La Santísima Trinidad espagnole et les vaisseaux de 118 canons français

La Santísima Trinidad. Par Geoff Hunt. Le célèbre vaisseau espagnol fut capturé par les Britanniques pendant la bataille de Trafalgar le 21 octobre 1805 et sombra quelques jours plus tard, le 24 octobre 1805, durant une importante tempête.

Le vaisseau Santísima Trinidad (1769) est l’un des plus célèbres navires de guerre de l’histoire de la marine de guerre espagnole. Il est souvent dit que ce vaisseau fut le plus grand et le plus puissant de son temps. Est-ce vrai ? Rien n’est moins sur…

Comparer la taille des navires de différentes nations est un exercice complexe. D’une part parce que les unités de mesure sont nombreuses et différentes selon les pays (mètres, pieds français, pieds anglais, pieds de Burgos, etc.). D’autre part parce que chaque marine mesuraient leurs navires selon leurs propres critères. En France, la longueur d’un bâtiment était en principe mesurée de la perpendiculaire d’étrave à la perpendiculaire d’étambot, ce qui n’était pas forcément le cas dans les autres pays. Malgré ces difficultés, nous allons essayer de comparer la Santísima Trinidad et les plus grands vaisseaux français de la fin du XVIIIe et début du XIXe siècle : les fameux 118 canons de Sané-Borda.

La Santísima Trinidad

A l’image de la France, la construction des vaisseaux à trois-ponts connut une grave régression en Espagne pendant une grande partie du XVIIIe siècle. Après 1729, année de construction du Real Felipe, aucun vaisseau de ce type ne fut construit pendant quarante ans. Le 23 octobre 1767, enfin, décision fut prise de mettre en construction dans les chantiers de La Havane (Cuba est alors une colonie espagnole) un vaisseau de premier rang doté de trois ponts : la future Santísima Trinidad.

La construction du bâtiment fut dans un premier temps confiée à Mateo Mullan, constructeur d’origine irlandaise fraichement nommé directeur des constructions navales de l’arsenal. Décédé de la fièvre jaune le 25 novembre 1767 avant même d’avoir eu le temps de finaliser les plans du bâtiment, celui-ci fut remplacé par son fils, Ignacio Mullan, tandis que la direction générale du chantier fut confiée à Pedro de Acosta. Le vaisseau fut lancé le 2 mars 1769.

1. Les dimensions

Les Espagnols mesuraient généralement leurs navires en pieds de Burgos. Il est bien difficile d’estimer exactement à combien de cm équivalait le pied de Bugos, tant les sources sont imprécises et contradictoires à ce sujet. Dans le monumental ouvrage L’Armada – Maquettes du Musée naval de Madrid (XVIIe-XVIIIe siècle) par José Ignacio Gonzales-Aller Hierro, Cruz Apestegui, Jorge Pla et Carmen Zamarron, il est sous-entendu qu’un pied de Burgos = 0,288 m ou 28,8 cm environ. Extrait :

« […] Sur ordre royal du 12 mars 1768, le navire reçut le nom de Santísima Trinidad. En octobre de cette année, on établissait son troisième pont ; le lancement eut lieu le 2 mars 1769, à 11h30 ; ses dimensions étaient les suivantes : longueur, 213 pieds de Burgos (61,40 m) ; quille, 182 pieds 5/12 (52,72 m) ; largeur, 57 pieds 3/4 (16,59 m) ; hauteur, 28 pieds 11/12 (8,31 m) ; il jaugeait 4902 tonneaux (7443,69 m³) avec un lest de 1546 quinteaux (71,12 t). Selon Colina, dans un document daté du 30 septembre 1768, les mesures étaient : longueur, de râblure à râblure, 100 coudées (57,47 m) ; quille, de la pointe du talon à celle du brion, 85 coudées 6 pouces (48,99 m) ; largeur, 27 coudées (15,52 m) ; hauteur, 13 coudées 12 pouces (7,76 m) ; acculement des varangues par rapport au fond de cale, 12 pouces (28,74 cm), lumières de chacun des sabords de la poupe jusqu’à la proue, 1 coudée 17 pouces (0,98 m) ; tirant d’eau : à la poupe, 13 coudées (7,47 m), et à la proue, 12 coudées 6 pouces (7,18 m) ; prix de la construction, 40000 pesos […] Selon l’état de situation établit ce même jour [26 septembre 1796], les dimensions du navire étaient les suivantes : longueur, 220 pieds 6 pouces (63,36 m) ; longueur nette de la quille, 188 pieds (54, 02 m) ; largeur, 58 pieds (16,67 m) ; hauteur, 28 pieds 9 pouces (8,26 m) ; fond de cale, 29 pieds 10 pouces (8,57 m) ; tirant d’eau : à la poupe, 29 pieds 7 pouces (8,57 mètres), et à la proue, 27 pieds (7,76 m) ; avec 20000 quintaux (920 t) de lest, il jaugeait 2475 tonneaux (3758 m³) […] »

La longueur retenue pour ce vaisseau est donc de 63,36 mètres.

2. L’armement

Le vaisseau espagnol devait porter à l’origine 112 ou 116 canons selon les sources : 30 canons de 36 livres à la première batterie, 32 canons de 24 à la deuxième batterie, 32 canons de 12 à la troisième batterie, et 20 ou 22 canons de 8 sur les gaillards. Cependant, lorsque la Santísima Trinidad quitta La Havane le 19 février 1770, sous le commandement de Maguna Echezarreta, elle fut provisoirement armée de 32 canons de 24 livres et 14 canons de 8 (en tout 46 canons), avec 960 hommes d’équipage.

Arrivé au Ferrol le 15 mai suivant, le bâtiment commença ses essais en mer. Ceux-ci se déroulèrent du 21 juillet au 9 août 1770 et ne furent guère satisfaisants. Seulement armé de 62 pièces de 24 livres réparties entre la première et deuxième batterie, 32 pièces de 12 livres dans la troisième batterie, ainsi que 2 pièces de 8 et 16 de 6 sur les gaillards (en tout 112 canons), le vaisseau souffrait de graves problèmes de stabilité. En vérité, les Espagnols n’arrivèrent jamais à supprimer ce défaut, et ce malgré deux radoubs effectués en mars 1778 – avant sa participation aux opérations de la Guerre d’Indépendance américaine – et en 1796. C’est au cours de cette dernière qu’on installa la fameuse quatrième batterie de la Santísima Trinidad, ce qui porta l’artillerie du bâtiment à 136 canons : 32 canons de 36 livres, 34 canons de 24, 36 canons de 12, 18 canons de 8 et 16 obusiers de 24.

Le Commerce de Marseille à Toulon en 1788. Auteur inconnu.

Les vaisseaux dits de 118 canons français

Le programme adopté en 1786 par le ministère de la Marine ramena le nombre de types de vaisseau dorénavant construit par les arsenaux français à trois : le trois-ponts de 118 canons, les deux-ponts de 80 et 74 canons. Le plan type du vaisseau de 118 canons avait été adopté quelque temps auparavant suite à un concours organisé par le chevalier de Borda, Directeur des constructions navales. Borda retint le plan de l’ingénieur Sané en y apportant quelques correctifs. Dés 1786, deux vaisseaux de ce nouveau type furent mis en construction : les États de Bourgogne à Brest et le Commerce de Marseille à Toulon. Quatorze autres vaisseaux de 118 canons furent mis en chantiers jusqu’à la fin de l’Empire. Plusieurs servirent jusqu’au Second Empire !

1. Les dimensions

Le plan du 118 canons adopté en 1786 indique ses dimensions principales : longueur totale de perpendiculaire en perpendiculaire, 196 pieds 6 pouces ; largeur au milieu en dehors des membres, 50 pieds ; creux du dessus quille à la ligne droite du maître-bau, 25 pieds ; déplacement à 5 pieds de batterie 5098 tonneaux.

Dans son ouvrage Les vaisseaux de 74 à 120 canons 1650-1850, Jean Boudriot précise qu’à partir de l’Austerlitz (1808), la largeur des 118 canons nouvellement construits passa à 50 pieds 6 pouces.

Toutes ces mesures sont données en pieds de roi (français), à ne pas confondre avec le pied anglais !

Pour faire simple, la valeur courante du pied de roi est de 0,325 m (la valeur exacte du pied est : 0,324839432 m)
Un pied = 12 pouces
Le pouce courant : 27,07 mm (le pouce exact : 27,069 953 mm)
Un pouce = 12 lignes
La ligne courante : 2,256 mm (La ligne exacte : 2,255 829 mm)
Une ligne = 12 points
Le point courant : 0,188 mm (Le point exact : 0,187 986 mm).

En conséquence, 196 pieds 6 pouces = 196 x 0,325 + 6 x 0,02707 = 63,86 mètres.

2. L’armement

Paradoxalement, les vaisseaux dits de 118 canons n’ont jamais porté 118 canons ! A l’origine, leur armement était constitué de :
– 32 canons de 36 livres à la batterie basse,
– 34 canons de 24 à la deuxième batterie,
– 34 canons de 12 à la batterie haute,
– 18 canons de 8 sur les gaillards et 6 obusiers de 36 sur la dunette.
Total : 124 bouches à feu.

Cet armement ne cessa d’évoluer par la suite, notamment au niveau des gaillards :

– Les règlements de 1806 et de 1807 prévoyaient que l’artillerie de gaillard passe à 14 canons de 8 et 12 caronades de 36, auxquels il fallait ajouter les 6 obusiers de 36 sur la dunette, soit en tout 132 bouches à feu !

– En 1812, on remplaça les canons de 12 de la troisième batterie par des canons de 18, les canons de 8 armant les gaillards furent quant à eux remplacés par des canons de 12. Les obusiers furent abandonnés et les 118 canons furent de nouveaux armés de 124 bouches à feu.

– En 1828, les canons de 18 de la troisième batterie furent remplacés par des caronades de 36, les gaillards furent armés de 16 caronades de 36 et de 4 canons de 18 longs. Soit en tout 120 bouches à feu.

– En 1837 enfin, la marine française adopta le calibre unique de 30. Les vaisseaux de 120 canons portaient alors en principe : 32 canons de 30 longs à la première batterie, 30 de 30 courts à la deuxième batterie, 34 canons obusiers de 30 à la première batterie, 16 caronades de 30 et 4 canons obusiers de 30 sur les gaillards.

Je précise que tous ces règlements étaient théoriques et pas toujours respectés en pratique. On note par exemple que, sous l’Empire, le Montebello portait encore 132 canons en 1813. Dans tous les cas, et assez paradoxalement, on remarque que les vaisseaux dits de 118 canons n’ont jamais portés 118 canons, mais plutôt 120 à 132 canons selon les unités et les époques.

Conclusion

La longueur de la Santísima Trinidad était semble-t-il très légèrement inférieure aux vaisseaux de 118 canons français : il n’était donc pas le plus grand vaisseau de son temps. S’il est vrai que ses dimensions surpassaient assez largement celles de la plupart des trois-ponts contemporains à son lancement : Victory anglais et la Bretagne français notamment, elles paraissent inférieures au quatrième Royal Louis (1758-1772) et aux vaisseaux de 118 canons adoptés par la marine française en 1786, même après les modifications effectuées sur le navire espagnol en 1796.

Il ne s’agit pas ici de savoir qui avait « la plus grosse » (si j’ose dire), mais plutôt de démonter un mythe persistant concernant la Santísima Trinidad. Celle-ci n’était pas plus grande – ou sensiblement plus grande – que les autres grands trois-ponts de son temps, non seulement en France mais également en Grande-Bretagne, en Turquie et probablement en Russie.

Un autre mythe est que la Santísima Trinidad était un « quatre-ponts ». L’affirmation est à relativiser : le vaisseau espagnol avait effectivement quatre batteries complètes, mais la dernière n’était pas couverte et était en fait constituée par la réunion des gaillards. En France et un peu partout en Europe, cette réunion des gaillards fut largement généralisée après les guerres napoléoniennes. Ce n’est pas pour autant que l’on qualifia les frégates de « deux-ponts », les 80 et 90 canons de « trois-ponts » ou même les 118/120 canons de « quatre ponts », alors même qu’ils étaient dotés de respectivement deux, trois et quatre batteries.

33 réflexions sur “La Santísima Trinidad espagnole et les vaisseaux de 118 canons français

  1. Lorsque la Santisima Trinidad fut lancée en 1769, sa longueur de 61,40m ne dépassait pas celle du 4ème Royal Louis (61,75m) .
    Elle ne devient donc « le plus grand vaisseau » qu’en 1772 après le démontage du Royal Louis de J-L Coulomb.

  2. Bonne remarque. Il est vrai que j’ai oublié le Royal Louis de J-L Coulomb, sans doute car au moment du lancement de la Santisima Trinidad, le vaisseau français est désarmé et en train de pourrir dans un coin du port de Brest. Mais vous avez raison, je rectifie. Merci.

  3. …ce vaisseau espagnol [la Santísima Trinidad] est le plus grand et le plus puissant en service de toutes les marines en 1800…

    La puissance de feu se mesure par la bordée, c’est-à-dire par le poids d’une salve de boulets tirés par les pièces d’un flanc du navire. La grandeur est plus difficile à estimer puisque l’on peut choisir pour critère le déplacement (poids), la jauge (volume), la longueur…

    Arrive donc notre première difficulté : le problème du système des mesures dans la construction navale. Les mesures sont parfois données en mètres, parfois en pieds de roi (français), parfois en pieds anglais, etc.

    Les Espagnols utilisaient plusieurs pieds. Celui de La Havane faisait 29,7 ㎝. D’après le volume 3 de l’Encyclopédie méthodique de Nicolas Baudeau (Paris, Panckoucke, 1783) le pied de Burgos valait 125,3 lignes françaises, soit, selon l’estimation de nos mesures traditionnelles faite en 1795, 125,3 ÷ 443,296 m ≈ 28,266 ㎝.
    La même source précise ceci :
    « Cependant le codo de Rivera , dont on ſe ſert dans les arſenaux du roi d’Eʃpagne , ſe diviſe en 8 palmos de Ribera , ou en 24 pouces du pied de Burgos. »
    Un coudée valait 1 ½ pied ou 18 pouces mais celle de Rivera faisant 24 pouces de Burgos elle valait 24 ÷ 18 donc 1 ⅓ coudée de Burgos.
    Selon M. Rémi Monaque, le pied de Burgos faisait 28,74 ㎝. Selon Wikipedia, il faisait 27,83 ㎝ ou 27,8635 ㎝ mais 28,266 ㎝ selon Aviatechno.net qui cite deux auteurs français du XVIIIe siècle estimant le pied castillan (de Tolède…) l’un à l’équivalent de 27,878 ㎝ et l’autre à 30,266 ㎝. La différence entre 28,74 et 27,83 ㎝ suffit à creuser des écarts de l’ordre de deux mètres, donc à fausser un classement selon la longueur.

    Un risque d’erreur plus grand encore vient de ce que les différentes marines mesuraient les navires selon leurs propres critères, la longueur par exemple étant mesurée de la perpendiculaire d’étrave à la perpendiculaire d’étambot pour notre Marine royale mais au pont de la première batterie par la Royal Navy. Les 210 pieds espagnols de longueur et les 58 de largeur du Salvador del Mundo selon la Real Armada donnaient un rapport de la longueur à la largeur de 210 ÷ 58 ≈ 3,621, tandis que selon la Royal Navy ce trois-ponts était long 190 pieds anglais pour une largeur de 54 pieds 3 ½ pouces, le rapport de l’un à l’autre étant de 190 ÷ (54 + 3,5 ÷ 12) ≈ 3,500, donc non seulement les dimensions absolues mais aussi les proportions sont altérées par le choix d’un système de mesures. Les chiffres donnés par deux pays différents ne sont pas comparables.

    Il faut donc choisir les données d’un même pays pour tous les vaisseaux. Les listes de la Royal Navy sont de loin les plus utiles car nombre de navires français et espagnols furent pris par elle, surtout lors des guerres de la Révolution et de l’Empire. Elle a mesuré certains des navires ayant pu être les plus grands de cette époque et pour les autres il faut corriger les données en fonction des écarts que fait apparaître la comparaison avec les chiffres des sources espagnoles ou françaises. Pour les vaisseaux de Sané lancés à partir de 1782, la comparaison des chiffres français aux chiffres anglais montre que pour passer des premiers aux seconds il faut retancher en longueur à peu près un pied français (32 ½ ㎝), ajouter en largeur un pied cinq pouces (46 ㎝), et pour le creux soustraire un pied et demi (49 ㎝). Pour la Ville-de-Paris de 1782, les écarts vont dans le même sens mais sont un peu plus grands , ce qui révèle le défaut de ce système : les corrections à apporter n’étant pas identiques pour deux classes de vaisseaux, on peut espérer obtenir non des chiffres précis mais au mieux des ordres de grandeur. Pour avoir fait ce travail pour des dizaines de vaisseaux je conclus personnellement qu’en effet on peut se fier à ces ordres de grandeur.

    J’estimerai les jauges à partir de la formule de la Royal Navy :
    (longueur de la quille) × (largeur)² ÷ 188

    LA SANTÍSIMA TRINIDAD EN 1769 :

    …longueur, 213 pieds de Burgos (61,40 m) ; quille, 182 pieds 5/12 (52,72 m) ; largeur, 57 pieds 3/4 (16,59 m) ; hauteur, 28 pieds 11/12 (8,31 m) ; il jaugeait 4902 tonneaux…

    Le chiffre de 4902 tonneaux donné pour celui de la jauge ne peut être que le déplacement, or 4902 tonneaux de poids espagnols valaient 4511 tonnes (un tonneau de poids espagnol valait deux mille fois 460,08 ㎏ = 0,92016t), chiffre élevé mais vraisemblable pour ces dimensions.

    Selon les sources espagnoles le San José, lancé en 1783, faisait 213 pieds de long, sa quille, 193 pieds 10 pouces, et il était large de 57 pieds 11 pouces. Selon les sources anglaises il faisait 59,21 m (194 pieds 3 pouces anglais) de long, sa quille, 47,84 m (156′ 11⅓ »), et il était large de 16,54 m (54′ 3″). Faisant elle aussi 213′ espagnols, ayant une quille plus courte de 11 pieds 5 pouces espagnols et étant moins large de 2 pouces, la Santísima Trinidad en 1769 devait être longue de peut-être 59 ou 59 ½ m selon les critères anglais, pour une longueur de quille de l’ordre de 44 ou 45 m, une largeur de 16 ½ m et une jauge de l’ordre de 2280 tonneaux anglais .

    L’autre trois-ponts espagnol contemporain de la Santísima Trinidad avec lequel on peut faire ces calculs, parce qu’il fut mesuré par la Royal Navy, lui aussi en 1797, est le Salvador del Mundo de 1787, jumeau de la Santa Ana de 1784 et du Príncipe de Asturias de 1794, tous deux cités par l’estado general del dia 19 de octubre de 1805 , selon lequel leurs dimensions étaient les suivantes : 210′ de long, 184′ de quille et 58′ de large, tandis que selon les sources britanniques le Salvador del Mundo faisait 190′ de long, 152′ 11″ de quille et 54′ 3½ » de large, donc 57,91 m, 46,61 m, 16,55 m et 2398 tonneaux anglais (6789 ㎥). En calquant ses dimensions sur celles de la Santísima Trinidad , celle-ci pouvait faire en gros 59 m de long, 16 ½ m de large et jauger 2355 tonneaux anglais (environ 6670 ㎥).

    [la Santísima Trinidad] devait porter 116 canons : 30 canons de 36 livres à la première batterie … 32 canons de 24 à la deuxième batterie, 32 canons de 12 à la troisième batterie, et 22 canons de 8 sur les gaillards. … le 15 mai suivant [1770], on prépare le bâtiment à des essais en mer. Ceux-ci se déroulent du 21 juillet au 9 août et ne sont guère satisfaisants. Seulement armé de 62 pièces de 24 livres réparties entre la première et deuxième batterie, 32 pièces de 12 livres dans la troisième batterie ainsi que 2 pièces de 8 et 16 de 6 sur les gaillards (en tout 112 canons), le vaisseau souffre de graves problèmes de stabilité.

    ● En 1769 la Santísima Trinidad, si elle avait été mesurée selon les critères de la Royal Navy, aurait vraisemblablement été donnée pour longue, en gros, de 59 m, large de 16 ½ m, pour une jauge de 2300 ou 2350 tonneaux anglais. Son déplacement prévu était de 4511t et sa bordée de 554 ㎏, les exigences de stabilité ayant obligé à réduire son armement, et donc à la fois sa bordée (456 ㎏ en 1770) et son déplacement.
    [Pour toutes les bordées, je déduis le poids d’un boulet de son nom, par exemple 36 × 460,08 ≈ 16,56 ㎏ pour un boulet espagnol de 36 livres, ce qui n’est pas rigoureusement exact]

    LA SANTÍSIMA TRINIDAD EN 1805 :

    Selon l’état de situation établi ce même jour [26 septembre 1796], les dimensions du navire étaient les suivantes : longueur, 220 pieds 6 pouces (63,36 m) ; longueur nette de la quille, 188 pieds (54,02 m) ; largeur, 58 pieds (16,67 m)…

    C’est à cette occasion [après la bataille du cap Saint-Vincent en 1797] qu’on installe la fameuse quatrième batterie de la Santísima Trinidad, ce qui porte l’artillerie du bâtiment à 136 canons : 32 canons de 36 livres, 34 canons de 24, 36 canons de 12, 18 canons de 8 et 16 obusiers de 24.

    Ce sont les mêmes dimensions et le même armement que ceux donnés par l’estado general del dia 19 de octubre de 1805 .

    ● En procédant comme précédemment, on trouve la Santísima Trinidad à partir de 1796 longue, selon les critères britanniques, en gros, de 61 m, bien loin donc des 63 m généralement retenus, pour 16,55 m de large et une jauge de quelque 2400 ou 2450 tonneaux anglais (de 6650 à 7000 ㎥) . Son déplacement de 5432 tonneaux de poids espagnols ⒟ vaut 4998 tonnes, et l’armement décrit donnait une bordée de 585 ㎏ pour les canons, de 88 ㎏ pour les caronades.

    LES TROIS-PONTS FRANÇAIS CONTEMPORAINS :

    Deux d’entre eux furent pris et mesurés par les Britanniques : la Ville-de-Paris et le Commerce-de-Marseille, ce qui permet de comparer les dimensions de nos trois-ponts selon les sources françaises et anglaises et d’évaluer ⒡ comme précédemment les corrections à apporter aux chiffres français pour estimer leurs jauges et dimensions selon les critères de la Royal Navy.

    Le Royal-Louis (1759-1772) :
    ≈ 61 / 61 ½ m × 17 m
    ≈ 2650/2700 tonneaux anglais (7500/7700 ㎥)
    4800/4900t
    Bordée : 613 ㎏

    La Ville-de-Paris (1764-1782) :
    56,58 m × 16,37 m
    2348 tonneaux anglais (6648 ㎥)
    ≈ 4100t
    Bordée :
    1764-1778, 535 ㎏
    1779-1780, 555 ㎏
    1780-1782, 563 ㎏

    La Bretagne (1766-1796) :
    ≈ 59 m × 16 ½ ou 16 ¾ m
    ≈ 2500 tonneaux anglais (7100 ㎥)
    ≈ 4600t
    Bordée :
    1766-1777, 555 ㎏
    À partir de 1777, 575 ㎏

    LES VAISSEAUX DE 110 DE 1780 ⒠ :

    L’Invincible (1780-1807) :
    ≈ 59 m × 16 ¼ ou 16 ⅔ m
    ≈ 2500 tonneaux anglais (7100 ㎥)
    ≈ 4600t
    Bordée : 578 ㎏

    Le Royal-Louis (1780-1794) :
    ≈ 59 ½ m × 16 ½ ou 16 ¾ m
    ≈ 2500 tonneaux anglais (7100 ㎥)
    ≈ 4600/4700t
    Bordée ⒨ :
    1780-1782, 666 ㎏
    1782-1783, 578 ㎏
    À partir de 1783, 570 ㎏

    Le Terrible (1780-1802) :
    ≈ 60 m × 16 ½ ou 16 ¾ m
    ≈ 2600 tonneaux anglais (7300/7400 ㎥)
    ≈ 4700t
    Bordée : 578 ㎏

    Le Majestueux (1780-1808) :
    ≈ 59 m ½ × 16 ½ ou 16 ¾ m
    ≈ 2600 tonneaux anglais (7300/7400 ㎥)
    ≈ 4700t
    Bordée :
    1780-1782, 578 ㎏
    1782-1783, 666 ㎏
    À partir de 1783, 578 ㎏

    LES VAISSEAUX DE 118 CANONS ⒡ ⒪ :
    Le Commerce-de-Marseille (1788-1793), Les États-de-Bourgogne / L’Océan (1790-1850), Le Dauphin-Royal / L’Orient (1791-1798), Le Vengeur / L’Impérial (1802-1806), Le Majestueuxl (1803-1839)… :
    63,50 m × 16,70m ⒡
    2747 tonneaux anglais (7778 ㎥) ⒡
    4991t ⒫
    Bordée : canons, 617 ㎏ ; obusiers, 53 ㎏ ⒫

  4. AUTRES VAISSEAUX :

    En 1779 l’Espagne lança la Purísima Concepción . Selon la Real Armada ⒯, longue de 220′ 6″ pour une quille de 186′ et une largeur de 58′ 4″, elle pouvait faire en gros 61,3 m × 16,64 m pour 2454 tonneaux anglais (≈ 6950 ㎥) et avec ses 112 canons avait une bordée ⒰ de 552 ㎏.

    À partir de 1797 des vaisseaux ottomans sont construits sur les plans des trois-ponts français.

    … trois vaisseaux à trois-ponts ottomans – tous de conception française – sont construits durant cette période : le Selimiye (1797), le Fethiye (1798) et le Mesudiye (1801). Le premier serait une copie du Royal Louis de 1759 (source : Innovation and Empire in Turkey: Sultan Selim III and the Modernisation of the Ottoman Navy, Tuncay Zorlu). Les deux suivants semblent en revanche bien être issus des plans du 118 canons français de type Sané-Borda.

    En 1804 les Britanniques, avec l’Hibernia (110 canons, 61,32 m × 16,18 m, bordée de 553 ㎏ pour les canons et de 116 ㎏ pour les caronades, 2530 tonneaux anglais de jauge , 4500 ou 4600t de déplacement) lancèrent un vaisseau qui en longueur et en jauge rivalisait avec les plus grands de l’Espagne.

    CONCLUSION :

    ● De 1759 à 1772 le plus imposant et plus puissant vaisseau au monde fut de loin le Royal-Louis, toutefois son artillerie fut réduite, ce qui amoindrit sa force et son déplacement réels. La Bretagne de 1766 était plus forte que la Santísima Trinidad mais également aussi grande, ou même plus grande, jusqu’à au moins 1778.
    ● En 1778-1779 la Santísima Trinidad, radoubée, pourrait avoir été le plus long vaisseau du monde et celui ayant le plus grand déplacement, si elle avait déjà ses dimensions définitives. Elle n’était vraisemblablement pas le plus large et n’avait pas la plus forte jauge.
    ● De 1779 à 1788 la Purísima Concepción fut le vaisseau le plus grand au monde selon la longueur avec peut-être la Santísima Trinidad (environ 61 ou 61 ½ m) mais ni l’une ni l’autre ne l’était selon jauge ni selon la largeur.
    ● De 1788 à 1796 les vaisseaux français de 118 (et donc leurs probables copies turques à partir de 1798) furent les plus imposants, en longueur (63,50 m) et par leur jauge (2747 tonneaux anglais contre 2500 ou 2600 pour nos vaisseaux de 110, et 2400 ou 2500 pour la Purísima Concepción et peut-être aussi la Santísima Trinidad) et en largeur n’eurent que nos vaisseaux de 110 pour rivaux. Par leur déplacement de 4991t ils devaient être sans égaux.
    ● Refondue en 1796 (ou en 1795 d’après certaines sources) et dorénavant à coup sûr comparable à la Purísima Concepción, dotée d’un armement renforcé en 1797 et modifié quelques fois, la Santísima Trinidad finit à 4998t de déplacement, un peu plus que nos vaisseaux de 118 qui faisaient 4991t. Un écart de cinq tonnes en plus ou en moins pour chaque vaisseau n’était pas mesurable significativement mais elle était vraisemblablement la première selon ce critère primordial, quoique inférieure en jauge, autre critère essentiel, et aussi en longueur et en largeur, à nos vaisseaux de 118 et vraisemblablement à leurs copies turques. En jauge et en longueur elle était comparable à l’Hibernia de 1804, qu’elle surpassait largement en déplacement (4998t contre peut-être 4500 ou 4600) et en largeur (environ 16,55 m contre 16,18).

    ● Pour la puissance de feu, au début la Santísima Trinidad avec en théorie 554 ㎏, et seulement 456 ㎏ en 1770, fut inférieure au Royal-Louis (613 ㎏ en 1759 mais 399 ㎏ en 1763) et aussi à la Bretagne (555 puis 575 ㎏) et à nos vaisseaux de 110 canons (578 ㎏) voire à la Ville-de-Paris (de 535 à 563 ㎏). Pour 1805 la question est insoluble car aux canons toutes les marines avaient ajouté des obusiers ou caronades qu’on ne peut ni leur comparer ni négliger.
    Bordées :
    – Les vaisseaux français de 118 :
    617 ㎏ (canons) + 53 ㎏ (obusiers)
    – La Santísima Trinidad :
    585 ㎏ (canons) + 88 ㎏ (obusiers)
    – L’Hibernia :
    553 ㎏ (canons) + 116 ㎏ (caronades)
    – La Santa Ana :
    532 ㎏ (canons) + 158 ㎏ (obusiers)

    La plupart des marines ne comptaient alors que les canons de leurs navires mais ni les obusiers ni les caronades. La Real Armada comptait tout ensemble et accordait donc 136 “canons” à la Santísima Trinidad (120 canons et 16 obusiers en fait), total le plus élevé au monde. Sa puissance de feu était en réalité comparable à celle des autres grands vaisseaux. La propagande du Royaume-Uni chercha à exagérer l’écrasante victoire de Trafalgar pour faire oublier les défaites répétées de la coalition sur le continent, et dans les gazettes on insista sur les 136 “canons” de la Santísima Trinidad . La légende de Trafalgar a peut-être fait le reste et valu au grand vaisseau espagnol une réputation de gigantisme en partie méritée.

  5. ⒠ Jean Boudriot, Le Vaisseau de soixante-quatorze canons, Éditions des Quatre Seigneurs, Grenoble, tome 3, 1975, chapitre XV (rééditions par les Éditions Ancre). Page 260 : liste des vaisseaux français en 1780. C’est à partir des chiffres de cet ouvrage sur les dimensions et déplacements réglementaires de nos vaisseaux, comparés à leurs dimensions réelles, que j’estime les déplacements des trois-ponts français, sauf pour ceux de 118 canons pour lesquelles je reprends le chiffre exact donné dans le billet ci-dessus de Trois-Ponts!</i

  6. ⒡ Listes de vaisseaux de la Royal Navy avec leurs dimensions données par Brian Lavery (The Ship of the Line, volume Ⅰ, The Development Of The Battlefleet, 1650-1850, Conway Maritime Press, Londres, 1983). On peut consulter aussi l’article List of ships of the line of the Royal Navy de Wikipedia en anglais.
    Noter l’écart entre les dimensions du Commerce-de-Marseille selon les sources françaises ⒪ ⒫, soit 63,83 m × 16,24 m × 8,12 m (196´ 6˝ × 50´ × 25´), et selon la Royal Navy qui le prit en 1793, soit 63,50 m × 16,70 m × 7,63 m (208′ 4″ × 54′ 9½ » × 25′ ½ »). Ces écarts (− 33 ㎝ ; + 46 ㎝ ; − 49 ㎝) presque toujours de quelques dizaines de centimètres et dans le même sens (les longueurs et creux mesurés par la marine française sont plus importants que selon la Royal Navy, au contraire de la largeur, pour le même vaisseau), se retrouvent pour toutes les classes de vaisseaux français.
    Par commodité, selon l’usage anglais, j’écrirai X’ Y » pour X pieds et Y pouces même lorsqu’il ne s’agira pas de mesures anglaises.

  7. ⒢ Selon ⒠ et selon un billet de Trois-Ponts! (La Ville-de-Paris (1764-1782)) elle faisait 177 pieds français de long, 48 ½ de large et 23 de creux, soit 57,50 m × 15,75 m × 7,47 m. Selon les sources britanniques, elle faisait 185 pieds anglais et 7 ½ pouces de long par 53 pieds et 8 ½ pouces de large et 22 pieds et 2 pouces de creux, soit 56,58 m × 16,37 m × 6,76 (− 92 ㎝ ; + 61 ½ ㎝ ; − 71 ½ ㎝).

  8. ⒣ Si une quille de 193′ 10″ espagnols fait 47,84 m, alors une quille de 182′ 5″, plus courte de 11′ 5″, fait peut-être 47,84 m − 11′ 5″, donc 44,66 m (146,520′ anglais) si le pied de Burgos vaut 27,83 ㎝, et 44,56 m (146,180′ anglais) s’il vaut 28,74 ㎝. Si une largeur de 57′ 11″ vaut 16,54 m (≈ 54,098 pieds anglais), alors 57′ 9″ valent 16,49 m (54,097 ou 54,092 pieds anglais ; que le pied de Burgos fasse 27,83 ou 28,74 ㎝, le résultat ne change que de quelques millimètres). Quant à la jauge, elle ferait 146,520 × 54,097² ÷ 188 ≈ 2281 tonneaux anglais (environ 6460 ㎥) ou 146,180 × 54,092² ÷ 188 ≈ 2275 tonneaux anglais (environ 6440 ㎥). La différence que donnent les deux valeurs possibles du pied de Burgos est dérisoire et pour les calculs suivants je retiendrai la valeur intermédiaire de 27,8635 ㎝.
    Remarque :
    La formule de la Royal Navy pour estimer la jauge ne tient pas compte de la longueur totale mais seulement de la longueur de la quille, sous-estimant ainsi le volume des navires dont la quille est relativement brève, comme les trois-ponts espagnols.
    Si on prenait pour référence le Fénix de 1749 (deux-ponts de 80 canons), pris par la Royal Navy en 1780, on obtiendrait 58,71 m × 16,36 m et 2315 tonneaux anglais. Les ordres de grandeur des différences entre mesures espagnoles et mesures anglaises sont les mêmes pour tous les grands vaisseaux espagnols.

  9. ⒤ Si 210′ font 57,91 m, alors 213′ pourraient faire 58,75 m. Si une quille de 184′ fait 46,61 m, alors une quille de 182′ 5″ pourrait faire 46,17 m (151,469′ anglais). La largeur de la Santísima Trinidad mesurée par la Real Armada étant inférieure de 3 pouces à celle du Salvador del Mundo, on peut supposer que, selon la Royal Navy, elle aurait fait 16,48 m, soit 54,063′ anglais. Jauge : 151,469 × 54,063² ÷ 188 ≈ 2355 tonneaux anglais (environ 6670 ㎥).

  10. ⒥ Comparaison avec le San José :
    Si 213′ font 59,21 m, alors 220′ 6″ font peut-être 61,30 m. Si une quille de 193′ 10″ fait 47,84 m, alors une quille de 188′ pourrait faire 46,33 m (151,993′ anglais). Si 57′ 11″ font 16,49 m, alors 58′ font peut-être 16,56 m (54,326′ anglais). La jauge vaudrait alors : 151,993 × 54,326² ÷ 188 ≈ 2386 tonneaux anglais (≈ 6760 ㎥).
    Comparaison avec le Salvador del Mundo :
    Si 210′ font 57,91 m, alors 220′ 6″ pourraient faire 60,84 m. Si une quille de 184′ fait 46,61 m, alors une quille de 188′ pourrait faire 47,72 m (156,573′ anglais). La largeur finale de la Santísima Trinidad mesurée par la Real Armada étant de 58′ comme celle du Salvador del Mundo, on peut supposer que, selon la Royal Navy, elle aurait, comme lui aussi, fait 16,55 m, soit 54,292′ anglais. Jauge : 156,573 × 54,292² ÷ 188 ≈ 2455 tonneaux anglais (environ 6950 ㎥).
    Des billets du site Naves Real Armada ont traité de la Santísima Trinidad.

  11. ⒨ Billet sur les Royal-Louis de Trois-Ponts!
    Il me semble que cette réflexion est la millième sur Trois-Ponts!
    Merci à M. Nicolas Mioque pour ses remarquables billets !

  12. ⒫ Chiffres donnés par le billet de Trois-Ponts! sur cette page-ci. Un tonneau de poids français valait deux mille livres de 489,506g donc 979,012 ㎏.

  13. Three-Decks.org, Purísima Concepción. Aussi longue que le serait la Santísima Trinidad en 1796-1805 et plus large de 4 pouces, elle a une quille plus courte de 2 pieds, dimensions desquelles on déduit les valeurs que j’ai données.

  14. D’après un ouvrage anglais, à Trafalgar tous les vaisseaux anglais étaient peints avec leurs deux batteries en ocre jaune. Certains vaisseaux de la flotte combinée de Villeneuve étaient peints selon ce schéma, certains avec une seule bande en jaune ou rouge (vraisemblablement des ocres), d’autres tout en noir (vraisemblablement du noir de fumée), comme la Santa Ana ; quant à la Santísima Trinidad, chacune de ses quatre batteries était ocre rouge, et séparée des autres par des filets blancs.

    À propos de la peinture externe de navires de guerre étrangers au moment de Trafalgar, le capitaine William Stanhope Lovell, qui a participé au combat sur le Neptune, donne quelques détails intéressants. En parlant des navires des alliés, il dit :
    « Certains d’entre eux étaient peints comme les nôtres avec deux bandes jaunes ; certains avec une seule bande rouge ou jaune ; d’autres tout en noir; et la noble Santísima Trinidad, avec quatre lignes distinctes de rouge, avec un ruban blanc entre eux. … La Santa Ana …, était peinte toute en noir. … (Nelson) a remarqué que les ennemis avaient les cercles de fer autour de leurs mâts peints en noir. Il a donné l’ordre par signaux de blanchir ceux de sa flotte, afin que, au cas que tous les pavillons seraient emportés, ses navires puissent être distingués par leurs mâts et leurs cercles blancs. »

    About the external painting of foreign men-of-war at the time of Trafalgar, Captain William Stanhope Lovell, who took part in the action in the Neptune, gives some interesting particulars. Speaking of the ships of the allies, he says :  » Some of them were painted like ourselves with double yellow sides ; some with a single red or yellow streak; others all black; and the noble Santísima Trinidad, with four distinct lines of red, with a white ribbon between them. The Santa Ana , was painted all black. It was remarked by (Nelson) that the enemy had the iron hoops round their masts painted black. Orders were issued by signal to whitewash those of his fleet, that, in the event of all the ensigns being shot away, his ships might be distinguished by their white masts and hoops. « 

    William Laird Clowes, Clements Robert Markham, The Royal Navy. A History from the Earliest Times to the Present, volume 5, pages 25 et 26, S. Low & Marston, Londres, 1897.

  15. MISE À JOUR DU 7 DÉCEMBRE 2017 :

    Les informations que j’ai trouvées depuis m’ont prouvé que le déplacement des vaisseaux de la classe des États-de-Bourgogne était en réalité de 5032t, donc supérieur, quoique de fort peu, au déplacement de la Santísima Trinidad ( 4998t). Comme les autres dimensions de nos vaisseaux de 118 / 120 canons (selon les normes de la Royal Navy, 63,50 m × 16,70 m) étaient supérieures aux dimensions de la Santísima Trinidad (selon les normes de la Royal Navy, ≈ 61 m × 16,56 m), et qu’il m’est désormais possible de calculer les jauges non seulement selon la formule de la Royal Navy (respectivement 2747 et environ 2500 tjb), mais aussi selon les formules utilisées en France (respectivement 2490 et 2287 tonneaux) et en Espagne (respectivement 2897 et 2661 toneladas ; à noter que, dans ces deux pays, la jauge n’était guère utilisée que pour les navires civils), je conclus que nos vaisseaux de 118 / 120 canons étaient, selon tous les critères, un peu plus grands que la Santísima Trinidad.

    Les sources de ces chiffres se trouvent dans les commentaires en anglais que j’ai signés du nom de Nautique (avec quelques coquilles et entorses à la langue de Shakespeare).

    Par ailleurs, après vérification, la Purísima Concepción n’eut les dimensions que je lui avais accordées qu’après refonte, en 1806. Jusqu’alors elle avait la taille de son jumeau, le San José (59,21 m × 16,54 m, 2457 tjb). Son déplacement excédait sensiblement 4700t.

    Ainsi, le plus grand vaisseau du monde fut :

    – de 1756 à 1772, le quatrième le Royal-Louis (≈ 61 m × 17 m, ≈ 4800t, ≈ 2700 tjb) ;
    – de 1772 à 1779, la Bretagne (≈ 59 m × 16,7 m, ≈ 4600t, ≈ 2500 tjb) ;
    – de 1779 à 1780/1781, la Purísima Concepción pour le déplacement (59,21 m × 16,54 m, ≈ 4700t, 2457 tjb), et la Bretagne pour la jauge (≈ 59 m × 16,7 m, ≈ 4600t, ≈ 2500 tjb) ;
    – de 1780/1781 à 1788, la Purísima Concepción pour le déplacement (59,21 m × 16,54 m, plus de 4700t, 2457 tjb), et le Majestueux et le Terrible pour la jauge (≈ 60 m × 16,7 m, ≈ 4700t, ≈ 2600 tjb) ;
    – de 1788 à 1808, les vaisseaux de la classe des États-de-Bourgogne (63,50 m × 16,70 m, 5032t, 2747 tjb) ;
    – à partir de 1808 et pour quelques décennies, les vaisseaux de la sous-classe de l’Austerlitz, version élargie (≈ 63 m × 16,86 m, 5092t, ≈ 2800 tjb) de la classe des États-de-Bourgogne.

    Un grand merci à la modération du site TroisPonts!, et à Mme Margaret Muir, grâce à qui j’aurai pu rendre ces renseignements disponibles.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s