Armement du vaisseau à trois-ponts le Montebello (1834)

Un extrait très intéressant de la France Maritime (édition 1837, volume 2, p.201) – revue fondée en 1834 dont j’ai déjà parlé sur ce blog – à propos de l’armement à Toulon de ce vaisseau effectué en 1834 (à cette époque, le bâtiment n’a bien entendu pas encore été transformé en mixte) :

« ARMEMENT D’UN VAISSEAU A TROIS-PONTS – Depuis un grand nombre d’années on n’avait point armé dans nos ports de vaisseau de guerre proprement dit. L’armement du Montebello à Toulon offre donc à l’observation un champ assez neuf, eu égard aux importantes modifications que l’art des constructions et les nouvelles combinaisons de détails maritimes ont subies. Les vingt années de paix et les rapports fréquents que ce laps de temps a offerts à toutes les marines européennes, ont amené par initiations successives des améliorations nombreuses dans les dispositions intérieures des vaisseaux. Un journal qui, bien que jeune, a déjà obtenu un succès mérité, la Chronique de Paris, a publié, il y a quelque temps, un aperçu de l’armement d’un vaisseau à trois ponts, qui offre les plus curieux détails pour les gens du monde comme pour les hommes spéciaux. La conformité du sujet traité dans la Chronique, avec le titre de cet article, y enchaînait naturellement les détails que nous extrairons de ce journal. C’est aussi de l’armement du Montebello dont il y est question.

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La fin du Trocadéro, vaisseau de 1er rang (1836)

Mis en chantier à Toulon en septembre 1813 sous le nom de Formidable. Rebaptisé le Trocadéro en 1823 en référence à la victoire française sur les révolutionnaires libéraux espagnols à Cadix, le 31 août 1823. Lancé le 14 avril 1824. Radoubé en 1833. Incendié accidentellement le 23 mars 1836 à Toulon. C’est ainsi que l’on peut résumer la pauvre et triste vie de ce vaisseau trois-ponts de 118 canons de type Sané-Borda.

Que s’est-il passé ce 23 mars 1836 ?

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La Ville de Paris (1764-1782)

La guerre de Sept Ans fut très désastreuse pour la France, et particulièrement pour sa marine. Dans un mémoire de 1765, le duc de Choiseul décrit l’état dans lequel il la trouva et les décisions qu’il prit pour y remédier en octobre 1761, lorsqu’il fut nommé ministre de la Guerre et de la Marine : « Le peu qui restait dans les magasins était à l’encan, on n’avait pas de quoi ni radouber ni équiper les vaisseaux qui avaient échappé au combat de M. de Conflans. La marine devait partout, n’avait pas un sou de crédit… La finance ne pouvait rien me fournir. J’imaginais le don gratuit des vaisseaux. Je risquais ce moyen vis-à-vis des Etats du Languedoc qui se tenaient. Il réussit et de là, tous les corps de l’Etat qui, deux ans avant, avaient porté leur vaisselle à la monnaie avec réticence, s’émurent, par mes insinuations, au point que j’eus librement 18 millions de livres dans l’année pour la marine de Votre Majesté. »

Ainsi, sur les 22 vaisseaux lancés entre 1762 et 1768, cinq seulement proviennent directement du financement royal. Les 17 autres sont construits grâce aux dons des divers corps constitués qui composent la France de l’époque ainsi qu’à ceux des particuliers. Parmi ces vaisseaux, on compte deux trois-ponts dont la Ville de Paris (le second est la Bretagne).

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La Santísima Trinidad espagnole et les 118 canons français

Je suis dernièrement tombé par hasard sur un bouquin relativement récent, publié il y a un peu moins d’un an : La voile et le canon, par Ismaël Bélisle. Le temps de le feuilleter rapidement, j’ai trouvé un rapide descriptif du fameux « quatre-ponts » la Santísima Trinidad, l’auteur écrivant, je cite, que « ce vaisseau espagnol est le plus grand et le plus puissant en service de toutes les marines en 1800 ». Dans son ouvrage Trafalgar, Rémi Monaque écrit toutefois : « Beaucoup d’historiens, notamment les Espagnols, présentent ce vaisseau [la Santísima Trinidad] comme le plus grand de son époque. Cela est inexact. Sa longueur de 61,2 mètres était inférieure à celle des vaisseaux français de 118 canons qui atteignait 63,62 mètres » ?

Qui a raison ?

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Qu’est ce qu’un trois-ponts ?

Il y a plusieurs mois, le marquis de Seignelay, auteur du blog Le Fauteuil de Colbert, blog traitant de la géopolitique et de la stratégie navale moderne, me contactait afin de me poser quelques questions générales sur les vaisseaux à trois ponts, et la place de ce type de navire dans les marines anciennes. L’idée était de publier mes réponses sur son site, réservé à un lectorat ne s’intéressant pas forcément au sujet.

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Les vaisseaux à trois ponts français au XVIIIe siècle

La démonstration la plus évidente d’une puissance navale est depuis des siècles la réalisation de super-bâtiments, plus grands et plus puissants que les autres navires. A l’époque de la marine à voile, ces super-bâtiments étaient les vaisseaux à trois ponts, véritables monstres flottants manœuvrés par plus d’un millier d’hommes et portant jusqu’à 140 canons.

Comme son nom l’indique, un vaisseau à trois ponts est « un bâtiment disposant de trois batteries continues et couvertes […] Par batterie continue, entendez suite d’artillerie, donc de sabords tribués régulièrement de la proue à la poupe ». C’est là une définition simple et classique de ce type de vaisseau, empruntée à Jean Boudriot, auteur de nombreux ouvrages et articles références sur le sujet.

Jean Boudiot explique les raisons de la construction de tels vaisseaux : « Tout d’abord, raison de prestige. En effet, à l’époque, comme encore aujourd’hui d’ailleurs, les constructions navales représentaient une « technique de pointe ». Un vaisseau trois-ponts est meilleur qu’un vaisseau deux-ponts, non seulement par son artillerie, mais par l’épaisseur et la hauteur de ses murailles, avantage important dans le combat rapproché. Le trois-ponts est, par excellence, vaisseau de pavillon et la présence au combat d’un vaisseau de ce rang à une réelle importance sur le plan moral ».

Cependant, de nombreux reproches étaient fait aux trois-ponts parmi lesquels de faibles qualités à la mer, une stabilité médiocre, un poids considérable, une lenteur importante et un prix extrêmement couteux, « sa construction réclamant, pour certaines pièces, des bois de très fortes dimensions, rares et chers, obtenus à partir des plus grands chênes, âgés parfois de trois siècles, les vieux arbres présentant souvent des défauts difficiles à déceler lors de la mise en œuvre et qui pouvaient causer un prompt dépérissement ».

Du fait de ces importants défauts, les trois-ponts ne sont guère appréciés dans la Marine française et relativement peu de vaisseaux de ce type sont construits durant les XVIIIe et XIXe siècle. La plupart servent d’ailleurs très peu et il n’est pas faux d’affirmer que jusqu’à l’adoption à la fin de l’Ancien Régime des 118 canons de type Sané-Borda, dont on a l’habitude de dire qu’ils étaient « les plus beaux vaisseaux du siècle », et exception faite de la Ville de Paris (1764) et de la Bretagne (1766), les trois-ponts français du XVIIIe siècle sont de médiocres vaisseaux.

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