Les « Royal Louis » de la Marine française

Une tradition de la marine de l’Ancien Régime voulait que le plus beau, le plus grand et le plus puissant vaisseau de la flotte française soit toujours le Royal Louis. Du règne de Louis XIV jusqu’à celui de Charles X, il y eut en tout six vaisseaux, tous des trois-ponts, portant ce nom. Afin d’éviter toute confusion entre ces différents bâtiments, il m’a semblé important de faire une rapide description de chacun d’entre eux. J’ai effectué ce même travail avec les Soleil Royal.

  • Le premier Royal Louis 1667 – 1690.

Construit à Toulon par Rodolphe Gédéon, secondé par Laurent Coulomb. Lancé en 1668. Les caractéristiques de ce vaisseau sont à l’époque précisées par le commissaire au port de Toulon, Hayet dans sa Description du vaisseau Le Royal Louis, dédiée à messire Pierre Arnoul.
Dimensions : longueur 163 pieds (53 m) ; largeur 43 pieds 6 pouces (14,13 m) ; creux 20 pieds 8 pouces (6,74 m).
Armement : Hayet se contredit quelque peu concernant l’artillerie du Royal Louis. Il indique (page 21) que le vaisseau porte 12 pièces de 36, 18 pièces de 24, 30 pièces de 18, 30 pièces de 12 et 20 pièces de 8 (en tout 110 canons). Il indique également (page 3) qu’il compte 32 sabords à la première batterie, 28 à deuxième, 26 à troisième, 20 sur les gaillards et 4 sur la dunette. Face à ces contradictions, le spécialiste Jean Boudriot* estime que la première batterie comportait 12 canons de 36 et 18 canons de 24, ces derniers étant, suivant l’habitude de l’époque, placées aux extrémités de batterie ; l’armement de deuxième batterie devait être constitué de 30 canons de 18 livres ; la troisième batterie 26 canons de 12 livres ; et pour les gaillards 20 canons de 8 livres plus 4 sur la dunette. Suivant les indications de Hayet quant au nombre de canons de 12 et de 8 portés par le Royal Louis, doit-on en déduire que 4 canons de 12 armaient en partie les gaillards ? Difficile à dire…
En résumé : Première batterie : 30 canons (12 de 36 livres – 18 de 24 livres). Deuxième batterie : 30 canons de 18 livres. Troisième batterie : 26 canons de 12 livres. Gaillards : 20 canons de 8 livres. Dunettes : 4 canons de 8 livres. En tout, 110 canons.

  • Le deuxième Royal Louis 1692 – 1727.

Construit à Toulon par François Coulomb, dit Coulomb fils (son père était Laurent Coulomb). Mis en chantier le 9 avril 1692 et lancé le 22 septembre de la même année (le vaisseau est alors loin d’être terminé).
Dimensions : longueur 176 pieds (57,20 m) ; largeur 48 pieds (15,60 m) ; creux 23 pieds (7,47 m). Il est le vaisseau le plus important construit sous le règne de Louis XIV.
Armement : A l’origine, ce Royal Louis devait être armé de canons de 48 livres à sa première batterie. Rapidement, pour des raisons de stabilité du navire, on les remplaça par des pièces de 36. La deuxième batterie portait 32 canons de 18 livres, la troisième 30 canons de 12 livres ; sur les gaillard d’avant 6 canons et sur le gaillard d’arrière 10 canons, soit 16 canons de 8 livres ; sur la dunette 4 canons de 6 livres. En tout, 112 canons, tous en bronze.

  • Le troisième Royal Louis 1740 – 1742.

Mis en chantier à Brest, sur des plans de Blaise Ollivier, le 14 mars 1740. Le vaisseau brûle le 25 décembre 1742, alors qu’il était achevé jusqu’au 3e pont et que les baux des gaillards étaient en place. L’incendie dura six heures et tout fut détruit.
Dimensions : longueur 190 pieds (61,75 m) ; largeur 51 pieds 1 pouce (16,60 m) ; creux  24 pieds 4 pouces (7,90 m).
Armement : Batterie basse 32 canons de 36, deuxième batterie 34 canons de 18, troisième batterie 34 de 12, gaillards 18 canons de 8 et dunettes 6 canons de 4. Tous ces canons étaient prévus en bronze. En tout 124 canons.
Ce vaisseau aurait été le plus grand vaisseau de l’époque et le premier a être percé à 16 sabords à la batterie basse.

  • Le quatrième Royal Louis 1758 – 1772.

Construit à Brest, par Jacques Luc Coulomb, en principe sur les mêmes plans que le précédent Royal Louis.
Dimensions : elles sont donc identiques au Royal Louis de Blaise Ollivier : longueur 190 pieds (61,75 m) ; largeur 51 pieds 1 pouce (16,60 m) ; creux  24 pieds 4 pouces (7,90 m).
Armement : Son artillerie est toutefois sensiblement différente. Première batterie 32 canons de 36, deuxième batterie 34 canons de 24, troisième batterie 34 canons de 12, gaillard d’avant 6 canons de 8, gaillard d’arrière 10 canons de 8. Au total 116 canons.

  • Le cinquième Royal Louis 1779 – 1794.

Au début de la guerre d’Indépendance, la France met en construction quatre vaisseaux trois-ponts de 110 canons parmi lesquels un Royal Louis. Renommé le Républicain en 1792. Construit à Brest d’après les plans de Léon Michel Guignace.
Dimensions : longueur 182 pieds (59,15 m), largeur 50 pieds (16,25 m), creux 24 pieds 6 pouces (7,96 m).
Armement : Sa première batterie comportait à l’origine 30 canons de 48 livres. Ces canons seront remplacés par des canons de 36 en 1782. Deuxième batterie 32 canons de 24. Troisième batterie 32 canons de 12 livres. A l’origine, le gaillard d’avant portait 6 canons de 8 et le gaillard d’arrière 10. En 1783, cette artillerie fut réduite à 12 canons, toujours de 8 livres.

  • Le sixième Royal Louis 1811 – 1825.

Trois-ponts du type 118 canons de Sané. Construit à Toulon durant l’Empire sous le nom l’Impérial. Il est renommé le Royal Louis sous la Restauration. Possède les mêmes caractéristiques que les autres 118 canons de Sané, à savoir :
Dimensions : longueur 196 pieds 6 pouces (63,54 m) ; largeur 60 pieds (16,25 m) ; creux 25 pieds (8,12 m).
Armement : selon le règlement de 1806 : première batterie 32 canons de 36, deuxième batterie 34 canons de 24, troisième batterie 34 canons de 12, sur les gaillards 14 canons de 8 livres et 12 caronades de 36 livres ; soit au total 126 canons.

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* Un intéressant article de Jean Boudriot consacré aux Royal Louis, publié par la revue Neptunia (numéro 112 et 113), donne des informations supplémentaires sur ces vaisseaux. A noter que cet article est la principale source des informations données ici.

3 réflexions sur “Les « Royal Louis » de la Marine française

  1. A propos des canons de 48 du Royal-Louis, le comte de Guibert, le théoricien de l’ordre mince, dans des carnets de voyage rédigés apparemment lors d’une visite à Brest peu après le combat d’Ouessant (en bon fantassin il critique les marins sans aucune retenue) , écrit que la batterie Royale, en haut de Recouvrance, était armée de pièces de 48 livres provenant de l’ancien Royal-Louis. Cela indiquerait donc que le vaisseau qui a brûlé à Brest en 1742 aurait été équipé de pièces de 48.

  2. Bonjour. Il s’agit en vérité des canons de 48 destinés à l’origine à l’armement de la première batterie du Royal Louis de 1692. Comme indiqué dans l’article, pour des raisons de stabilité, le vaisseau fut finalement armé de canons de 36. Les canons de 48 servirent à l’armement de la batterie royale faisant partie des défenses de la rade de Brest.

    J’ajoute que contrairement au Royal Louis de 1779 qui porta, un temps seulement il est vrai, des canons de 48 à la batterie basse, les canons de 48 ne furent jamais installés sur le Royal Louis de 1692.

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