Skyfall – La dernière scène

(Je conseille aux personnes n’ayant pas encore vu le film de ne pas lire ce billet, et notamment son dernier paragraphe.)

Souvenez-vous, c’était il y a environ un an, je commentais l’une des plus remarquables scènes (selon moi) du dernier James Bond, le fameux Skyfall. La dernière mission de l’agent britannique tourne mal, 007 a échoué et les gros bonnets du MI6 se demandent s’il n’est pas temps de le mettre à la retraite. James est assis pensif à la National Gallery devant le Fighting Temeraire, bâtiment légendaire partant à la casse, remorqué par un navire à vapeur, plus moderne, plus jeune… Le parallèle entre James Bond et le vaisseau à voile est évident. Je précisais en commentaire que dans la toute dernière scène du film, celle où l’agent 007 discutait avec Mallory, l’on pouvait distinguer un autre tableau marine, représentant de toute évidence un combat naval. Malheureusement, le film venait alors tout juste de sortir dans les salles de cinéma, et je n’avais pas la possibilité de pouvoir revisionner la scène afin d’analyser la peinture. Un an plus tard, la situation n’est plus la même et notre enquête peut commencer…

Zoomons un peu sur le tableau :

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

L’image est très flou, mais en concentrant notre attention sur le trois-ponts à gauche, on peut remarquer que le vaisseau dispose en fait de quatre batteries continues. On devine donc que les vaisseaux représentés datent du début du XIXe siècle, probablement de l’époque napoléonienne, car les grandes batailles navales deviennent plus rares après 1815. On pense naturellement au fameux Santissima Trinidad, d’autant plus que le pavillon du vaisseau semble rouge. Nous regardons un film anglais, on se doute donc qu’il s’agit d’une représentation, soit de la bataille d’Aboukir (1er aout 1798), soit de la bataille de Trafalgar (21 octobre 1805). On sait qu’aucun trois-ponts anglais n’était présent à Aboukir, l’amiral Nelson n’étant pas encore sur le fameux Victory à cette époque, mais sur le 74 canons Vanguard. En vérité, un seul trois-ponts a participé à la bataille d’Aboukir : le 118 canons français l’Orient, vaisseau amiral de Brueys. Il est peu vraisemblable qu’il s’agisse du vaisseau représenté. On se concentre donc sur la bataille de Trafalgar, d’autant plus que le Santissima Trinidad y a participé. Direction le site internet du National Maritime Museum. On tape « Trafalgar » dans la barre de recherche : « 2065 éléments trouvés ». Ça s’annonce difficile…

Finalement, à force de patience, on tombe sur une œuvre de Thomas Buttersworth (1768–1842), marin dans la Royal Navy et auteur de nombreuses œuvres marines :

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La peinture ressemble fortement à notre tableau mais il est clair que ce n’est pas elle. Le deuxième vaisseau à gauche (derrière le trois-ponts) n’est pas positionné de la même manière, et, à droite, le navire passant à l’arrière du vaisseau français est carrément absent sur notre premier tableau.

Heureusement, le site du National Maritime Museum nous apprend plusieurs choses. Le trois-ponts à gauche est bien le Santissima Trinidad espagnol, violemment canonnée par le Victory de Nelson, idéalement placé derrière lui. Le vaisseau à droite est le Bucentaure français, le bâtiment derrière lui est le Neptune anglais. Tout à fait à droite, le navire « coupé » par l’image est le Leviathan anglais. Derrière, on distingue les poupes du Redoutable français, du Temeraire anglais et du Neptuno espagnol. En arrière plan se trouve le Royal Sovereign anglais aux prises avec la Santa Ana espagnole. On aperçoit également la frégate anglaise Euryalus.

Le site nous indique en outre que Thomas Buttersworth a peint plusieurs variantes de cette œuvre. De toute évidence, nous sommes sur la bonne voie. Finalement, après quelques recherches sur le net, nous tombons sur cette nouvelle peinture :

La scène représentée ici se déroule semble t’il quelques secondes avant celle représentée dans le précédente œuvre. Elle est a priori identique au tableau du bureau :

En comparant attentivement les deux images, on remarque toutefois quelques petites différences ici et là : les nuages, le pavillon tricolore du vaisseau de droite ou, le plus évident, le centre du tableau. Le style même du dessin, également, semble différent, ce qui laisse penser que le tableau du bureau est une variante, signée Thomas Buttersworth ou non, de l’œuvre dernièrement présentée.

Quoi qu’il en soit, notre enquête est bouclée. Sans grande surprise, le tableau est bien une représentation de la bataille de Trafalgar, et nous ne pouvons qu’être admiratif devant la symbolique de la dernière scène de Skyfall. Car, je dois bien l’avouer, j’aime à penser que ce tableau n’a pas été mis là par hasard. A Trafalgar, comme dans Skyfall, les Anglais sont vainqueurs, mais le triomphe est chèrement payé car, dans un cas comme dans l’autre, ils perdent leur amiral adoré…

2 réflexions sur “Skyfall – La dernière scène

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