Armement du vaisseau à trois-ponts le Montebello (1834)

Un extrait très intéressant de la France Maritime (édition 1837, volume 2, p.201) – revue fondée en 1834 dont j’ai déjà parlé sur ce blog – à propos de l’armement à Toulon de ce vaisseau effectué en 1834 (à cette époque, le bâtiment n’a bien entendu pas encore été transformé en mixte) :

« ARMEMENT D’UN VAISSEAU A TROIS-PONTS – Depuis un grand nombre d’années on n’avait point armé dans nos ports de vaisseau de guerre proprement dit. L’armement du Montebello à Toulon offre donc à l’observation un champ assez neuf, eu égard aux importantes modifications que l’art des constructions et les nouvelles combinaisons de détails maritimes ont subies. Les vingt années de paix et les rapports fréquents que ce laps de temps a offerts à toutes les marines européennes, ont amené par initiations successives des améliorations nombreuses dans les dispositions intérieures des vaisseaux. Un journal qui, bien que jeune, a déjà obtenu un succès mérité, la Chronique de Paris, a publié, il y a quelque temps, un aperçu de l’armement d’un vaisseau à trois ponts, qui offre les plus curieux détails pour les gens du monde comme pour les hommes spéciaux. La conformité du sujet traité dans la Chronique, avec le titre de cet article, y enchaînait naturellement les détails que nous extrairons de ce journal. C’est aussi de l’armement du Montebello dont il y est question.

Le fer reçoit chaque jour un emploi plus étendu dans la marine militaire ; aux énormes câbles de chanvre, qui étaient susceptibles de se couper sur les fonds de roche ou de corail, on a substitué des câbles-chaînes dont la longueur est de 300 mètres. Ces câbles-chaînes ont nécessité des fourrures d’écubiers en fonte et d’autres pièces en fonte pour préserver les bittes du frottement. L’emploi de ces chaînes a donné lieu à l’invention du stopper-Béchameil, machine fort ingénieuse et très utile, et du cercle de cabestau-Barbotin, ouvrage également en fer fondu. C’est avec un mécanisme en fer qu’on fixe l’extrémité du câble-chaîne opposée à l’ancre, et qu’on peut, avec facilité et promptitude, la précipiter au fond de la mer quand il y a urgence. On mouille les ancres avec des mouilleurs en fer, qui sont aussi d’invention moderne. Les caisses en tôle, qui contiennent l’eau dans la cale et la rendent incorruptible, n’étaient pas en usage dans les guerres de l’empire. Le fer a reçu encore une foule d’autres emplois qui en rendent la consommation immense dans les arsenaux, et ont beaucoup modifié les armements actuels.

L’arrimage de la cale, par suite de l’emploi des caisses ou tubes en tôle, a éprouvé des modifications qui se sont étendues aux emménagements. Ce qui avait existé à bord du Montebello ne pouvait donc pas servir de règle pour le nouvel armement. Il était important de bien exécuter cet armement, afin d’établir quelque chose de fixe pour les armements futurs, et par conséquent d’en confier la direction à un officier instruit, zélé, et en état de discerner, entre les innovations apportées dans les diverses marines, celles qui sont le plus avantageuses et le mieux appropriées à un vaisseau de 120 canons. M. le capitaine de frégate Turpin, qui a été désigné par le ministre pour diriger cette opération difficile, s’en est acquitté avec une intelligence et une persévérance dignes des plus grands éloges. Notre marine pourra montrer aux nations que si une condescendance honteuse nous avait trop longtemps condamnés à n’armer que le nombre et l’espèce de bâtiments déterminés par l’amirauté anglaise, nous ne sommes plus empêchés maintenant que par les limites du budget.

L’armement d’un vaisseau de ligne est une des opérations les plus délicates qu’ait à exécuter un officier de marine ; il ne doit pas se contenter seulement de placer avec intelligence les objets d’armement et les vivres dans l’ordre le plus convenable pour la consommation journalière, il faut encore que le poids de chaque partie du chargement du vaisseau soit en rapport avec le déplacement d’eau correspondant ; que le centre de gravité, placé à une hauteur convenable, concorde avec le centre vélique, et que la stabilité du vaisseau armé soit telle, que toutes ces circonstances réunies lui donnent les qualités désirables pour le combat et la navigation. C’est pour atteindre ce résultat que de notables changements ont été apportés à l’armement du Montebello. Le lest en fer a été diminué pour que l’abaissement du plan de l’eau ne fasse pas trop descendre le centre de gravité ; l’artillerie du pont supérieur ou des gaillards n’est plus placée aux extrémités qu’elle surchargeait, et entre les haubans qui en gênaient le tir ; elle est en belle au milieu des côtés du vaisseau ; le nombre total des bouches à feu se trouve ainsi réduit à 120, au lieu de 132 que le vaisseau a portées avant 1813, et pourtant la force réelle n’en est pas diminuée. Les voies de communication, plus vastes et mieux entendues, permettront aux 1089 hommes qui doivent en former l’équipage de se présenter très promptement sur le pont pour la manœuvre ou pour l’abordage. L’hôpital est emménagé et préparé avec un soin tout philanthropique ; une cuisine, spécialement affectée au service des malades, est à côté, et dans l’intérieur, une petite pharmacie pour le service journalier.

Les avis sont encore partagés sur l’innovation qui loge l’amiral dans la troisième batterie, et le capitaine de pavillon et le chef d’état-major sous la dunette. Cette disposition, qui paraît convenir parfaitement au caractère anglais, ne semble pas devoir satisfaire également tous les officiers-généraux de notre marine.

L’arrimage de la cale, devenu beaucoup plus simple et plus régulier depuis l’emploi des caisses en tôle et la substitution des cables-chaînes aux câbles de chanvre, a permis de placer toutes les soutes dans la cale, de même que le magasin général, où on loge tous les objets qui demandent plus particulièrement à être renfermés. Cependant il est à regretter que l’on n’ait pas pu employer des caisses de quatre kilolitres, afin de n’avoir qu’un seul plan d’eau. C’est vraiment un chef-d’œuvre d’ordre et d’intelligence que le placement de cette multitude d’objets divers dans l’espace resserré consacré au magasin général. La cale contient six mois de vivres, six mois de rechange et cent trente-cinq jours d’eau.

Le combat étant le but dans l’armement d’un vaisseau de guerre, tout ce qui s’y rapporte doit être disposé de manière que le service de l’artillerie n’éprouve aucune interruption : il faut que ce que l’on appelle le passage des poudres soit assuré de telle sorte que la confusion du combat n’en puisse apporter aucune dans la distribution des munitions aux quatre batteries de calibres différons ; il faut aussi que le transport des blessés des batteries dans la cale, où se trouvent les chirurgiens et leurs tables d’amputations, puisse être fait avec célérité. A bord du Montebello, ces résultats paraissent avoir été atteints de la manière la plus complète.

Nous ne dirons pas que cet armement ait été fait avec toute l’économie possible ; mais nous conviendrons qu’un premier essai excuse jusqu’à un certain point ce surcroit de dépenses. Nous désirerions seulement que ce qui a été fait pour le Montebello fût soumis à l’inspection d’une commission, et qu’un règlement définitif à suivre pour les bâtiments du même rang fût arrêté par le ministre.

Si Toulon n’était qu’à une quarantaine de lieues de la capitale, nul doute qu’une grande partie de la société parisienne ne se fût mise en route pour aller visiter ce chef-d’œuvre des conceptions humaines. Le Montebello a 196 pieds de longueur et 50 pieds et demi de largeur. Il porte 120 pièces d’artillerie, dont 32 du calibre de 36, 34 de 24, 34 de 18, et 20 caronades de 36. Il peut donc vomir en une seule fois 3,300 livres de fer. Il doit être monté, comme nous l’avons dit, par 1.089 hommes, pour la nourriture desquels on embarque, pour six mois, 79.061 kilogrammes de biscuit, 30.530 kilogrammes de farine, 24.742 kilogrammes de viandes salées, 30.560 kilogrammes de légumes secs, et les accessoires en riz, fromage, oseille, chou-croùte, assaisonnement, etc. ; 134.652 litres de vin, 4.390 litres d’eau-de-vie, 33.860 kilogrammes de charbon de terre, 120 stères de bois à brûler, et 307 kilolitres d’eau, à raison de 2 litres 45 centilitres par jour pour chaque homme ; pour le combat, 9.840 boulets et 160 paquets de mitraille de divers calibres, 30.750 kilogrammes de poudre de guerre, et les accessoires en grenades, etc. La totalité de la charge est de 2.730 tonneaux, ou 5.460.000 livres, et pourtant tout cela parait à peine ; partout de l’espace, de l’air, du jour ; 1.089 hommes vivent, se meuvent, et font résonner au besoin 120 bouches à feu aussi facilement qu’on le ferait au Champ-de-Mars. Qui n’a pas vu cela une fois dans sa vie a vécu d’une manière incomplète.

La surface des voiles que le vaisseau expose au vent, quand, par un beau temps, il court largue, est de 5.601 mètres carrés ; l’extrémité de sou grand-mât est élevée de 68 mètres, ou 209 pieds au-dessus du niveau de la mer.

Voici le programme général des matériaux employés dans la construction d’un vaisseau à trois ponts :

La longueur de la quille a environ 180 pieds. L’ensemble de la construction emploie 113.000 pieds cubes de bois à six francs le pied. La largeur est d’environ 52 pieds, la profondeur de 25. Les trois batteries sont armées de différents calibres, comme nous venons de le dire pour le Montebello. Le grand-mât a 120 pieds de longueur et 9 à 10 de circonférence : il pèse 40 à 42.000 livres. Le grand-mât de hune, qui s’élève au-dessus du grand bas-mât, a 72 pieds, et celui de perroquet qui le surmonte, avec une flèche plus légère encore, ensemble 52 pieds, ce qui fait souvent une hauteur totale de 244 à 250 pieds (les tours Notre-Dame n’ont que 200 pieds). La grand’vergue a 110 à 115 pieds. Le vaisseau doit avoir de 1000 à 1200 hommes d’équipage, et peut porter en outre 5 à 600 hommes de troupes. Les câbles ont 25 pouces de circonférence. Il entre dans la construction du vaisseau 140.000 livres de fer de toute espèce ; cuivre en barre et clous, 56.000 ; 2.600 feuilles de cuivre pour le doublage, pesant 31.000 livres ; clous et cuivre, aussi pour doublage, 5.000 livres. Total général du cuivre, 90.000 livres ; clous en fer, 1.000 ; plomb laminé, 6.500 ; étoupe noire, 49.000 ; brai gras, 23.000 ; brai sec, 15.000 ; goudron, 5.000. Il faut 31.500 mètres de toile pour la voilure complète ; le vaisseau ayant ordinairement deux jeux de voiles, cette quantité de mètres se double. Le grand pavillon emploie seul 270 mètres d’étoffe. Il faut, pour servir de lest et maintenir l’équilibre du vaisseau, 700 tonneaux de barres de fer dans la cale. Sous voiles, le vaisseau ayant son lest, ses canons, sa mâture, sa voilure, ses vivres, pèse 1.000.400.000 livres, quelques livres de plus qu’il n’y a de francs dans le budget que paie la France en 1835. »

9 réflexions sur “Armement du vaisseau à trois-ponts le Montebello (1834)

  1. « Sous voiles, le vaisseau ayant son lest, ses canons, sa mâture, sa voilure, ses vivres, pèse 1.000.400.000 livres, quelques livres de plus qu’il n’y a de francs dans le budget que paie la France en 1835. »

    1.000.400.000 de livres, donc… presque 490 000t!

    Non, seuls nos super-pétroliers actuels approchent de tels déplacements ! Cet article de 1837 La France maritime se trompe de trois zéros, nos vaisseaux de 118 canons de Sané déplaçaient à peu près 5000t, ce qui en faisait les vaisseaux les plus grands au monde vers la fin du Premier Empire (les Britanniques, dont les plus grands vaisseaux, avant l’ouverture de la guerre en 1792, avaient 100 canons et déplaçaient peut-être 3900t, avaient été obligés de nous imiter, et vingt ans plus tard leurs nouveaux vaisseaux de premier rang portaient 120 canons, dont même la répartition imitait celles de nos vaisseaux de ce rang, et déplaçaient 4700t).

    Un budget d’un milliard de francs (ou livres tournois) en 1835, alors que celui de 1789 se montait à environ un demi-milliard, montre que l’abolition des privilèges avait permis de taxer les revenus des classes supérieures, et donc de doubler les ressources de l’État, d’ailleurs sans que celui-ci pesât plus lourd sur le prolétariat. Il faut remarquer que les souverains de la fin de l’Ancien Régime étaient favorables à une telle évolution, mais les obstacles qu’ils rencontrèrent ne furent, paradoxalement, balayés que par la Révolution, qui abattit aussi leur dynastie.

  2. Un article du Figaro du 4 octobre 2013 cite M. Jean-Christian Petitfils, dont les biographies de nos rois de la fin de l’Ancien Régime (Louis XIV, Louis XV et Louis XVI), parues chez Perrin, font autorité :

    «Il faut distinguer la pression fiscale et le ressenti fiscal, commente Jean-Christian ­Petitfils. Objectivement, le poids de la fiscalité, sous l’Ancien Régime, n’est pas si considérable. Des chercheurs britanniques ont montré que la pression fiscale, à la mort de Louis XIV, était deux fois moindre en France qu’en Angleterre. Mais l’injustice dans la répartition de la taille (l’impôt direct), les multiples exemptions dont bénéficiaient certaines catégories de la population allaient provoquer une aspiration à l’égalité devant l’impôt qui ne ferait que s’exacerber, sous Louis XVI, quand la monarchie échouerait à imposer cette réforme.»

  3. J’ai écrit que l’article de La France maritime se trompait de trois zéros, alors que l’erreur entre 5000t, soit 5 000 000 de ㎏ ou un peu plus de 10 000 000 de livres, et la valeur qu’il indique (1.000.400.000 de livres) n’est que de deux zéros.

    Par ailleurs le déplacement des plus grands vaisseaux britanniques en 1792 (la Queen Charlotte et le Royal George) devait être de 3800t (pour 2289 tonneaux de jauge), bien loin des 5000t (pour environ 2750 tonneaux de jauge) de nos géants, le Commerce-de-Marseille de 1788 et les États-de-Bourgogne de 1790. Il fallut donc une vingtaine d’années de guerre aux Britanniques pour s’approcher de la taille et de la force de ces trois-ponts, avec la Caledonia de 1812 (vraisemblablement 4700t de déplacement, pour une jauge de 2616 tonneaux).

  4. Quelques passages me semblant particulièrement intéressants :

    Page 74 : MATÉRIEL, description de l’artillerie. Douze secondes entre deux salves. La nouvelle artillerie (pièces de 30 livres) pèse 264,951t ou 307,985t (avec affûts, apparemment).
    Page 75 : les 120 pièces (de 36, de 24…) de l’ancienne artillerie pesaient 301,768t sans les affûts.
    Page 76 : tableau récapitulatif de l’artillerie.
    Page 77 : 2834 tonneaux de poids de charge (2774 ½t).
    Page 78 : tableau détaillant la charge.
    Page 79 : équipage réglementaire de 1087 hommes (jamais atteint, le minimum en campagne ayant été de 1025) ; on compte 72 ½ ㎏ pour un homme avec son paquetage.
    Page 80 : il faut 334 hommes pour la manœuvre, dont 50 pour la grand-voile.
    Page 82 : pour les postes de combat, 858 hommes, dont 662 pour l’artillerie.
    Page 83 : en comptant avec ceux qui ont d’autres rôles (infirmiers…), il faut 1071 hommes pour le combat, donc presque tout l’équipage.
    Page 84 : soldes de l’état-major.
    Page 85 : soldes de la maistrance (sous-officiers).
    Page 86 : soldes des hommes du rang.
    Page 87 : avec les suppléments, le total est de 443 977 F⁄an.
    Page 88 : nourriture, 871 465 F⁄an.
    Page 91 : dimensions.
    Page 92 : dimensions (suite, avec épaisseur des murailles : 77 ㎝ à la première batterie, 53 ㎝ à la deuxième, 45 ㎝ à la troisième et 37 ㎝ pour les gaillards).

  5. Toujours selon la page 92, l’épaisseur à la flottaison, donc là où une ouverture aurait fait une voie d’eau potentiellement mortelle pour le vaisseau, était de 88 ㎝. On peut comparer avec l’épaisseur au même endroit pour le fameux Victory de 1765, vaisseau amiral de Nelson à Trafalgar, qui était de 61 ㎝ (« 2 feet ») selon l’article HMS Victory de Wikipedia en anglais.

  6. Il porte 120 pièces d’artillerie, dont 32 du calibre de 36, 34 de 24, 34 de 18, et 20 caronades de 36.

    Ce que l’on peut rapporter aux renseignements donnés par Achille Bourgogne (de la page 74 à la page 76) :
    ❋ Poids de l’ancienne artillerie (sans les affûts) :
    – Première batterie, 116,964t pour donc 32 canons de 36l, soit 3,655t par canon (le poids de 207 de ses boulets).
    – Deuxième batterie : 90,954t pour 34 canons de 24l, soit 2,675t par pièce (228 de ses boulets).
    – Troisième batterie : 70,890t pour 34 canons de 18l, soit 2,085t par pièce (237 de ses boulets).
    – Gaillards : 22,960t pour 20 caronades de 36, soit 1,148t par pièce (65,1 boulets).
    Le poids total de l’ancienne artillerie (120 pièces) sans les affûts, était de 301,968t pour une bordée d’environ 631 ㎏ pour les canons et 176 ㎏ pour les caronades (presque 808 ㎏ en tout).
    Remarquer que plus un canon est léger dans l’absolu et plus il est lourd relativement à son boulet : la longueur des canons n’était pas proportionnelle à leur calibre. Les canons de fort calibre n’étaient pas plus longs dans l’absolu et donc étaient plus courts relativement à leur calibre.
    ❋ Poids de la nouvelle artillerie (à pièces de 30 livres) :
    – Première batterie : 102,55t (117,476t avec les affûts) pour 32 canons longs de 30 livres et 2 caronades (1,272t chacune sans affût et 1,309t avec les affûts : voir la troisième batterie) donc 3,125t par canon ou 213 de ses boulets (avec affût : 3,589t ou 244 de ses boulets).
    – Deuxième batterie : 86,371t (99,427t avec affûts) pour 34 canons courts de 30 l, soit 2,540t par pièce ou 173 de ses boulets (avec affût : 2,919t ou 199 de ses boulets).
    – Troisième batterie : 53,412t (62,762t avec affûts) pour 34 obusiers de 30 l, soit 1,571t par pièce ou 107 de ses boulets (avec affût : 1,846t ou 126 de ses boulets).
    – Gaillards : 26,628t (28,320t avec affûts) pour 16 caronades et 4 obusiers (voir ci-dessus pour le poids de ceux-ci) donc 1,272t par caronade ou 86,6 de ses boulets (avec affût : 1,309t ou 89,1 de ses boulets).
    Le poids total de cette nouvelle artillerie (120 pièces), sans les affûts, était de 264,951t (307,985t avec les affûts) pour une bordée d’environ 235 ㎏ pour les canons longs, 250 ㎏ pour les canons courts, 279 ㎏ pour les obusiers et 117 ㎏ pour les caronades (881 ㎏ en tout).

    On ne prévoyait que douze secondes entre deux tirs pour une division, donc à peu près une minute par pièce, malgré le poids considérable de ces armes. Il s’agit d’un total théorique, et l’on comptait, lorsqu’il n’y avait pas encore le calibre unique de 30 livres, de quatre minutes pour une pièce de 8 à huit minutes pour une pièce de 36, l’entraînement des serveurs et la durée de l’effort faisant varier considérablement ces valeurs.

  7. Les chiffres donnés par Achille Bourgogne ne sont pas toujours rigoureux. La largeur de 16,25 m qu’il attribue au Montebello est proche de celle qu’avaient à l’origine nos vaisseaux dits de 118 ou de 120 canons (50 pieds, soit 16,24 m) mais depuis l’Austerlitz ils étaient plus larges (50 pieds 6 pouces, soit 16,40 m, selon un billet de Trois-Ponts!). Les inexactitudes sur l’artillerie peuvent être corrigées grâce à un livre remarquable sur les vaisseaux de ligne de cette époque, l’Aide-mémoire d’artillerie navale de Jules-Joseph Lafay ⑴, ouvrage incomparablement plus exhaustif que ce que suggère son titre.

    ANCIENNE ARTILLERIE :
    Poids d’un canon de 36 livres modèle 1786 :
    Canon, 3520 ㎏ ⑵
    Affût, 535 ㎏ ⑶
    Peinture, 856g ⑷
    Total, 4055 ㎏
    (Remarque : une autre source précise que le poids du canon est de 7190 livres, soit 3519,55 ㎏).
    Poids d’un canon de 24 livres modèle 1786 :
    Canon, 2504 ㎏ ⑵
    Affût, 400 ㎏ ⑶
    Peinture, 656g ⑷
    Total, 2905 ㎏
    Poids d’un canon de 18 livres modèle 1786 :
    Canon, 2062 ㎏ ⑵
    Affût, 334 ㎏ ⑶
    Peinture, 572g ⑷
    Total, 2396 ㎏
    Poids d’une caronade de 36 livres :
    Canon, 1146 ㎏ ⑵
    Affût, 356 ㎏ ⑶
    Peinture, 283g ⑷
    Total, 1503 ㎏
    (Remarque : un affût étonnamment lourd et bien peu de peinture. Une coquille ?)

    Soit, pour l’ensemble de l’ancienne artillerie, 32 × 4055 ㎏ + 34 × 2905 ㎏ + 34 × 2396 ㎏ + 20 × 1503 ㎏ ≈ 340,1t (sans les affûts, 32 × 3520 ㎏ + 34 × 2504 ㎏ + 34 × 2062 ㎏ + 20 × 1146 ㎏ ≈ 290,8t. Achille Bourgogne disait 301,968t).

    NOUVELLE ARTILLERIE :
    Poids d’un canon long de 30 livres :
    Canon, 3035 ㎏ ⑵
    Affût, 464 ㎏ ⑶
    Peinture, 744g ⑷
    Total, 3500 ㎏
    Poids d’un canon court de 30 livres :
    Canon, 2487 ㎏ ⑵
    Affût, 418 ㎏ ⑶
    Peinture, 705g ⑷
    Total, 2906 ㎏
    Poids d’un obusier de 16 ㎝ :
    Canon, 1480 ㎏ ⑵
    Affût, 293 ㎏ ⑶
    Peinture, ≈ 0,3 ?
    Total, 1773 ㎏
    Poids d’une caronade de 30 livres :
    Canon, 1011 ㎏ ⑵
    Affût, 319 ㎏ ⑶
    Peinture, 257g ⑷
    Total, 1330 ㎏

    Soit, pour l’ensemble de la nouvelle artillerie, 32 × 3500 ㎏ + 34 × 2906 ㎏ + 38 × 1773 ㎏ + 18 × 1330 ㎏ ≈ 302,1t au lieu de 307,985t d’après ce que disait Achille Bourgogne (sans les affûts, 32 × 3035 ㎏ + 34 × 2487 ㎏ + 38 × 1480 ㎏ + 18 × 1011 ㎏ ≈ 256,1t. Achille Bourgogne disait 264,951t).

    Les chiffres d’Achille Bourgogne sur l’artillerie étaient erronés au plus d’une dizaine de tonnes, soit environ 3 %.

    Soulignons que, si nos canons de 24 livres modèle 1786 pesaient 2905 ㎏ avec leur affût, les canons de 24 livres du Victory, vaisseau amiral de Nelson, pesaient un peu plus de trois tonnes d’après le site officiel de la Royal Navy, qui ajoute que la cadence de tir attendue était d’un coup toutes les quatre-vingt-dix secondes (« The ship, however, does still have 8 of the guns she used during her most famous battle. One of these, a 24-pdr weighing over 3 tons, is displayed on Victory’s middle gun deck. At the height of battle the gun’s 12-man crew achieved a rate of fire of one round every ninety seconds. »)

    NOTES :

    ⑴ Jules-Joseph Lafay, Aide-mémoire d’artillerie navale, imprimé avec autorisation du ministre de la Marine et des colonies…, Éd. J. Corréard, Paris, 1850.

    ⑵ A. Bourgogne, pages 14, 15 et 17.

    ⑶ A. Bourgogne, pages 125, 126 et 127.

    ⑷ A. Bourgogne, page 139.

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