Trafalgar : exemple de « Fake news » en 1805


Lu dans la Monographie du bateau canonnier modèle an XII de Sophie Muffat, Pierre Grandvilliers et Denis Désormière, pages 111 et 112, un passage qui m’a particulièrement étonné à propos d’un extrait du Naval Chronicle citant le journal français le Moniteur universel.

Le Naval Chronicle était un journal mensuel anglais qui fut publié de janvier 1799 à décembre 1818 et qui contenait des articles à propos des choses de la mer et en particulier de la Royal Navy. Comme l’explique Sophie Muffat, le Naval Chronicle, comme plusieurs autre journaux anglais, traduisait et publiait régulièrement des articles de la presse française, et notamment du Moniteur universel, journal officiel français à l’époque, et celui-ci faisait d’ailleurs de même avec les journaux anglais.

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Qu’est ce qu’un trois-ponts ?

Il y a plusieurs mois, le marquis de Seignelay, auteur du blog Le Fauteuil de Colbert, blog traitant de la géopolitique et de la stratégie navale moderne, me contactait afin de me poser quelques questions générales sur les vaisseaux à trois ponts, et la place de ce type de navire dans les marines anciennes. L’idée était de publier mes réponses sur son site, réservé à un lectorat ne s’intéressant pas forcément au sujet.

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La bataille de Trafalgar par Auguste Mayer

En 2005, l’historien naval Rémi Monaque publiait aux éditions Tallandier à l’occasion du bicentenaire de la bataille un remarquable ouvrage sur Trafalgar (21 octobre 1805), récompensé à l’époque par le prix de la Fondation Napoléon. La couverture du livre représentait une partie d’une célèbre peinture d’Auguste Mayer (1805-1890), sur laquelle on pouvait distinguer trois bâtiments britanniques aux prises avec un vaisseau français en très mauvaise posture, mais luttant malgré tout. Le 4e de couverture de cet ouvrage nous indiquait que ce vaisseau était le « Redoutable, par Mayer, Paris, Musée de la Marine ». A l’époque en effet, cette peinture était officiellement intitulée « Le Redoutable », parfois même « Le Redoutable à Trafalgar ». Il s’agit là d’une étonnante erreur car l’œuvre d’Auguste Mayer représente en vérité le Bucentaure français aux prises avec un trois-ponts anglais nommé… le Sandwich !

On a effectivement longtemps pensé que l’œuvre de Mayer représentait le vaisseau de 74 canons le Retoutable, commandé par le capitaine de vaisseau Lucas lors de la bataille de Trafalgar, face au trois-ponts Victory portant le pavillon de l’amiral Nelson (d’autres sources affirmaient qu’il s’agissait du Temeraire, autre trois-ponts anglais ayant également participé à la bataille de Trafalgar). Cela paraissait d’autant plus logique que l’action du Redoutable, de son commandant et de son équipage, avait été des plus glorieuses durant la bataille. Le modeste vaisseau à deux-ponts français de 74 canons tenant tête au trois-ponts anglais de 100 canons de l’amiral Nelson, qui mourra durant ce duel, symbole du courage français triomphant de l’inégalité des armes et du nombre. Après tout, ce type d’œuvre n’est il pas censé illustrer les hauts faits des souverains et la gloire des armées ? La peinture remplissait son objectif et l’honneur de la marine française et de son pavillon était sauf, malgré la défaite.

Au début des années 2000 pourtant, un passionné, peintre de marine anglais, s’intéressa de plus prés à la peinture et fit d’étranges découvertes.

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Monographie : « Bateau canonnier, modèle An XII »

"Monographie du bateau canonnier de l'an XII.

Je signale la parution à la mi-septembre d’une étude complète sur le fameux bateau canonnier de l’an XII, construit au tout début du XIXe siècle à plusieurs centaines d’exemplaires pour la flottille de Boulogne, en vue d’une tentative d’invasion de l’Angleterre par les armées de Napoléon Bonaparte.

Cette importante monographie, comptant une trentaine de plans et 230 pages environ, est signée Sophie Muffat pour la partie historique, Pierre Grandvilliers pour la partie technique, et Denis Desormière pour les plans du bateau. L’ouvrage présente en effet les différentes tentatives d’invasion de l’Angleterre depuis l’Ancien Régime jusqu’à l’Empire, l’évolution technique dans le temps de ce navire de débarquement, ainsi que des plans très détaillés de celui-ci à l’échelle du 1/36e.

Cette étude a, de l’aveu même de M. Pierre Grandvilliers, nécessité de lourds sacrifices pour ses auteurs : « Cinq ans de travail et de recherches, des milliers de kilomètres à travers la France, de centres d’archives en bibliothèques : Vincennes, Cherbourg, Rochefort, Rouen, Le Havre, Saint Malo, Nantes, Bordeaux, Boulogne bien sûr, et de plus lointaines hors de France, des milliers de documents historiques étudiés, correspondance, décrets, etc. Ainsi que des centaines d’heures de dessins pour les plans ».

Il est à noter que cette étude a reçu la caution officielle de la Fondation Napoléon par l’apposition du logo officiel sur la jaquette de l’ouvrage, avec la mention « Recommandé par la Fondation Napoléon ».

Le prix de la monographie est fixé à 95 euros par souscription jusqu’à la fin du mois de septembre, il sera ensuite de 105 euros.

Trafalgar (1805) – Documentaire Arte

Je me permets de vous encourager à voir, ou à revoir, cet intéressant documentaire, signé Fabrice Hourlier et datant de 2007, à propos de la célèbre bataille de Trafalgar. On ne connait que trop bien le désastre subi par les forces navales franco-espagnoles durant cette bataille, qui fut paradoxalement aussi importante qu’inutile. Inutile car, au moment de la bataille, ce fameux 21 octobre 1805, Napoléon et la Grande Armée ne sont plus à Boulogne. L’objectif n’est plus Londres, mais Vienne… Importante de par ses conséquences : ne pouvant envahir l’Angleterre, et ayant constaté les faiblesses de sa marine et son incapacité à pouvoir vaincre sa rivale britannique, Napoléon va vouloir ruiner son ennemi. Le Blocus continental ne suffira pas et l’Empereur cherchera la solution en Russie afin d’achever sa domination sur le continent. Comme l’écrit si justement Philippe Masson : « Par une ironie de l’histoire, au lendemain de l’échec de la bataille d’Angleterre de l’été 1940, Hitler en arrivera exactement à la même conclusion. Dans un cas comme dans l’autre, le sort de la lutte entre la puissance navale et la puissance terrestre se jouera dans les immenses étendues de l’Est sur un énorme coup de poker ». Ainsi les deux hommes iront « inutilement jusqu’à Moscou, faute d’avoir pu passer le Pas-de-Calais » (Jacques Bainville). Pour l’historien Jean Tulard, « Après Trafalgar, l’Empereur est vaincu, sans le savoir encore ».