Des vaisseaux français construits en Russie ? (1808)

Je me suis récemment procuré un ouvrage devenu relativement difficile à trouver, Traversay, un Français ministre de la Marine des Tsars écrit en 1996 par Madeleine du Chatenet, arrière-petite-nièce de Jean-Baptiste de Traversay, officier de marine français s’étant distingué durant la Guerre d’Indépendance avant d’émigrer – au début de la Révolution – en Russie où il fut fait amiral et ministre de la marine de 1811 à 1828. Dans cet ouvrage, très intéressant car portant sur un homme au destin exceptionnel et une marine méconnue, j’ai été surpris d’apprendre l’existence d’un projet franco-russe, datant du début de l’année 1808 (au lendemain du fameux traité de Tilsit donc), consistant à faire construire en Russie des vaisseaux de 74 canons pour le compte de la Marine française. Une convention signée le 5 février, date française (le 24 janvier, date russe), entre le comte Tolstoi, ambassadeur de Russie auprès de Napoléon et le ministre de la Marine français Denis Decrès stipule ainsi qu’un « certain nombre de vaisseaux de ligne et autres bâtiments de guerre doivent être construits afin de concourir au rétablissement de la marine française ». Officiellement, le projet ne pourra finalement être réalisé par pénurie de bois de chêne.

Il faut dire qu’à cette époque, la fourniture des bois pour la construction des navires est un problème majeur pour la Marine russe, aussi bien dans ses chantiers du Nord que dans ceux du Sud. Brun de Sainte-Catherine, ingénieur-constructeur français au service de la Russie que j’ai déjà évoqué sur ce blog, écrit à l’amiral de Traversay à ce propos : « Nous avons une grande insuffisance de bois de chêne, il est très difficile de s’en procurer malgré la quantité de forêts placées en différents points de l’empire ; une partie seulement est connue et leur mode d’administration n’est pas celui que l’activité et l’économie exigent. Les chênes des forêts de la rive droite de la Volga, dans les forêts de Kazan, appartenant à la Couronne, prennent un intervalle de deux ans pour effectuer leur transport jusqu’à Saint-Pétersbourg, mais ils conviennent parfaitement car ils donnent « les bois courbauds » pour construire les vaisseaux et les frégates dans la meilleure forme. Ceux des forêts de Smolensk et de Novogorod sont plus proches de nos arsenaux mais nous les rejetons pour leurs vices, dans une certaine porosité. Quant à ceux de Livonie et d’Esthonie, ils ont été ruinés par des coupes sauvages sans respect de l’âge et les forêts sont devenus des taillis. »

Nommé ministre de la marine russe, Traversay fait de cette question une priorité. Dés l’automne 1809, il détermine un programme de relance des constructions de vaisseaux de ligne dans les chantiers de l’empire. Il écrit : « De la hache du bucheron à la victoire sur les mers, c’est l’ampleur d’un immense travail pyramidal qui ne peut être bien exécuté qu’à travers le temps. » Une bien belle conclusion pour un bien modeste billet…

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