois données en mètres, parfois en pieds de roi (français), parfois en pieds anglais, etc.

Pour faire simple, la valeur courante du pied de roi est : 0,325 m (la valeur exacte du pied est : 0,324839432 m)
Un pied = 12 pouces
Le pouce courant : 27,07 mm (le pouce exact : 27,069 953 mm)
Un pouce = 12 lignes
La ligne courante : 2,256 mm (La ligne exacte : 2,255 829 mm)
Une ligne = 12 points
Le point courant : 0,188 mm (Le point exact : 0,187 986 mm).

Donc, 196 pieds 6 pouces = 196 x 0,325 + 6 x 0,02707 = 63,86 mètres. Le compte est bon, Jean Boudriot ne se contredit pas.

La Santísima Trinidad. Par Geoff Hunt.

La Santísima Trinidad

La Santísima Trinidad espagnole eut une carrière bien plus longue que le Commerce de Marseille, mais une une histoire aussi atypique que le vaisseau français, histoire qui se terminera également bien tristement, trois jours après la bataille de Trafalgar (21 octobre 1805).

Un peu à l’image de la France, la construction des vaisseaux à trois-ponts connait une grave régression en Espagne pendant une grande partie du XVIIIe siècle. Après 1729, année de construction du Real Felipe, aucun vaisseau de ce type ne sera plus construit pendant quarante ans. Le 23 octobre 1767, enfin, décision est prise de mettre en construction dans les chantiers de La Havane (Cuba est alors une colonie espagnole) un vaisseau à trois-ponts de 112 canons. La construction du bâtiment est confiée à Mateo Mullan, constructeur d’origine irlandaise fraichement nommé directeur des constructions navales de l’arsenal. Très rapidement cependant, ce dernier décède de la fièvre jaune, le 25 novembre 1767, avant même d’avoir eu le temps de finaliser les plans du vaisseau. Ignacio Mullan, fils de Mateo, est alors désigné par le comtes de Macuriges, intendant de marine, pour terminer les plans du navire. Pedro de Acosta, quant à lui, est nommé responsable de sa solidité, selon la technique à l’espagnole, et se voit confier la direction générale du chantier. Le trois-ponts, nommé Santísima Trinidad le 12 mars 1768, est finalement lancé le 2 mars 1769.

A l’origine le vaisseau devait porter 116 canons : 30 canons de 36 livres à la première batterie – on constate que contrairement aux 118 canons français, le vaisseau est percé à quinze, et non à seize – 32 canons de 24 à la deuxième batterie, 32 canons de 12 à la première batterie, et 22 canons de 8 sur les gaillards. Cependant, lorsque la Santísima Trinidad quitte La Havane le 19 février 1770, sous le commandement de Maguna Echezarreta, elle est provisoirement armée de 32 canons de 24 livres et 14 canons de 8 (en tout 46 canons), et compte 960 hommes d’équipage.

Arrivé au Ferrol le 15 mai suivant, on prépare le bâtiment à des essais en mer. Ceux-ci se déroulent du 21 juillet au 9 août et ne sont guère satisfaisants. Seulement armé de 62 pièces de 24 livres réparties entre la première et deuxième batterie, 32 pièces de 12 livres dans la troisième batterie ainsi que 2 pièces de 8 et 16 de 6 sur les gaillards (en tout 112 canons), le vaisseau souffre de graves problèmes de stabilité. En vérité, les Espagnols n’arriveront jamais à supprimer ce défaut, et ce malgré deux radoubs effectués en mars 1778 – avant sa participation aux opérations de la Guerre d’Indépendance américaine – et en 1796, ainsi qu’un soufflage* de la coque durant lequel on augmente la largeur d’un pied de chaque coté. Cette transformation est réalisée à l’occasion de réparations auxquelles le navire doit se soumettre après le combat de Saint-Vincent (14 février 1797). C’est à cette occasion qu’on installe la fameuse quatrième batterie de la Santísima Trinidad, ce qui porte l’artillerie du bâtiment à 136 canons : 32 canons de 36 livres, 34 canons de 24, 36 canons de 12, 18 canons de 8 et 16 obusiers de 24.

Rémi Monaque, dans son ouvrage déjà cité, écrit je le rappelle que sa longueur était de 61,2 mètres. Dans l’ouvrage L’Armada – Maquettes du Musée naval de Madrid (XVIIe-XVIIIe siècle) par José Ignacio Gonzales-Aller Hierro, Cruz Apestegui, Jorge Pla et Carmen Zamarron – précision assez amusante, la préface du livre est signée… Remi Monaque – on peut lire :

« […] Sur ordre royal du 12 mars 1768, le navire reçut le nom de Santísima Trinidad. En octobre de cette année, on établissait son troisième pont ; le lancement eut lieu le 2 mars 1769, à 11h30 ; ses dimensions étaient les suivantes : longueur, 213 pieds de Burgos (61,40 m) ; quille, 182 pieds 5/12 (52,72 m) ; largeur, 57 pieds 3/4 (16,59 m) ; hauteur, 28 pieds 11/12 (8,31 m) ; il jaugeait 4902 tonneaux (7443,69 m³) avec un lest de 1546 quinteaux (71,12 t). Selon Colina, dans un document daté du 30 septembre 1768, les mesures étaient : longueur, de râblure à râblure, 100 coudées (57,47 m) ; quille, de la pointe du talon à celle du brion, 85 coudées 6 pouces (48,99 m) ; largeur, 27 coudées (15,52 m) ; hauteur, 13 coudées 12 pouces (7,76 m) ; acculement des varangues par rapport au fond de cale, 12 pouces (28,74 cm), lumières de chacun des sabords de la poupe jusqu’à la proue, 1 coudée 17 pouces (0,98 m) ; tirant d’eau : à la poupe, 13 coudées (7,47 m), et à la proue, 12 coudées 6 pouces (7,18 m) ; prix de la construction, 40000 pesos […] Selon l’état de situation établit ce même jour [26 septembre 1796], les dimensions du navire étaient les suivantes : longueur, 220 pieds 6 pouces (63,36 m) ; longueur nette de la quille, 188 pieds (54, 02 m) ; largeur, 58 pieds (16,67 m) ; hauteur, 28 pieds 9 pouces (8,26 m) ; fond de cale, 29 pieds 10 pouces (8,57 m) ; tirant d’eau : à la poupe, 29 pieds 7 pouces (8,57 mètres), et à la proue, 27 pieds (7,76 m) ; avec 20000 quintaux (920 t) de lest, il jaugeait 2475 tonneaux (3758 m³) […] »

Que dire de ces dimensions ? S’il est vrai qu’elles surpassent assez largement celles de la plupart des trois-ponts contemporains : Victory anglais et la Bretagne français notamment, elles restent, à l’époque de son lancement, inférieures à celles du quatrième Royal Louis (1758 – 1772), et pour répondre à notre question d’origine, à celles des 118 canons français, même après ses modifications effectuées en 1796. Vous l’aurez compris, notre petite enquête est bouclée : la France « a la plus grande »…

Un « quatre-ponts unique en son genre » ?

A propos de la Santísima Trinidad, on lit souvent qu’il est un quatre-ponts unique en son genre. Cette affirmation est relativement fausse. « Relativement » parce que la Santísima Trinidad disposait effectivement de quatre batteries complètes. « Fausse » parce que le vaisseau n’était rien d’autre qu’un trois-ponts dont les gaillards avaient été réunis, cette réunion des gaillards formant il est vrai une sorte de quatrième pont. Mais pourquoi donc qualifier le vaisseau de « quatre-ponts unique en son genre » ? En France, cette réunion des gaillards fut largement généralisée après l’Empire. Ce n’est pas pour autant que l’on qualifia les frégates de « deux-ponts », les 80 et 90 canons de « trois-ponts » ou même les 118/120 canons de « quatre ponts », alors même qu’ils étaient dotés de respectivement deux, trois et quatre batteries…

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* Soufflage de la coque : « Procédé très élémentaire qui consiste à augmenter le volume de la coque à hauteur de flottaison, en appliquant, sur le bordage d’origine, des taquets, et sur ceux-ci, un autre bordage. On obtenait ainsi un renflement plus ou moins important de la carène. Le soufflage est le propre d’un bâtiment manqué. » (Jean Boudriot, « Le vaisseau trois ponts l’Océan 1785-1855 », revue Neptunia n°102.)

33 réflexions sur “La Santísima Trinidad espagnole et les 118 canons français

  1. Très bonne analyse. Mais vous passez un peu vite sur le livre de Belisle. Si après première vue, le livre semble destiné à être simplement feuilleté, il est en fait le fruit d’un auteur qui connaît très bien son sujet. Ce livre est un véritable bréviaire que j’ai toujours sous la main tant il répond à nombre de questions.

  2. Merci pour vos messages. Au sujet du livre de Ismaël Bélisle, je dois dire que je l’ai simplement feuilleté très rapidement en magasin. Mais étant donné votre commentaire, je vais essayer de me le procurer !

  3. Lorsque la Santisima Trinidad fut lancée en 1769, sa longueur de 61,40m ne dépassait pas celle du 4ème Royal Louis (61,75m) .
    Elle ne devient donc « le plus grand vaisseau » qu’en 1772 après le démontage du Royal Louis de J-L Coulomb.

  4. Bonne remarque. Il est vrai que j’ai oublié le Royal Louis de J-L Coulomb, sans doute car au moment du lancement de la Santisima Trinidad, le vaisseau français est désarmé et en train de pourrir dans un coin du port de Brest. Mais vous avez raison, je rectifie. Merci.

  5. …ce vaisseau espagnol [la Santísima Trinidad] est le plus grand et le plus puissant en service de toutes les marines en 1800…

    La puissance de feu se mesure par la bordée, c’est-à-dire par le poids d’une salve de boulets tirés par les pièces d’un flanc du navire. La grandeur est plus difficile à estimer puisque l’on peut choisir pour critère le déplacement (poids), la jauge (volume), la longueur…

    Arrive donc notre première difficulté : le problème du système des mesures dans la construction navale. Les mesures sont parfois données en mètres, parfois en pieds de roi (français), parfois en pieds anglais, etc.

    Les Espagnols utilisaient plusieurs pieds. Celui de La Havane faisait 29,7 ㎝. D’après le volume 3 de l’Encyclopédie méthodique de Nicolas Baudeau (Paris, Panckoucke, 1783) le pied de Burgos valait 125,3 lignes françaises, soit, selon l’estimation de nos mesures traditionnelles faite en 1795, 125,3 ÷ 443,296 m ≈ 28,266 ㎝.
    La même source précise ceci :
    « Cependant le codo de Rivera , dont on ſe ſert dans les arſenaux du roi d’Eʃpagne , ſe diviſe en 8 palmos de Ribera , ou en 24 pouces du pied de Burgos. »
    Un coudée valait 1 ½ pied ou 18 pouces mais celle de Rivera faisant 24 pouces de Burgos elle valait 24 ÷ 18 donc 1 ⅓ coudée de Burgos.
    Selon M. Rémi Monaque, le pied de Burgos faisait 28,74 ㎝. Selon Wikipedia, il faisait 27,83 ㎝ ou 27,8635 ㎝ mais 28,266 ㎝ selon Aviatechno.net qui cite deux auteurs français du XVIIIe siècle estimant le pied castillan (de Tolède…) l’un à l’équivalent de 27,878 ㎝ et l’autre à 30,266 ㎝. La différence entre 28,74 et 27,83 ㎝ suffit à creuser des écarts de l’ordre de deux mètres, donc à fausser un classement selon la longueur.

    Un risque d’erreur plus grand encore vient de ce que les différentes marines mesuraient les navires selon leurs propres critères, la longueur par exemple étant mesurée de la perpendiculaire d’étrave à la perpendiculaire d’étambot pour notre Marine royale mais au pont de la première batterie par la Royal Navy. Les 210 pieds espagnols de longueur et les 58 de largeur du Salvador del Mundo selon la Real Armada donnaient un rapport de la longueur à la largeur de 210 ÷ 58 ≈ 3,621, tandis que selon la Royal Navy ce trois-ponts était long 190 pieds anglais pour une largeur de 54 pieds 3 ½ pouces, le rapport de l’un à l’autre étant de 190 ÷ (54 + 3,5 ÷ 12) ≈ 3,500, donc non seulement les dimensions absolues mais aussi les proportions sont altérées par le choix d’un système de mesures. Les chiffres donnés par deux pays différents ne sont pas comparables.

    Il faut donc choisir les données d’un même pays pour tous les vaisseaux. Les listes de la Royal Navy sont de loin les plus utiles car nombre de navires français et espagnols furent pris par elle, surtout lors des guerres de la Révolution et de l’Empire. Elle a mesuré certains des navires ayant pu être les plus grands de cette époque et pour les autres il faut corriger les données en fonction des écarts que fait apparaître la comparaison avec les chiffres des sources espagnoles ou françaises. Pour les vaisseaux de Sané lancés à partir de 1782, la comparaison des chiffres français aux chiffres anglais montre que pour passer des premiers aux seconds il faut retancher en longueur à peu près un pied français (32 ½ ㎝), ajouter en largeur un pied cinq pouces (46 ㎝), et pour le creux soustraire un pied et demi (49 ㎝). Pour la Ville-de-Paris de 1782, les écarts vont dans le même sens mais sont un peu plus grands , ce qui révèle le défaut de ce système : les corrections à apporter n’étant pas identiques pour deux classes de vaisseaux, on peut espérer obtenir non des chiffres précis mais au mieux des ordres de grandeur. Pour avoir fait ce travail pour des dizaines de vaisseaux je conclus personnellement qu’en effet on peut se fier à ces ordres de grandeur.

    J’estimerai les jauges à partir de la formule de la Royal Navy :
    (longueur de la quille) × (largeur)² ÷ 188

    LA SANTÍSIMA TRINIDAD EN 1769 :

    …longueur, 213 pieds de Burgos (61,40 m) ; quille, 182 pieds 5/12 (52,72 m) ; largeur, 57 pieds 3/4 (16,59 m) ; hauteur, 28 pieds 11/12 (8,31 m) ; il jaugeait 4902 tonneaux…

    Le chiffre de 4902 tonneaux donné pour celui de la jauge ne peut être que le déplacement, or 4902 tonneaux de poids espagnols valaient 4511 tonnes (un tonneau de poids espagnol valait deux mille fois 460,08 ㎏ = 0,92016t), chiffre élevé mais vraisemblable pour ces dimensions.

    Selon les sources espagnoles le San José, lancé en 1783, faisait 213 pieds de long, sa quille, 193 pieds 10 pouces, et il était large de 57 pieds 11 pouces. Selon les sources anglaises il faisait 59,21 m (194 pieds 3 pouces anglais) de long, sa quille, 47,84 m (156′ 11⅓ »), et il était large de 16,54 m (54′ 3″). Faisant elle aussi 213′ espagnols, ayant une quille plus courte de 11 pieds 5 pouces espagnols et étant moins large de 2 pouces, la Santísima Trinidad en 1769 devait être longue de peut-être 59 ou 59 ½ m selon les critères anglais, pour une longueur de quille de l’ordre de 44 ou 45 m, une largeur de 16 ½ m et une jauge de l’ordre de 2280 tonneaux anglais .

    L’autre trois-ponts espagnol contemporain de la Santísima Trinidad avec lequel on peut faire ces calculs, parce qu’il fut mesuré par la Royal Navy, lui aussi en 1797, est le Salvador del Mundo de 1787, jumeau de la Santa Ana de 1784 et du Príncipe de Asturias de 1794, tous deux cités par l’estado general del dia 19 de octubre de 1805 , selon lequel leurs dimensions étaient les suivantes : 210′ de long, 184′ de quille et 58′ de large, tandis que selon les sources britanniques le Salvador del Mundo faisait 190′ de long, 152′ 11″ de quille et 54′ 3½ » de large, donc 57,91 m, 46,61 m, 16,55 m et 2398 tonneaux anglais (6789 ㎥). En calquant ses dimensions sur celles de la Santísima Trinidad , celle-ci pouvait faire en gros 59 m de long, 16 ½ m de large et jauger 2355 tonneaux anglais (environ 6670 ㎥).

    [la Santísima Trinidad] devait porter 116 canons : 30 canons de 36 livres à la première batterie … 32 canons de 24 à la deuxième batterie, 32 canons de 12 à la troisième batterie, et 22 canons de 8 sur les gaillards. … le 15 mai suivant [1770], on prépare le bâtiment à des essais en mer. Ceux-ci se déroulent du 21 juillet au 9 août et ne sont guère satisfaisants. Seulement armé de 62 pièces de 24 livres réparties entre la première et deuxième batterie, 32 pièces de 12 livres dans la troisième batterie ainsi que 2 pièces de 8 et 16 de 6 sur les gaillards (en tout 112 canons), le vaisseau souffre de graves problèmes de stabilité.

    ● En 1769 la Santísima Trinidad, si elle avait été mesurée selon les critères de la Royal Navy, aurait vraisemblablement été donnée pour longue, en gros, de 59 m, large de 16 ½ m, pour une jauge de 2300 ou 2350 tonneaux anglais. Son déplacement prévu était de 4511t et sa bordée de 554 ㎏, les exigences de stabilité ayant obligé à réduire son armement, et donc à la fois sa bordée (456 ㎏ en 1770) et son déplacement.
    [Pour toutes les bordées, je déduis le poids d’un boulet de son nom, par exemple 36 × 460,08 ≈ 16,56 ㎏ pour un boulet espagnol de 36 livres, ce qui n’est pas rigoureusement exact]

    LA SANTÍSIMA TRINIDAD EN 1805 :

    Selon l’état de situation établi ce même jour [26 septembre 1796], les dimensions du navire étaient les suivantes : longueur, 220 pieds 6 pouces (63,36 m) ; longueur nette de la quille, 188 pieds (54,02 m) ; largeur, 58 pieds (16,67 m)…

    C’est à cette occasion [après la bataille du cap Saint-Vincent en 1797] qu’on installe la fameuse quatrième batterie de la Santísima Trinidad, ce qui porte l’artillerie du bâtiment à 136 canons : 32 canons de 36 livres, 34 canons de 24, 36 canons de 12, 18 canons de 8 et 16 obusiers de 24.

    Ce sont les mêmes dimensions et le même armement que ceux donnés par l’estado general del dia 19 de octubre de 1805 .

    ● En procédant comme précédemment, on trouve la Santísima Trinidad à partir de 1796 longue, selon les critères britanniques, en gros, de 61 m, bien loin donc des 63 m généralement retenus, pour 16,55 m de large et une jauge de quelque 2400 ou 2450 tonneaux anglais (de 6650 à 7000 ㎥) . Son déplacement de 5432 tonneaux de poids espagnols ⒟ vaut 4998 tonnes, et l’armement décrit donnait une bordée de 585 ㎏ pour les canons, de 88 ㎏ pour les caronades.

    LES TROIS-PONTS FRANÇAIS CONTEMPORAINS :

    Deux d’entre eux furent pris et mesurés par les Britanniques : la Ville-de-Paris et le Commerce-de-Marseille, ce qui permet de comparer les dimensions de nos trois-ponts selon les sources françaises et anglaises et d’évaluer ⒡ comme précédemment les corrections à apporter aux chiffres français pour estimer leurs jauges et dimensions selon les critères de la Royal Navy.

    Le Royal-Louis (1759-1772) :
    ≈ 61 / 61 ½ m × 17 m
    ≈ 2650/2700 tonneaux anglais (7500/7700 ㎥)
    4800/4900t
    Bordée : 613 ㎏

    La Ville-de-Paris (1764-1782) :
    56,58 m × 16,37 m
    2348 tonneaux anglais (6648 ㎥)
    ≈ 4100t
    Bordée :
    1764-1778, 535 ㎏
    1779-1780, 555 ㎏
    1780-1782, 563 ㎏

    La Bretagne (1766-1796) :
    ≈ 59 m × 16 ½ ou 16 ¾ m
    ≈ 2500 tonneaux anglais (7100 ㎥)
    ≈ 4600t
    Bordée :
    1766-1777, 555 ㎏
    À partir de 1777, 575 ㎏

    LES VAISSEAUX DE 110 DE 1780 ⒠ :

    L’Invincible (1780-1807) :
    ≈ 59 m × 16 ¼ ou 16 ⅔ m
    ≈ 2500 tonneaux anglais (7100 ㎥)
    ≈ 4600t
    Bordée : 578 ㎏

    Le Royal-Louis (1780-1794) :
    ≈ 59 ½ m × 16 ½ ou 16 ¾ m
    ≈ 2500 tonneaux anglais (7100 ㎥)
    ≈ 4600/4700t
    Bordée ⒨ :
    1780-1782, 666 ㎏
    1782-1783, 578 ㎏
    À partir de 1783, 570 ㎏

    Le Terrible (1780-1802) :
    ≈ 60 m × 16 ½ ou 16 ¾ m
    ≈ 2600 tonneaux anglais (7300/7400 ㎥)
    ≈ 4700t
    Bordée : 578 ㎏

    Le Majestueux (1780-1808) :
    ≈ 59 m ½ × 16 ½ ou 16 ¾ m
    ≈ 2600 tonneaux anglais (7300/7400 ㎥)
    ≈ 4700t
    Bordée :
    1780-1782, 578 ㎏
    1782-1783, 666 ㎏
    À partir de 1783, 578 ㎏

    LES VAISSEAUX DE 118 CANONS ⒡ ⒪ :
    Le Commerce-de-Marseille (1788-1793), Les États-de-Bourgogne / L’Océan (1790-1850), Le Dauphin-Royal / L’Orient (1791-1798), Le Vengeur / L’Impérial (1802-1806), Le Majestueuxl (1803-1839)… :
    63,50 m × 16,70m ⒡
    2747 tonneaux anglais (7778 ㎥) ⒡
    4991t ⒫
    Bordée : canons, 617 ㎏ ; obusiers, 53 ㎏ ⒫

  6. AUTRES VAISSEAUX :

    En 1779 l’Espagne lança la Purísima Concepción . Selon la Real Armada ⒯, longue de 220′ 6″ pour une quille de 186′ et une largeur de 58′ 4″, elle pouvait faire en gros 61,3 m × 16,64 m pour 2454 tonneaux anglais (≈ 6950 ㎥) et avec ses 112 canons avait une bordée ⒰ de 552 ㎏.

    À partir de 1797 des vaisseaux ottomans sont construits sur les plans des trois-ponts français.

    … trois vaisseaux à trois-ponts ottomans – tous de conception française – sont construits durant cette période : le Selimiye (1797), le Fethiye (1798) et le Mesudiye (1801). Le premier serait une copie du Royal Louis de 1759 (source : Innovation and Empire in Turkey: Sultan Selim III and the Modernisation of the Ottoman Navy, Tuncay Zorlu). Les deux suivants semblent en revanche bien être issus des plans du 118 canons français de type Sané-Borda.

    En 1804 les Britanniques, avec l’Hibernia (110 canons, 61,32 m × 16,18 m, bordée de 553 ㎏ pour les canons et de 116 ㎏ pour les caronades, 2530 tonneaux anglais de jauge , 4500 ou 4600t de déplacement) lancèrent un vaisseau qui en longueur et en jauge rivalisait avec les plus grands de l’Espagne.

    CONCLUSION :

    ● De 1759 à 1772 le plus imposant et plus puissant vaisseau au monde fut de loin le Royal-Louis, toutefois son artillerie fut réduite, ce qui amoindrit sa force et son déplacement réels. La Bretagne de 1766 était plus forte que la Santísima Trinidad mais également aussi grande, ou même plus grande, jusqu’à au moins 1778.
    ● En 1778-1779 la Santísima Trinidad, radoubée, pourrait avoir été le plus long vaisseau du monde et celui ayant le plus grand déplacement, si elle avait déjà ses dimensions définitives. Elle n’était vraisemblablement pas le plus large et n’avait pas la plus forte jauge.
    ● De 1779 à 1788 la Purísima Concepción fut le vaisseau le plus grand au monde selon la longueur avec peut-être la Santísima Trinidad (environ 61 ou 61 ½ m) mais ni l’une ni l’autre ne l’était selon jauge ni selon la largeur.
    ● De 1788 à 1796 les vaisseaux français de 118 (et donc leurs probables copies turques à partir de 1798) furent les plus imposants, en longueur (63,50 m) et par leur jauge (2747 tonneaux anglais contre 2500 ou 2600 pour nos vaisseaux de 110, et 2400 ou 2500 pour la Purísima Concepción et peut-être aussi la Santísima Trinidad) et en largeur n’eurent que nos vaisseaux de 110 pour rivaux. Par leur déplacement de 4991t ils devaient être sans égaux.
    ● Refondue en 1796 (ou en 1795 d’après certaines sources) et dorénavant à coup sûr comparable à la Purísima Concepción, dotée d’un armement renforcé en 1797 et modifié quelques fois, la Santísima Trinidad finit à 4998t de déplacement, un peu plus que nos vaisseaux de 118 qui faisaient 4991t. Un écart de cinq tonnes en plus ou en moins pour chaque vaisseau n’était pas mesurable significativement mais elle était vraisemblablement la première selon ce critère primordial, quoique inférieure en jauge, autre critère essentiel, et aussi en longueur et en largeur, à nos vaisseaux de 118 et vraisemblablement à leurs copies turques. En jauge et en longueur elle était comparable à l’Hibernia de 1804, qu’elle surpassait largement en déplacement (4998t contre peut-être 4500 ou 4600) et en largeur (environ 16,55 m contre 16,18).

    ● Pour la puissance de feu, au début la Santísima Trinidad avec en théorie 554 ㎏, et seulement 456 ㎏ en 1770, fut inférieure au Royal-Louis (613 ㎏ en 1759 mais 399 ㎏ en 1763) et aussi à la Bretagne (555 puis 575 ㎏) et à nos vaisseaux de 110 canons (578 ㎏) voire à la Ville-de-Paris (de 535 à 563 ㎏). Pour 1805 la question est insoluble car aux canons toutes les marines avaient ajouté des obusiers ou caronades qu’on ne peut ni leur comparer ni négliger.
    Bordées :
    – Les vaisseaux français de 118 :
    617 ㎏ (canons) + 53 ㎏ (obusiers)
    – La Santísima Trinidad :
    585 ㎏ (canons) + 88 ㎏ (obusiers)
    – L’Hibernia :
    553 ㎏ (canons) + 116 ㎏ (caronades)
    – La Santa Ana :
    532 ㎏ (canons) + 158 ㎏ (obusiers)

    La plupart des marines ne comptaient alors que les canons de leurs navires mais ni les obusiers ni les caronades. La Real Armada comptait tout ensemble et accordait donc 136 “canons” à la Santísima Trinidad (120 canons et 16 obusiers en fait), total le plus élevé au monde. Sa puissance de feu était en réalité comparable à celle des autres grands vaisseaux. La propagande du Royaume-Uni chercha à exagérer l’écrasante victoire de Trafalgar pour faire oublier les défaites répétées de la coalition sur le continent, et dans les gazettes on insista sur les 136 “canons” de la Santísima Trinidad . La légende de Trafalgar a peut-être fait le reste et valu au grand vaisseau espagnol une réputation de gigantisme en partie méritée.

  7. ⒠ Jean Boudriot, Le Vaisseau de soixante-quatorze canons, Éditions des Quatre Seigneurs, Grenoble, tome 3, 1975, chapitre XV (rééditions par les Éditions Ancre). Page 260 : liste des vaisseaux français en 1780. C’est à partir des chiffres de cet ouvrage sur les dimensions et déplacements réglementaires de nos vaisseaux, comparés à leurs dimensions réelles, que j’estime les déplacements des trois-ponts français, sauf pour ceux de 118 canons pour lesquelles je reprends le chiffre exact donné dans le billet ci-dessus de Trois-Ponts!</i

  8. ⒡ Listes de vaisseaux de la Royal Navy avec leurs dimensions données par Brian Lavery (The Ship of the Line, volume Ⅰ, The Development Of The Battlefleet, 1650-1850, Conway Maritime Press, Londres, 1983). On peut consulter aussi l’article List of ships of the line of the Royal Navy de Wikipedia en anglais.
    Noter l’écart entre les dimensions du Commerce-de-Marseille selon les sources françaises ⒪ ⒫, soit 63,83 m × 16,24 m × 8,12 m (196´ 6˝ × 50´ × 25´), et selon la Royal Navy qui le prit en 1793, soit 63,50 m × 16,70 m × 7,63 m (208′ 4″ × 54′ 9½ » × 25′ ½ »). Ces écarts (− 33 ㎝ ; + 46 ㎝ ; − 49 ㎝) presque toujours de quelques dizaines de centimètres et dans le même sens (les longueurs et creux mesurés par la marine française sont plus importants que selon la Royal Navy, au contraire de la largeur, pour le même vaisseau), se retrouvent pour toutes les classes de vaisseaux français.
    Par commodité, selon l’usage anglais, j’écrirai X’ Y » pour X pieds et Y pouces même lorsqu’il ne s’agira pas de mesures anglaises.

  9. ⒢ Selon ⒠ et selon un billet de Trois-Ponts! (La Ville-de-Paris (1764-1782)) elle faisait 177 pieds français de long, 48 ½ de large et 23 de creux, soit 57,50 m × 15,75 m × 7,47 m. Selon les sources britanniques, elle faisait 185 pieds anglais et 7 ½ pouces de long par 53 pieds et 8 ½ pouces de large et 22 pieds et 2 pouces de creux, soit 56,58 m × 16,37 m × 6,76 (− 92 ㎝ ; + 61 ½ ㎝ ; − 71 ½ ㎝).

  10. ⒣ Si une quille de 193′ 10″ espagnols fait 47,84 m, alors une quille de 182′ 5″, plus courte de 11′ 5″, fait peut-être 47,84 m − 11′ 5″, donc 44,66 m (146,520′ anglais) si le pied de Burgos vaut 27,83 ㎝, et 44,56 m (146,180′ anglais) s’il vaut 28,74 ㎝. Si une largeur de 57′ 11″ vaut 16,54 m (≈ 54,098 pieds anglais), alors 57′ 9″ valent 16,49 m (54,097 ou 54,092 pieds anglais ; que le pied de Burgos fasse 27,83 ou 28,74 ㎝, le résultat ne change que de quelques millimètres). Quant à la jauge, elle ferait 146,520 × 54,097² ÷ 188 ≈ 2281 tonneaux anglais (environ 6460 ㎥) ou 146,180 × 54,092² ÷ 188 ≈ 2275 tonneaux anglais (environ 6440 ㎥). La différence que donnent les deux valeurs possibles du pied de Burgos est dérisoire et pour les calculs suivants je retiendrai la valeur intermédiaire de 27,8635 ㎝.
    Remarque :
    La formule de la Royal Navy pour estimer la jauge ne tient pas compte de la longueur totale mais seulement de la longueur de la quille, sous-estimant ainsi le volume des navires dont la quille est relativement brève, comme les trois-ponts espagnols.
    Si on prenait pour référence le Fénix de 1749 (deux-ponts de 80 canons), pris par la Royal Navy en 1780, on obtiendrait 58,71 m × 16,36 m et 2315 tonneaux anglais. Les ordres de grandeur des différences entre mesures espagnoles et mesures anglaises sont les mêmes pour tous les grands vaisseaux espagnols.

  11. ⒤ Si 210′ font 57,91 m, alors 213′ pourraient faire 58,75 m. Si une quille de 184′ fait 46,61 m, alors une quille de 182′ 5″ pourrait faire 46,17 m (151,469′ anglais). La largeur de la Santísima Trinidad mesurée par la Real Armada étant inférieure de 3 pouces à celle du Salvador del Mundo, on peut supposer que, selon la Royal Navy, elle aurait fait 16,48 m, soit 54,063′ anglais. Jauge : 151,469 × 54,063² ÷ 188 ≈ 2355 tonneaux anglais (environ 6670 ㎥).

  12. ⒥ Comparaison avec le San José :
    Si 213′ font 59,21 m, alors 220′ 6″ font peut-être 61,30 m. Si une quille de 193′ 10″ fait 47,84 m, alors une quille de 188′ pourrait faire 46,33 m (151,993′ anglais). Si 57′ 11″ font 16,49 m, alors 58′ font peut-être 16,56 m (54,326′ anglais). La jauge vaudrait alors : 151,993 × 54,326² ÷ 188 ≈ 2386 tonneaux anglais (≈ 6760 ㎥).
    Comparaison avec le Salvador del Mundo :
    Si 210′ font 57,91 m, alors 220′ 6″ pourraient faire 60,84 m. Si une quille de 184′ fait 46,61 m, alors une quille de 188′ pourrait faire 47,72 m (156,573′ anglais). La largeur finale de la Santísima Trinidad mesurée par la Real Armada étant de 58′ comme celle du Salvador del Mundo, on peut supposer que, selon la Royal Navy, elle aurait, comme lui aussi, fait 16,55 m, soit 54,292′ anglais. Jauge : 156,573 × 54,292² ÷ 188 ≈ 2455 tonneaux anglais (environ 6950 ㎥).
    Des billets du site Naves Real Armada ont traité de la Santísima Trinidad.

  13. ⒨ Billet sur les Royal-Louis de Trois-Ponts!
    Il me semble que cette réflexion est la millième sur Trois-Ponts!
    Merci à M. Nicolas Mioque pour ses remarquables billets !

  14. ⒫ Chiffres donnés par le billet de Trois-Ponts! sur cette page-ci. Un tonneau de poids français valait deux mille livres de 489,506g donc 979,012 ㎏.

  15. Three-Decks.org, Purísima Concepción. Aussi longue que le serait la Santísima Trinidad en 1796-1805 et plus large de 4 pouces, elle a une quille plus courte de 2 pieds, dimensions desquelles on déduit les valeurs que j’ai données.

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