Vasa : effets d’un tir en plein bois

Expérience intéressante réalisée en Suède en 2014 par des membres de l’Association des Amis du Musée Vasa (Vasamuseets Vänner). Le canon utilisé est une réplique exacte d’un canon de bronze de 24 livres, type de canon qui armait les batteries principales des vaisseaux de premier rang au milieu du XVIIe siècle, dont le Vasa suédois* qui portait 64 canons dont 48 de 24 livres.

Le canon de bronze armait habituellement les plus grands vaisseaux du XVIIe siècle. Paradoxalement moins lourd à calibre égal que le canon de fer, le canon de bronze avait également l’avantage d’être moins dangereux à l’utilisation. Très onéreux, il fut toutefois abandonné au XVIIIe siècle.

L’expérience qui nous intéresse ici consistait à réaliser plusieurs tirs d’essai avec ce canon de 24 contre une reconstitution de la muraille d’un vaisseau réalisée en chêne afin d’en observer les effets. Le résultat amène plusieurs observations :

1. Il existait à l’époque de la marine à voile différentes sortes de tir :
– le tir à démâter, qui avait pour but de détruire mâture et gréement ;
– le tir en plein bois, à hauteur de batterie ;
– le tir à couler bas, au niveau de la ligne de flottaison.

Le tir réalisé dans l’expérience est en plein bois. L’objectif de ce tir était d’annihiler l’artillerie et les canonniers ennemis. On le constate ici, ce type de tir était particulièrement meurtrier pour le personnel, du fait surtout des éclats de bois. Les blessures infligées par ces derniers étaient souvent mortelles ou nécessitaient l’amputation du membre touché.

On constate également que le boulet fait peu de dégâts sur la coque. Et pour cause : il s’agit d’un boulet, non d’un obus, il n’explose pas. Il était donc rare qu’un vaisseau coule pendant la bataille à cause des tirs ennemis. La plupart du temps, un vaisseau « perdu » était un vaisseau capturé. Le tir à couler bas, évoqué plus haut, qui consistait à viser au niveau de la ligne de flottaison, était en outre peu efficace car les quelques trous provoqués par ces tirs pouvaient aisément être colmatés par le charpentier au moyen de tampons suifés.

2. Le recul du canon est également très impressionnant. Sur les vaisseaux, un tel recul n’était pas acceptable du fait de l’espace très limité dans la coque. On limitait par conséquent le recul du canon avec des cordages, notamment la brague.

3. La puissance de la détonation est également notable. Pour poursuivre la comparaison commencée plus haut entre le canon de fer et le canon de bronze, il est intéressant de noter que ce dernier était beaucoup plus bruyant que le premier. Un défaut sans réelle conséquence…

4. L’importance de la fumée qui se dégage du canon après le tir avait toutefois plus de conséquence ! Il faut imaginer plusieurs dizaines de vaisseaux portant entre 50 et 100 canons chacun se tirer dessus pendant plusieurs heures ! A titre d’exemple, il y avait à la bataille de Bévéziers en 1690 près de 130 vaisseaux français, anglais et néerlandais. En tout 9000 canons environ. La fumée provoquée par les tirs de ces canons était certainement très importante et limitait assurément la vision des combattants.

Autant d’éléments qui nous aident à imaginer l’horreur vécue par les équipages des vaisseaux lors d’une bataille navale à l’époque de la marine à voile !

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*Le Vasa suédois – l’un des plus grands vaisseaux et les plus décorés de son temps – fut construit entre 1626 et 1628 et a la particularité d’avoir sombré dés sa première sortie le 10 août 1628. Quelques minutes seulement après avoir largué les amarres en grande pompe devant le palais royal de Stockholm, un coup de vent fit en effet incliner fortement le vaisseau vers bâbord, causant une voie d’eau par les sabords de la batterie basse restés ouverts. Malgré les multiples tentatives de l’équipage pour redresser le vaisseau, le Vasa s’enfonça rapidement dans les flots, sous les yeux stupéfaits d’une foule immense venue assister à l’appareillage du magnifique navire. Son épave, intacte, fut heureusement renflouée en 1961 et est exposée depuis 1990 au Vasamuseet à Stockholm.

Une réflexion sur “Vasa : effets d’un tir en plein bois

  1. Le problème du chêne c’est qu’il a une fibre longue et l’orme une fibre courte qui sera utilisée pour les affûts de canons.

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