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RSN : La marine sous les deux empires


En décembre 2010 était publié le hors-série numéro 3 de la Revue du Souvenir Napoléonien, consacré à La marine sous les deux empires. Bien entendu, je n’ai pu m’empêcher de me procurer ce numéro. Une fois en main ce dernier, un premier constat, la revue est de grande qualité, couverture magnifique (détail d’une célèbre peinture d’Ambroise-Louis Garneray représentant le retour de l’île d’Elbe de l’Empereur Napoléon Ier à bord du brick l’Inconstant, croisant le brick royaliste le Zéphir) et très belle qualité du papier… Bref, on comprend pourquoi le numéro coûte 15 euros.

Passons maintenant au contenu, qui constitue tout de même 95% de la qualité d’une revue. Le numéro compte 17 articles : Les deux Napoléon et la mer. Des options politiques différentes par Jean Tulard ; L’amiral Brueys, l’ami du général Bonaparte par Jean-François Gourdou ; La flottille de Boulogne : leurre ou grand dessein stratégique ? par Jean-Claude Gillet ; Qui a réellement perdu Trafalgar ? par Rémi Monaque ; Le rôle méconnu des corsaires de Napoléon par Jean Etèvenaux ; Le combat naval du Grand-Port (23-28 août 1810) par Guy Le Moing ; L’Ariane et l’Andromaque devant Lorient par Jacques Macé ; La découverte archéologique des frégates de Ploemeur par Jean-Michel Keroullé, Chantal Godet, Claude Rabault ; La guerre d’Italie de 1859. Opérations navales en Méditerranée et en Adriatique par Jean-Pierre Gomane ; Les yachts de l’Empereur, la passion de Napoléon III par Jean-Denis Serena; Une rencontre manquée. Robert Fulton par Jean-Pierre Guiol ; L’artillerie de marine 1803-1814 par Alain Pigeard ; L’organisation des phares et balises. Une structure napoléonienne par Jean-Marie Homet ; Le ministère de la Marine sous les deux empires par Raphaël Lahlou ; Les ports militaires français du Premier au Second Empire par Pierre Lévêque ; Le développement de la marine entraîne celui des colonies grâce à Napoléon III par Jean Etèvenaux ; Les Napoléon à l’Hôtel de la Marine par Georges Poisson.

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Les vaisseaux issus de la commission de Paris (1824)

Les plans Sané-Borda adoptés à la fin de l’Ancien Régime se limitaient à trois types de vaisseaux : le trois-ponts de 118 canons, et les deux-ponts de 80 et 74 canons. Sous l’Empire, deux vaisseaux à trois-ponts de 110 canons furent également lancés. On construisit en outre, durant cette période, quelques « petits 74 canons », aux dimensions sensiblement plus faibles que les 74 canons issus des plans de 1782.

Après la seconde abdication de Napoléon en 1815, la Marine française comptait donc 4 à 5 types de vaisseaux différents, pour la plupart adoptés il y a plus de 25 ans. Il semblait donc évident que cet ensemble devait être repensé. L’arrivée au ministère de la Marine du baron Portal en 1818 permit cette évolution. La priorité fut dans un premier temps donnée aux frégates avec, notamment, un concours en 1817 visant à donner les plans d’une frégate armée de canons de 24 destinée à remplacer les frégates de 18 construites sous le Premier Empire.

La nécessité de faire établir de nouveaux plans types amena le baron Portal à organiser en 1821 une commission dite de Paris, chargée de cet important travail. Les membres de cette commission présidée par Sané furent Rolland, Tupinier, Lamorinière et Lair, tous ingénieurs. Le baron Tupinier, à l’époque Directeur des Constructions navales, publia en 1822 un texte particulièrement important – texte dont j’ai déjà parlé il y a quelques jours – Observations sur les dimensions des Vaisseaux et Frégates de la Marine française. Concernant les vaisseaux de ligne, voici un bref résumé des propositions faites par Tupinier :

1/ Conserver pour vaisseau de premier rang le trois-ponts de 118 canons adopté en 1786, Tupinier écrit : « Je ne proposerai jamais de toucher au vaisseau de 118 canons de M. le baron Sané : de l’aveu de tous les marins, c’est le chef d’œuvre de l’architecture navale ».

2/ Adopter comme vaisseau de deuxième rang un bâtiment deux-ponts de 102 bouches à feu armé de 32 canons de 36 à la batterie basse, 34 canons de 30 à la batterie haute, et 36 caronades de 36.

3/ Et comme vaisseau de troisième rang un bâtiment, également de deux-ponts, de 96 bouches à feu : 30 canons de 36, 32 canons de 24, 34 caronades de 36.

Tupinier proposa donc de renoncer aux vaisseaux de 74 et de 80 canons. Pour autant il indiquait que « nos meilleurs vaisseaux à deux batteries, tant pour la marche que sous tout autre rapport, sont ceux de 80 canons, de M. le baron Sané. Ce qu’on peut faire de mieux est donc de s’écarter, le moins possible, de ce modèle, pour les vaisseaux à deux-ponts ».

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La frégate USS Constitution à Cherbourg (1811)

En 1822, le baron Tupinier publia un rapport intitulé Observations sur les dimensions des Vaisseaux et Frégates de la Marine française. Ce texte particulièrement important fut publié dans les Annales Maritimes et Coloniales, volume 2, de l’année 1822.

Un court extrait de ce rapport (p.44 et 45) m’a notamment intéressé :

« En 1811, la frégate la Constitution, appartenant aux États-Unis d’Amérique, vint à Cherbourg ; son armement, son installation et son gréement furent examinés et décrits par une commission dont M. le duc Decrès, alors ministre de la marine, renvoya le travail au conseil des constructions navales, avec l’ordre d’en faire l’objet de ses discussions.

Ce conseil fit un rapport dans lequel il est dit, « que la frégate américaine n’avait sur la frégate française l’Iphigénie de 44 canons [frégate de 18 mise en chantier à Cherbourg en 1809, lancée en 1810], d’autres avantages que la supériorité de son artillerie ; que son installation et son gréement ne présentaient rien de nouveau ; que cette espèce de bâtiment paraissait la plus propre à des croisières ou à une grande mission ; que la France avait possédé la Forte, armées de canons de 24, dont les qualités étaient excellentes, mais qu’on avait abandonné ce genre de construction dans nos ports par un motif d’économie. »

Le jugement que l’amiral Decrès porta sur cette affaire est très remarquable. En voici l’extrait :

« Vous dites que c’est l’économie qui a fait renoncer aux frégates de 24 : c’est s’exprimer d’une manière trop générale. Faut-il les mêmes bois que pour un vaisseau ? S’il ne le faut pas, il n’y a pas d’économie raisonnable à réduire à l’échantillon d’une frégate de 18, des bois qui ne seraient pas propres à un vaisseau. L’économie des bois est la seule à considérer en parlant supérieurement de l’administration des constructions ; car, quant aux autres matières, c’est comme si l’on disait qu’il y a économie à mettre des canons de 18 au lieu de ceux de 24.

Or, c’est bien une moindre dépense, mais ce n’est pas une économie : l’économie proprement dite est ce qui donne les mêmes résultats avec une dépense moindre ; et ici les résultats sont différents. »

Constatant le succès des grandes frégates américaines face aux navires britanniques durant la guerre de 1812, Napoléon alors à Dresde signa le 8 août 1813 le décret suivant :

« Article premier. Il sera mis sur-le-champ en construction sur chacun de nos chantiers de Rochefort, de Cherbourg et de Toulon, une frégate du modèle des frégates américaines.
Article deux. Les travaux seront poussés de manière à pouvoir être terminés avant le mois de juin prochain pour que les trois frégates soient mises à l’eau à cette époque. »

Ordonnées huit mois seulement avant la première abdication de Napoléon et la chute du régime, ces frégates ne furent jamais mises en chantier.

La France recommencera toutefois à construire des frégates de 24 au début de la Restauration et durant les années 1820. Et c’est déjà une autre histoire…

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Sur le même sujet : Napoléon voulait des frégates de 24 !

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La proposition de l’ingénieur Philippe Greslé

Je cite un extrait de l’article de Jean Boudriot consacré au vaisseau de 118 canons l’Océan (Revue Neptunia numéro 102) : « Il existe un intéressant rapport de l’ingénieur de la Marine P. Greslé, proposant, en 1820, la constitution d’une Marine française de haut-bord, composée seulement par 50 vaisseaux trois-ponts. »

J’imagine que Jean Boudriot fait référence au Mémoire sur les forces navales de la France rédigé par l’ingénieur Philippe Greslé en 1821. Malheureusement, je ne parviens pas à trouver le contenu de ce rapport…

Je suis donc à la recherche de toute information sur ce mémoire et sur cette « proposition » de l’ingénieur Philippe Greslé.

Escadre de trois-ponts. Aquarelle de A. Brun.