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« J’en ris encore »

On sous-estime parfois l’importance et la portée du nom d’un bâtiment de guerre. Le nom attribue une identité au navire, donnant à son équipage un véritable sentiment d’appartenance et de fierté. Illustration symbolique de la puissance de l’État, de la dynastie régnante ou encore du régime et de la politique du pouvoir en place, il représente le pays au service duquel le navire navigue. Il peut également être un message envoyé aux puissances étrangères. Bref, encore aujourd’hui, le choix du nom d’un bâtiment n’est jamais anodin et toujours très réfléchi, notamment pour les grandes unités !

On remarque, en analysant les différentes listes nominatives de la Marine française des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, que le changement de dénomination d’un bâtiment n’était pas rare à l’époque de la marine à voile. On constate ainsi qu’un même navire pouvait changer jusqu’à cinq fois de nom au cours de sa vie. Cette pratique du changement de nom apparut quelques fois dans l’histoire de la marine française : sous le règne de Louis XIV, puis de manière marquée de la Révolution jusqu’à la Monarchie de Juillet.

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Brève histoire de l’École navale (1er novembre 1830)

Nous sommes aujourd’hui le 1er novembre, et comme tous les 1er novembre depuis 183 ans, l’École navale, officiellement née en 1830 comme école flottante, célèbre son anniversaire. L’occasion de présenter une brève histoire de cette institution, chargée comme vous le savez probablement d’assurer la formation initiale des futurs officiers de la Marine nationale.

L’origine du vaisseau-école en France remonte en fait au décret du 27 septembre 1810, lorsque Napoléon, souhaitant réorganiser la formation des officiers de marine, avait créé deux Écoles spéciales de marine : l’une à Brest sur le Tourville, et l’autre à Toulon sur le Duquesne. Les deux navires avaient été disposés pour permettre des études suivies, avec des salles de cours dans la batterie haute et des bureaux et hamacs pour les élèves dans la batterie basse. Les écoles flottantes n’étant aucunement navigantes, plusieurs corvettes furent annexées aux deux vaisseau-écoles pour apprendre aux jeunes élèves l’art de l’appareillage et de la navigation.

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L’America, premier vaisseau de la marine américaine

En octobre 1775, six mois après le début de la Guerre d’Indépendance américaine, le Continental Congress réuni à Philadelphie, désireux de doter la jeune république américaine d’une marine de guerre, forme le Naval Commitee et le charge de créer et de développer la Continental Navy, ancêtre si l’on peut dire de la fameuse US Navy. Composé de trois puis de sept membres, ce comité devient en décembre de la même année le Marine Commitee, ses attributions étant étendues à l’ensemble des affaires maritimes.

La mission du Marine Commitee est loin d’être simple. Il peut toutefois s’appuyer sur l’expérience des chantiers de construction de la côte atlantique qui, depuis un siècle, construisent des navires pour la marine anglaise, notamment marchande, ainsi que sur les marins et officiers qui ont jusqu’alors servi dans la flotte de Sa Majesté. Parmi eux se trouve le jeune lieutenant de vaisseau John Paul Jones, qui sut résumer une évidence en une formule restée célèbre : « Without a respectable Navy, alas America ! »

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Skyfall – La dernière scène


(Je conseille aux personnes n’ayant pas encore vu le film de ne pas lire ce billet, et notamment son dernier paragraphe.)
Souvenez-vous, c’était il y a environ un an, je commentais l’une des plus remarquables scènes (selon moi) du dernier James Bond, le fameux Skyfall. La dernière mission de l’agent britannique tourne mal, 007 a échoué et les gros bonnets du MI6 se demandent s’il n’est pas temps de le mettre à la retraite. James est assis pensif à la National Gallery devant le Fighting Temeraire, bâtiment légendaire partant à la casse, remorqué par un navire à vapeur, plus moderne, plus jeune… Le parallèle entre James Bond et le vaisseau à voile est évident. Je précisais en commentaire que dans la toute dernière scène du film, celle où l’agent 007 discutait avec Mallory, l’on pouvait distinguer un autre tableau marine, représentant de toute évidence un combat naval. Malheureusement, le film venait alors tout juste de sortir dans les salles de cinéma, et je n’avais pas la possibilité de pouvoir revisionner la scène afin d’analyser la peinture. Un an plus tard, la situation n’est plus la même et notre enquête peut commencer…
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Des femmes à Trafalgar !

Jusqu’au XVIIIe siècle, bien qu’il ait existé de nombreuses femmes pirates plus ou moins célèbres (Alvilda, Mary Read, Anne Bonny, Grace O’Malley, etc.), les femmes n’étaient en principe pas tolérées à bord de la plupart des bâtiments de mer. Pour les marins, une présence féminine sur un navire portait malheur. Pour les autorités, à l’image des terribles sirènes d’Ulysse, la présence de femmes à bord ne pouvait engendrer que frustrations et jalousies, et entrainer la perte de l’équipage. L’ordonnance du 15 avril 1689 régissant la Marine précisait ainsi dans son article 35 : « Sa Majesté défend aux officiers de ses vaisseaux de mener des femmes à bord pour y passer la nuit ou pour plus longtemps ». On sait par exemple que l’amiral Yves de Kerguelen fut jugé et condamné en 1775 pour avoir (entre autre) fait embarquer clandestinement sa jeune maîtresse à bord de son navire. A partir de la fin du XVIIIe siècle, cependant, les choses commencèrent à changer et les femmes furent de plus en plus acceptées sur les navires de guerre.

Un marin de la Royal Navy, William Robinson, raconte ainsi dans ses mémoires publiés en 1836 que durant la bataille de Trafalgar (21 octobre 1805), une jeune Française embarquée sur le 74 canons l’Achille fut sauvée de la noyade par une embarcation anglaise. Prénommée Jeannette, la rescapée raconta que peu avant la bataille, les femmes présentes sur les vaisseaux français furent envoyées à terre pour leur sécurité. Ne voulant pas quitter son mari, marin sur l’Achille, elle se déguisa en homme et resta sur le navire. Pendant le combat, l’Achille prit feu et explosa. Son mari fut tué. Quant à Jeannette, repêchée entièrement nue, elle aurait été vêtue et réconfortée à bord du HMS Revenge. Elle fut débarquée peu de temps après à Gibraltar.

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Les « Soleil Royal » de la Marine française

Le Soleil Royal (1689), par Albert Brenet (1903-2005).

Le règlement du 4 juillet 1670 précise : « Les seuls vaisseaux le Royal-Louis et le Soleil Royal, auront un château sur l’avant de leur troisième pont ; et à l’égard de tous les autres vaisseaux Sa Majesté défend d’y en faire aucun ». Cette règle illustre bien la volonté quasi-officielle de Louis XIV de faire du Royal Louis au Levant (Toulon) et du Soleil Royal au Ponant (Brest) des vaisseaux « hors-catégorie », les fleurons de la Marine royale.

Ayant déjà listé les six Royal Louis de la Marine française, ceci afin d’éviter toute confusion entre ces différents vaisseaux, j’entreprends aujourd’hui la même démarche avec les Soleil Royal.

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Des vaisseaux français construits en Russie ? (1808)

Je me suis récemment procuré un ouvrage devenu relativement difficile à trouver, Traversay, un Français ministre de la Marine des Tsars écrit en 1996 par Madeleine du Chatenet, arrière-petite-nièce de Jean-Baptiste de Traversay, officier de marine français s’étant distingué durant la Guerre d’Indépendance avant d’émigrer – au début de la Révolution – en Russie où il fut fait amiral et ministre de la marine de 1811 à 1828.

Dans cet ouvrage, très intéressant car portant sur un homme au destin exceptionnel et une marine méconnue, j’ai été surpris d’apprendre l’existence d’un projet franco-russe, datant du début de l’année 1808 (au lendemain du fameux traité de Tilsit donc), consistant à faire construire en Russie des vaisseaux de 74 canons pour le compte de la marine française. Une convention signée le 5 février, date française (le 24 janvier, date russe), entre le comte Tolstoi, ambassadeur de Russie auprès de Napoléon et le ministre de la Marine français Denis Decrès stipule ainsi qu’un « certain nombre de vaisseaux de ligne et autres bâtiments de guerre doivent être construits afin de concourir au rétablissement de la marine française ». Officiellement, le projet ne pourra finalement être réalisé par pénurie de bois de chêne.

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Napoléon voulait des frégates de 24 !


A propos des grandes frégates portant des canons de 24, Jean Boudriot, éminent spécialiste en archéologie navale que l’on ne présente plus, écrit dans l’un de ses articles : « Malgré l’intérêt de ces nouvelles frégates nous en abandonnons la construction, prétextant que leur coût est aussi élevé que celui d’un vaisseau de soixante-quatorze canons et qu’il est préférable, à dépense égale, de construire un vaisseau de ligne. La guerre de 1812 à 1814 oppose les États-Unis à l’Angleterre. L’Angleterre possède un matériel naval considérable dont ses ports sont encombrés. Les Américains au contraire ne disposent que d’une marine réduite. S’ils se contentent de construire des bâtiments analogues à ceux de I’Angleterre, il est vain d’espérer parvenir à une parité de force, c’est évident. La jeune marine américaine choisit donc délibérément d’utiliser de grandes et fortes frégates armées de canons longs de 24 livres. Surclassant les frégates anglaises, et bien manœuvrées, elles peuvent échapper le cas échéant à plusieurs frégates ou vaisseaux. Les événements vont justifier de ce choix et l’on peut exprimer un regret, celui de ne pas l’avoir fait nous-mêmes, que ce soit sous la Révolution ou I’Empire. »

La Marine française ne construisit que quatre frégates de 24 – la Résistance, la Vengeance, la Forte et l’Égyptienne – pendant la Révolution, et aucune sous l’Empire. Raison invoquée : un coût trop important. Constatant cependant le succès des grandes frégates américaines face à la Royal Navy, on ordonna tardivement la construction de plusieurs navires de ce type en 1813. Malheureusement, l’Empire étant sur le point d’être vaincu, aucun ne fut mis en chantier. La France ne recommença finalement à construire des frégates portant du 24 qu’à partir de 1818, au début de la Restauration.

L’histoire parait bien simple. Et pourtant…

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