Marine russe : à propos du pavillon de Saint-André

Marine russe à Feodosiya (1839). Par Ivan Aivazovskiy.

« Un État qui n’a qu’une armée n’a qu’un bras, un État qui a une armée et une marine en a deux. »
Pierre le Grand

Il faut attendre l’arrivé au pouvoir de Pierre Alexeïevitch 1er, plus connu sous le nom de Pierre le Grand, dont le règne effectif commence en 1694 et se prolonge jusqu’à sa mort en 1725, pour que la Russie s’intéresse véritablement à la conception d’une flotte militaire.

L’histoire de la marine russe commence ainsi : en 1695, pendant qu’il assiégeait la forteresse russe d’Azof, le tsar s’aperçut qu’il serait impossible de la réduire sans une force navale. Il donna aussitôt l’ordre de construire plusieurs navires armés à l’aide desquels il recommença le siège l’année suivante. Enfin les Turcs furent vaincus et la forteresse prise ! Pour célébrer cet important succès, Pierre fit frapper une médaille où il était inscrit : « Vainqueur par la foudre et les vagues. »

Le pavillon de la marine russe, que nous connaissons tous, blanc surchargé d’une croix bleue constituée par deux diagonales, n’apparut cependant que plusieurs années plus tard, à partir de 1703, après diverses tentatives de mise en place d’autres pavillons. Lors des premières rencontres avec les Turcs, les Russes arborèrent par exemple un pavillon à quartiers rouges et blancs avec une croix bleue brochant sur le tout (deuxième pavillon représenté sur l’illustration ci-dessous). Un peu plus tard, Pierre transforma le pavillon dans la disposition devenue officielle à trois bandes horizontales blanche, bleue et rouge. On remarqua cependant que ce pavillon pouvait aisément être confondu avec le pavillon arboré par les navires hollandais (on notera que la confusion possible avec le pavillon hollandais fut également soulevée en France lors de l’adoption du pavillon tricolore pendant la Révolution), pour qui Pierre le Grand vouait une certaine admiration.

    Extrait du Tableau des Pavillons et Bannières que la plus part des nations arborent à la mer de Jacques Nicolas Bellin, 1756.

Extrait du « Tableau des Pavillons et Bannières que la plus part des nations arborent à la mer » de Jacques Nicolas Bellin, réalisé en 1756.

Le choix d’une croix bleue à branches diagonales semble avoir été guidé par la création du premier grand Ordre russe, l’ordre de Saint-André l’Apôtre. Ce saint, considéré comme le patron de la Terre russe, avait en effet été crucifié sur une croix en X. La couleur bleue sur fond blanc est quant à elle expliquée par la légende suivante : la tradition de la Marine impériale russe rapporte en effet qu’un soir d’hiver, alors qu’il cherchait un dessin de pavillon pour la Marine qu’il venait de créer de toutes pièces, le Tsar Pierre le Grand, accablé de fatigue, s’endormit à sa table de travail. Réveillé par le jour filtrant à travers la croisée gelée, il aperçut, en ouvrant les yeux, une croix bleu ciel sur le papier blanc. Il y vit une indication divine et, sur l’heure, crayonna l’épure du pavillon qui mettait sa flotte sous la protection de Saint-André, premier appelé des apôtres et crucifié à Patras.

La croix bleue fut d’abord intégrée en superposition dans les pavillons existants, notamment le tricolore (premier pavillon représenté sur l’illustration ci-dessus), puis dans un rectangle blanc placé dans le coin supérieur des pavillons distinctifs des éléments d’une escadre : bleu pour l’avant-garde, blanc pour le corps de bataille, rouge pour l’arrière-garde. Et ce n’est en fait qu’au début des années 1710 que le pavillon fut unifié sous la forme d’un rectangle blanc orné d’une croix en X bleue plaquée au milieu du rectangle. Celui-ci était uniquement réservé aux navires de la marine de guerre, les navires de la marine commerciale arboraient quant à eux le pavillon tricolore.

Le pavillon à croix de Saint-André sembla disparaitre en même temps que la marine impériale russe, le 30 octobre 1924. Ce jour là, à quatre heures de l’après-midi, l’amiral français Exelmans, préfet maritime de Bizerte, vint informer l’amiral Behrens et ses officiers commandant les derniers navires de guerre russes de la flotte blanche, que la France ayant reconnu le Gouvernement des Soviets, ils devaient lui livrer leurs bâtiments, rescapés de l’ancienne flotte de la Mer Noire et qui s’étaient réfugiés dans le port tunisien (alors sous protectorat français) après la victoire des Rouges.

Il fut toutefois rétabli en 1992, sur tous les vaisseaux de la marine de guerre russe, au lendemain de la dislocation de l’Union Soviétique.

Sources :
– Nelidow, Alexandre. Les pavillons de la marine impériale russe. Neptunia n°38, juin 1955.
– Plotto, Alexandre. Au service du pavillon de Saint-André.

Illustration du début de billet : Marine russe à Feodosiya (1839). Par Ivan Aivazovskiy.

3 réflexions sur “Marine russe : à propos du pavillon de Saint-André

  1. Bonjour Nicolas,
    Attention, dans le 5e paragraphe vous signalez le bleu pour l’arrière garde et le rouge également pour l’arrière garde.

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