Il y a plusieurs mois, le marquis de Seignelay, auteur du blog Le Fauteuil de Colbert, blog traitant de la géopolitique et de la stratégie navale moderne, me contactait afin de me poser quelques questions générales sur les vaisseaux à trois ponts, et la place de ce type de navire dans les marines anciennes. L’idée était de publier mes réponses sur son site, réservé à un lectorat ne s’intéressant pas forcément au sujet.
La symbolique des noms de navires de guerre français
Un bref billet pour vous présenter un intéressant article, signé Martine Acerra, auteur de plusieurs ouvrages sur l’époque de la marine à voile, à propos de « La symbolique des noms de navires de guerre dans la marine française (1661-1815) ». (Histoire, économie et société. 1997, 16e année, n°1. pp. 45-61).
Résumé : « 969 noms différents ont été donnés aux 1376 vaisseaux et frégates ayant formé la flotte militaire française de Louis XIV à Napoléon 1er. Ces différents vocables quelquefois repris, noms ou adjectifs parfois d’origine mythologique, rarement de référence religieuse, évoquent quatre thèmes principaux : la mer, la guerre, la souveraineté, la géographie. Sous Louis XIV, la brutale augmentation numérique de la flotte permet au souverain d’en donner une image royale, étatique et indépendante du privé comme du local. Le thème guerrier progresse au XVIIIe siècle en adéquation avec le changement de la guerre sur mer en une véritable entreprise de destruction. En parallèle, on remarque la disparition presque complète du thème maritime au cours des périodes révolutionnaire et impériale qui sont aussi l’occasion d’affirmer une légitimité différente. L’Empire montre une nette propension à « continentaliser » la marine par le biais d’appellations nouvelles. Le terrestre l’emporte sur le maritime. La flotte devient le miroir des conquêtes territoriales et des victoires, comme si nommer un vaisseau Austerlitz effaçait le désastre de Trafalgar. »
Bonne lecture !
La prise de l’Ambuscade par la Bayonnaise (1798)
Le 14 décembre 1798, à 120 milles de l’île d’Aix, la corvette française la Bayonnaise, commandée par le lieutenant de vaisseau Edmond Richer, qui ramène de Cayenne à Rochefort un détachement de 30 soldats de l’ex-régiment d’Alsace, est chassée par la frégate anglaise Ambuscade, commandée par le capitaine Henry Jenkins, qui arrive à porté au milieu de la journée. L’Ambuscade lâche une première bordée, à laquelle la Bayonnaise réplique. Après une heure de combat environ, une pièce de 12 explose dans la batterie principale de la frégate anglaise, provoquant d’importants dégâts, un début d’incendie et une certaine panique dans la batterie, qui cesse de tirer. L’origine de cette explosion est un mystère. Défaut mécanique, erreur de chargement, ou coup au but de la Bayonnaise ?
Notice biographique de Nicolas Ozanne
Je cite ici une intéressante notice biographique consacrée à Nicolas Ozanne, ingénieur de la Marine, peintre et dessinateur. Source : Annales maritimes et coloniales, année 1816, volume 2, page 70 :
« Extrait d’une notice sur Nicolas-Marie Ozanne, ancien Ingénieur de la marine, par M. Regnault de Lalande, Peintre et Graveur.
Nicolas-Marie Ozanne naquit à Brest le 12 janvier 1728. Appelé par la nature à l’étude du dessin, dès l’âge le plus tendre, le jeune Ozanne fit de si rapides progrès, qu’à peine âgé de quatorze ans, il fut jugé capable de seconder dans ses leçons son maître Roblin, professeur attaché à la marine à Brest.
Bientôt le ministre de la marine, M. Rouillé, l’appela à Paris pour y dessiner les vaisseaux pour les planches représentant les vues du Havre, faites à l’occasion du voyage de Louis XV dans ce port en 1749. A son retour à Brest, M. Ozanne, à peine âgé de vingt-deux ans, sentit la nécessité de perfectionner ses études : il demanda, mais il n’obtint qu’en 1754 ce qu’il désirait si ardemment, la permission de revenir à Paris, pour puiser au centre des arts de nouvelles connaissances. Arrivé dans cette ville, Charles Natoire et François Boucher, peintres, et I. Ingram, graveur, l’aidèrent de leurs conseils ; l’assiduité et l’ardeur qu’il porta à l’étude le firent profiter en peu de temps des leçons de ses maîtres.
La bataille de Trafalgar par Auguste Mayer
En 2005, l’historien naval Rémi Monaque publiait aux éditions Tallandier à l’occasion du bicentenaire de la bataille un remarquable ouvrage sur Trafalgar (21 octobre 1805), récompensé à l’époque par le prix de la Fondation Napoléon. La couverture du livre représentait une partie d’une célèbre peinture d’Auguste Mayer (1805-1890), sur laquelle on pouvait distinguer trois bâtiments britanniques aux prises avec un vaisseau français en très mauvaise posture, mais luttant malgré tout. Le 4e de couverture de cet ouvrage nous indiquait que ce vaisseau était le « Redoutable, par Mayer, Paris, Musée de la Marine ». A l’époque en effet, cette peinture était officiellement intitulée « Le Redoutable », parfois même « Le Redoutable à Trafalgar ». Il s’agit là d’une étonnante erreur car l’œuvre d’Auguste Mayer représente en vérité le Bucentaure français aux prises avec un trois-ponts anglais nommé… le Sandwich !
On a effectivement longtemps pensé que l’œuvre de Mayer représentait le vaisseau de 74 canons le Retoutable, commandé par le capitaine de vaisseau Lucas lors de la bataille de Trafalgar, face au trois-ponts Victory portant le pavillon de l’amiral Nelson (d’autres sources affirmaient qu’il s’agissait du Temeraire, autre trois-ponts anglais ayant également participé à la bataille de Trafalgar). Cela paraissait d’autant plus logique que l’action du Redoutable, de son commandant et de son équipage, avait été des plus glorieuses durant la bataille. Le modeste vaisseau à deux-ponts français de 74 canons tenant tête au trois-ponts anglais de 100 canons de l’amiral Nelson, qui mourra durant ce duel, symbole du courage français triomphant de l’inégalité des armes et du nombre. Après tout, ce type d’œuvre n’est il pas censé illustrer les hauts faits des souverains et la gloire des armées ? La peinture remplissait son objectif et l’honneur de la marine française et de son pavillon était sauf, malgré la défaite.
Au début des années 2000 pourtant, un passionné, peintre de marine anglais, s’intéressa de plus prés à la peinture et fit d’étranges découvertes.
L’origine du nom de Lorient
Le saviez-vous ?
« Quand la Compagnie des Indes Orientales eut établi son siège au Port-Louis, en 1666, elle chercha un terrain pour établir ses chantiers de construction navale, et, après avoir pensé à Kernevel, Saint-Michel et Saint-Christophe, elle choisit un lieu désert, dont elle prit possession le 31 août 1666. Ce lieu est appelé par le sénéchal d’Hennebont soit Rohellec Beg er Roheu (lieu rocheux de la pointe des roches), soit le Faouédic (le petit bois de hêtres), du nom de la seigneurie voisine. Ce nom de Faouédic fut seul employé par les directeurs du Port-Louis dans leur correspondance ; mais il n’était pas exact, puisque le terrain n’était situé que « sur le canal de la rivière qui conduit vers les terres du Faouédic », comme l’atteste le procès-verbal de prise de possession. Les lettres émanant de Paris et de Versailles ne parlent que du Port-Louis ; il est donc clair que la Compagnie des Indes Orientales n’a jamais songé à baptiser solennellement ses chantiers du nom de « l’Orient ».
Ce nom s’est imposé peu à peu dans le pays. On aurait pu en trouver un autre ; mais celui-ci prévalut, parce que le navire de mille tonneaux, que la Compagnie mit sans attendre en chantier, fit certainement sensation dans la population du pays ; et ce vaisseau, dont la dénomination officielle était le Soleil d’Orient, était appelé communément l’Orient, comme le prouve la correspondance publiée par Dernis (Recueil… concernant la Compagnie des Indes Orientales, Paris, 1753, 4 vol. in-4°, pp. 277, 288, 290, 364, etc.). Il ne fut achevé qu’en 1671 ; et les chantiers, où l’on y travailla si longtemps, furent les « chantiers de l’Orient ».
[…]
Quand, le 6 mars 1671, le vaisseau l’Orient quitta la Bretagne pour les Indes, son nom resta aux chantiers où il était demeuré près de cinq ans en construction, et des chantiers il passa à l’agglomération qui se forma peu à peu dans la lande voisine. »
Source : Annales de Bretagne. Tome 58, numéro 1, 1951. pp. 200-201. « Le nom de Lorient », par H.-F. Buffet.
Monographie : « Bateau canonnier, modèle An XII »

Je signale la parution à la mi-septembre d’une étude complète sur le fameux bateau canonnier de l’an XII, construit au tout début du XIXe siècle à plusieurs centaines d’exemplaires pour la flottille de Boulogne, en vue d’une tentative d’invasion de l’Angleterre par les armées de Napoléon Bonaparte.
Cette importante monographie, comptant une trentaine de plans et 230 pages environ, est signée Sophie Muffat pour la partie historique, Pierre Grandvilliers pour la partie technique, et Denis Desormière pour les plans du bateau. L’ouvrage présente en effet les différentes tentatives d’invasion de l’Angleterre depuis l’Ancien Régime jusqu’à l’Empire, l’évolution technique dans le temps de ce navire de débarquement, ainsi que des plans très détaillés de celui-ci à l’échelle du 1/36e.
Cette étude a, de l’aveu même de M. Pierre Grandvilliers, nécessité de lourds sacrifices pour ses auteurs : « Cinq ans de travail et de recherches, des milliers de kilomètres à travers la France, de centres d’archives en bibliothèques : Vincennes, Cherbourg, Rochefort, Rouen, Le Havre, Saint Malo, Nantes, Bordeaux, Boulogne bien sûr, et de plus lointaines hors de France, des milliers de documents historiques étudiés, correspondance, décrets, etc. Ainsi que des centaines d’heures de dessins pour les plans ».
Il est à noter que cette étude a reçu la caution officielle de la Fondation Napoléon par l’apposition du logo officiel sur la jaquette de l’ouvrage, avec la mention « Recommandé par la Fondation Napoléon ».
Le prix de la monographie est fixé à 95 euros par souscription jusqu’à la fin du mois de septembre, il sera ensuite de 105 euros.
Le 18 juin…
Extrait de la « lettre d’info » du site Napoleon.org, à propos de la guerre anglo-américaine prononcée il y a 200 ans, le 18 juin 1812, ouvrant un théâtre militaire supplémentaire dans les guerres napoléoniennes.
Son message décrivit « une série d’actes hostiles [de la part de la Grande-Bretagne] envers les États-Unis, comme nation indépendante » et mit l’accent sur la violation de ses droits maritimes : « [N]otre commerce a été ravagé dans toutes les mers ; les grands établissements commerciaux de notre pays ont été exclus de leurs marchés légitimes ; et un coup destructif s’est dirigé contre nos intérêts agricoles et maritimes […]. Non content de ces expédients destructeurs de notre commerce neutre, le cabinet britannique a eu recours à la fin au système de blocus, sous le nom d’ordres du conseil, qui ont été tournés et retournés suivant ses vues politiques, sa jalousie commerciale et l’avidité des croiseurs anglais. » [ Moniteur, 6 août 1812]
Pour Madison, le comportement du gouvernement britannique équivalait à plusieurs actes de guerre : « Nous voyons enfin, du côté de la Grande-Bretagne, un état de guerre contre les États-Unis, et du côté des États-Unis, un état de paix envers la Grande-Bretagne. »
Le message de guerre de Madison passa à la chambre des représentants (la chambre basse) et au Sénat (chambre haute) pour être débattu et adopté comme loi. Si la chambre basse adhéra assez vite au message (4 juin) et déclara la guerre ; en revanche, le Sénat – moins belliqueux – pencha plutôt pour un conflit maritime limité, visant le commerce et les navires britanniques. Finalement le Sénat se décida aussi en faveur de la guerre, le 17 juin, et la loi fut adoptée. Le lendemain, James Madison signa la loi. « Il est arrêté par le Sénat et la chambre des représentants des États-unis d’Amérique, assemblés en congrès, qu’il y a guerre, et qu’elle est déclarée par la présente exister entre le Royaume-uni de la Grande-Bretagne et de l’Irlande et ses dépendances, et les États-Unis d’Amérique et leurs territoires; et que le président des États-Unis soit et est par la présente autorisé à employer toutes les forces de terre et de mer des États-Unis pour la mettre à exécution, et à délivrer aux vaisseaux armés particuliers des États-Unis, des commissions ou lettres de marque et de représailles générales, dans la forme qu’il jugera convenable, et sous le sceau des États-Unis, contre les vaisseaux, marchandises et effets du gouvernement dudit royaume-uni de la Grande Bretagne et de l’Irlande, et de ses sujets. Le 18 juin 1812. Approuvé, James Madison. » (Moniteur universel du 6 août 1812)
Le 18 juin 1812, l’état de guerre fut officiellement établi entre les États-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne et l’Irlande. »
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