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La durée de vie d’un vaisseau

Dessin d’Antoine Roux (père) représentant le Commerce de Paris, vaisseau de 110 canons lancé en 1806 à Toulon et qui servit pendant prés de 60 ans dans la Marine française (dont 24 ans comme vaisseau de l’Ecole navale de 1839 à 1864)

On m’a dernièrement posé une question intéressante : « A partir de combien d’années de service considère-t-on la carrière d’un vaisseau de ligne comme longue, normale ou courte à l’époque de la marine à voile ? Je demande cela car, parfois, les navires dont vous parlez semblent retirés du service assez rapidement, tandis que d’autre servent plus d’un demi-siècle… Intrigant ! »

Il faut bien se rendre compte du coût extrêmement important d’un vaisseau de ligne. Sa construction nécessitait des milliers de chênes, souvent centenaires, et la main-d’œuvre de centaines d’ouvriers travaillant douze heures par jour pendant de longs mois. Son armement était également onéreux : l’artillerie d’un seul grand vaisseau trois-ponts pouvait compter plus de 120 canons, soit à peu près l’équivalent d’une grande armée en campagne : à Austerlitz (1805) par exemple, l’armée française comptait environ 139 canons, de calibres très inférieurs à ceux des canons d’un vaisseau.

Aux coûts de construction et d’armement du vaisseau venaient s’ajouter ceux de son entretien et des réparations nécessaires au cours de sa vie. De manière générale, la coque d’un navire se dégradait assez rapidement, peu importe qu’il soit en mer ou désarmé, inactif dans un port. Régulièrement, un vaisseau avait besoin d’un radoub (ou grand carénage), c’est-à-dire d’une révision importante de sa coque, entraînant souvent le remplacement de nombreuses pièces de charpente. Cette opération était très onéreuse et on réfléchissait sérieusement avant d’entreprendre de tels travaux, réservés habituellement aux meilleurs navires : chaque vaisseau était unique, il était plus ou moins réussi, le bois utilisé pour sa construction était de plus ou moins bonne qualité, il avait de plus ou moins bonnes qualités nautiques.

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État abrégé de la Marine du Roy en 1691

Bataille de Béveziers, 10 juillet 1690. Par Gustave Alaux. Collection du Musée national de la marine. Au premier plan, le fameux Soleil Royal !

A propos de la marine de Louis XIV, un document très intéressant disponible sur le site internet gallica.bnf.fr (trouvé et partagé par @eligidius) : État abrégé de la Marine du Roy en 1691

Ce document mériterait une analyse complète et bien des commentaires, qui seront peut être un jour publiés sur Trois-ponts!

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Les « Soleil Royal » de la Marine française

Le Soleil Royal (1689), par Albert Brenet (1903-2005).

Le règlement du 4 juillet 1670 précise : « Les seuls vaisseaux le Royal-Louis et le Soleil Royal, auront un château sur l’avant de leur troisième pont ; et à l’égard de tous les autres vaisseaux Sa Majesté défend d’y en faire aucun ». Cette règle illustre bien la volonté quasi-officielle de Louis XIV de faire du Royal Louis au Levant (Toulon) et du Soleil Royal au Ponant (Brest) des vaisseaux « hors-catégorie », les fleurons de la Marine royale.

Ayant déjà listé les six Royal Louis de la Marine française, ceci afin d’éviter toute confusion entre ces différents vaisseaux, j’entreprends aujourd’hui la même démarche avec les Soleil Royal.

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Les vaisseaux de 80 canons français de 1740 à 1785

A la fin de l’année 1742, la Marine française ne compte plus le moindre vaisseau à trois-ponts dans ses listes. Le Foudroyant, construit en 1723, vient d’être condamné sans n’avoir jamais navigué, et le Royal Louis troisième du nom est entièrement détruit sur cale lors d’un incendie dans le port de Brest, le 25 décembre 1742. A cette époque, la formule trois-ponts est de plus en plus discutée, et les finances du royaume ne permettent pas de construire de nouveaux navires de ce type. Face à cette situation, on décide d’adopter une nouvelle formule de grand vaisseau à deux-ponts, doté d’une force maximum et supérieure au 74 canons : le vaisseau de 80 canons, pourvus d’une batterie basse percée à quinze, caractéristique jusque là réservée aux seuls vaisseaux à trois-ponts. L’adoption de ce nouveau type de vaisseau est notamment encouragée, dés 1743, par Blaise Ollivier, ingénieur constructeur de grande réputation et jouissant par conséquent d’une certaine influence. Il est en outre le concepteur du Royal Louis détruit par le feu peu avant son achèvement en 1742.

Le premier vaisseau deux-ponts de 80 canons est le Tonnant, mis en construction en octobre 1740 et lancé le 17 novembre 1743, à Toulon, sur des plans de François Coulomb. Les dimensions du vaisseau sont de 167 pieds 8 pouces de long et 44 pieds de large sur 22 pieds 3 pouces de creux. Son artillerie est ainsi répartie : batterie basse 30 canons de 36 ; seconde batterie 32 canons de 18 ; gaillards 18 canons de 8. Assez étonnamment, ce bâtiment est classé vaisseau de premier rang dans les états annuels de la Marine française jusqu’en 1750. Pourtant, la supériorité par rapport au 74 canons percé à quatorze sabords, portant 28 canons de 36 et 30 canons de 18, n’est pas très sensible, le poids de la bordée du 80 canons étant à peine supérieure à celui d’un 74 canons.

A ce sujet, Duhamel du Monceau, qui fut notamment l’auteur d’un important Traité d’architecture navale (1752), écrit : « Car, comme disoit un constructeur fort instruit, on connoit dans la marine du Roi, un grand vaisseau de 80 canons, qui a 46 pieds de bau ; ce vaisseau devroit porter sur son second pont, des canons de 24 livres au lieu de 18, sans cela, à quelle fin cette largeur de 46 pieds à la première batterie ? Si c’étoit pour lui donner assez de stabilité pour bien porter la voile avec une seconde batterie de 24, on auroit rien à dire : mais si c’est pour mettre ce vaisseau en état de supporter l’immense pesanteur de ses œuvres mortes, on jugera avec raison, que c’est dommage d’avoir fait un vaisseau de la grandeur de 100 canons, pour ne lui donner que l’artillerie d’un vaisseau de 74 ».

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