L’usage de l’article devant les noms des navires

Au temps de la marine à voiles, une tradition séculaire voulait que l’article fasse partie intégrante du nom des navires de guerre français et qu’il soit accordé, en genre et en nombre, avec celui-ci. Dans la plupart des cas, cet article apparaissait ainsi sur la poupe des navires. On donnait, en règle générale, à un vaisseau ou à un brick un nom masculin, et à une frégate ou à une corvette un nom féminin : les vaisseaux le Soleil Royal, le Tonnant, le Redoutable ; les frégates la Minerve, la Furieuse, la Belle-Poule… Des exceptions, toutefois, existaient : les vaisseaux la Ville de Paris, la Bretagne, la République française ; les frégates le Muiron, le Rubis, le Rhin. A la fin de l’Ancien Régime puis pendant la Révolution, le pluriel fit également son apparition : les vaisseaux les Deux-Frères, les États de Bourgogne, les Droits de l’Homme.

Décor de poupe, Ornements du Saint-Philippe, 1721. Musée national de la marine.

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Le Friedland, son nom et son lancement (1840)

Lancement du Friedland à Cherbourg le 4 avril 1840, par Antoine Chazal

Lancement du Friedland à Cherbourg le 4 avril 1840, par Antoine Chazal. Musée Thomas-Henry, Cherbourg-en-Cotentin.

« Le 4 avril 1840, à six heures et demie du matin, par un temps nébuleux, une brise froide agitant la plus haute marée, il se passait dans le port militaire de Cherbourg un de ces rares et majestueux événements où se révèle la puissance du génie de l’homme. On lançait à la mer le vaisseau le Friedland de 120 canons, aux acclamations de la ville et des environs, accourue pour assister à cette imposante cérémonie. »

Je publiais il y a quelques mois un billet « J’en ris encore » dans lequel j’expliquais que la multiplication des changements de nom des différents navires de guerre français entre 1793 et 1815, due aux nombreuses fluctuations politiques durant cette période, fut la cause de beaucoup de confusions, confusions que nous retrouvons d’ailleurs parfois encore aujourd’hui. J’avais alors cité pour l’exemple Pierre Le Conte et le cas du 118 canons l’Océan, trois-ponts qui porta pendant plusieurs jours deux noms officiels (!) J’aurais également pu évoquer le vaisseau de premier rang le Friedland, lancé à Cherbourg en 1840.

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« J’en ris encore »

On sous-estime parfois l’importance et la portée du nom d’un bâtiment de guerre. Le nom attribue une identité au navire, donnant à son équipage un véritable sentiment d’appartenance et de fierté. Illustration symbolique de la puissance de l’État, de la dynastie régnante ou encore du régime et de la politique du pouvoir en place, il représente le pays au service duquel le navire navigue. Il peut également être un message envoyé aux puissances étrangères. Bref, encore aujourd’hui, le choix du nom d’un bâtiment n’est jamais anodin et toujours très réfléchi, notamment pour les grandes unités !

On remarque, en analysant les différentes listes nominatives de la Marine française des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, que le changement de dénomination d’un bâtiment n’était pas rare à l’époque de la marine à voile. On constate ainsi qu’un même navire pouvait changer jusqu’à cinq fois de nom au cours de sa vie. Cette pratique du changement de nom apparut quelques fois dans l’histoire de la marine française : sous le règne de Louis XIV, puis de manière marquée de la Révolution jusqu’à la Monarchie de Juillet.

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La symbolique des noms de navires de guerre français

Un bref billet pour vous présenter un intéressant article, signé Martine Acerra, auteur de plusieurs ouvrages sur l’époque de la marine à voile, à propos de « La symbolique des noms de navires de guerre dans la marine française (1661-1815) ». (Histoire, économie et société. 1997, 16e année, n°1. pp. 45-61).

Résumé : « 969 noms différents ont été donnés aux 1376 vaisseaux et frégates ayant formé la flotte militaire française de Louis XIV à Napoléon 1er. Ces différents vocables quelquefois repris, noms ou adjectifs parfois d’origine mythologique, rarement de référence religieuse, évoquent quatre thèmes principaux : la mer, la guerre, la souveraineté, la géographie. Sous Louis XIV, la brutale augmentation numérique de la flotte permet au souverain d’en donner une image royale, étatique et indépendante du privé comme du local. Le thème guerrier progresse au XVIIIe siècle en adéquation avec le changement de la guerre sur mer en une véritable entreprise de destruction. En parallèle, on remarque la disparition presque complète du thème maritime au cours des périodes révolutionnaire et impériale qui sont aussi l’occasion d’affirmer une légitimité différente. L’Empire montre une nette propension à « continentaliser » la marine par le biais d’appellations nouvelles. Le terrestre l’emporte sur le maritime. La flotte devient le miroir des conquêtes territoriales et des victoires, comme si nommer un vaisseau Austerlitz effaçait le désastre de Trafalgar. »

Bonne lecture !