Trafalgar (1805) – Documentaire Arte

Je me permets de vous encourager à voir, ou à revoir, cet intéressant documentaire, signé Fabrice Hourlier et datant de 2007, à propos de la célèbre bataille de Trafalgar. On ne connait que trop bien le désastre subi par les forces navales franco-espagnoles durant cette bataille, qui fut paradoxalement aussi importante qu’inutile. Inutile car, au moment de la bataille, ce fameux 21 octobre 1805, Napoléon et la Grande Armée ne sont plus à Boulogne. L’objectif n’est plus Londres, mais Vienne… Importante de par ses conséquences : ne pouvant envahir l’Angleterre, et ayant constaté les faiblesses de sa marine et son incapacité à pouvoir vaincre sa rivale britannique, Napoléon va vouloir ruiner son ennemi. Le Blocus continental ne suffira pas et l’Empereur cherchera la solution en Russie afin d’achever sa domination sur le continent. Comme l’écrit si justement Philippe Masson : « Par une ironie de l’histoire, au lendemain de l’échec de la bataille d’Angleterre de l’été 1940, Hitler en arrivera exactement à la même conclusion. Dans un cas comme dans l’autre, le sort de la lutte entre la puissance navale et la puissance terrestre se jouera dans les immenses étendues de l’Est sur un énorme coup de poker ». Ainsi les deux hommes iront « inutilement jusqu’à Moscou, faute d’avoir pu passer le Pas-de-Calais » (Jacques Bainville). Pour l’historien Jean Tulard, « Après Trafalgar, l’Empereur est vaincu, sans le savoir encore ».

3 réflexions sur “Trafalgar (1805) – Documentaire Arte

  1. « Après Trafalgar, l’Empereur est vaincu, sans le savoir encore » (Jean Tulard). Un peu exagéré tout de même !

  2. Napoléon Ⅰer voulut-il vraiment envahir le Royaume-Uni ou seulement, par la menace d’une invasion fictive, obliger ce pays à négocier ?

    Le documentaire de la chaîne Arte donne la parole à trois spécialistes qui évoquent (vers 12 / 13 minutes) l’énormité des dépenses auxquelles Napoléon consentit pour préparer notre marine à un débarquement au Royaume-Uni en 1805. M. Rémi Monaque rappelle que la flottille de Boulogne, à elle seule, coûta quelque soixante millions de francs, soit le prix d’une petite cinquantaine de vaisseaux (de soixante-quatorze canons). M. Jean Tulard conclut que, si ce fut un bluff, il fut fort coûteux. Mme Michèle Battesti décrit les investissements considérables en infrastructures… Un Britannique (vers 14 / 15 minutes) parle de l’inquiétude que ces préparatifs causaient au Royaume-Uni : on les y prenait au sérieux.

    Voici une analyse de Mme Michèle Battesti sur les objectifs stratégiques de Napoléon Ⅰer, analyse que l’on trouve sur le site de la Fondation Napoléon :
    « La Grande Armée est le résultat de l’organisation du camp de Boulogne : c’est une boutade de Napoléon mais c’est aussi une réalité qu’on ne peut lui enlever ! Cependant, le camp de Boulogne représentait le cantonnement de 150 000 hommes, des infrastructures, la mobilisation de 20 000 hommes destinés à la flottille, la flottille elle-même. Ce coût démentiel montre que ce projet n’était vraiment pas une “boutade” de Napoléon, mais qu’il avait bien la volonté d’envahir l’Angleterre. » ⑴

    Le prix monstrueux du projet de débarquement conforte l’idée qu’il était sérieux, mais il convient de rappeler ce qu’était le prix de la guerre.

    Le fait est qu’un vaisseau de soixante-quatorze canons coûtait en 1789 un million deux cent vingt-cinq mille cent quatre-vingt-douze francs selon Jean Boudriot ⑵. Il fallait aussi ajouter le coût de leur entretien et des radoubs, jusqu’à leur désarmement final. En 1824 coût total d’un de ces navires s’élevait à un million six cent quarante-huit mille six cent soixante francs, et montait à deux millions cinq cent soixanre-quatre mille quatre cent vingt-et-un francs pour un vaisseau de cent dix-huit canons ⑶. En 1800, le Royaume-Uni dépensa trois cent trente millions de francs pour sa marine, et trois cent soixante-quatre millions en 1805. Pour sa part la France dépensa quatre-vingt-dix millions huit cent mille francs en l’An VIII (septembre 1800 – septembre 1801) et cent cinquante quatre millions en l’An XIII (septembre 1804 – septembre 1805) ⑷.

    D’après le diplomate Charles Crosnier de Varigny ⑸, les guerres de la Révolution et de l’Empire auraient coûté à la Grande-Bretagne vingt-trois milliards de francs-or entre 1793 et 1815, somme monstrueuse. Selon l’Annuaire historique universel de Charles-Louis Lesur (1820), cité par un billet du site Trois-Ponts! ⑹, en 1820 la dette publique du Royaume-Uni atteignait vingt-et-un milliards trois cent quarante-deux millions huit cent soixante-treize mille francs, de sorte que l’on peut estimer que ce pays n’était endetté que d’avoir mené et financé les guerres contre la France pendant près d’un quart de siècle. Le coût total de ces mêmes guerres pour la France est difficile à estimer en raison surtout du chaos de cette guerre civile qu’avait été la Révolution (1792-1799), mais on l’estime sous Napoléon Ⅰer à un peu moins d’un demi-milliard de francs-or par an, et vraisemblablement environ huit milliards pour l’ensemble du Consulat et de l’Empire. On peut en déduire que vraisemblablement la France, pourtant confrontée à une coalition dont le Royaume-Uni était avant tout le financier, dépensa, pour l’ensemble de ces guerres, en excluant le coût de la guerre civile en France, moins que ce que ce même conflit coûta à ce seul ennemi. Cependant en 1820 notre dette publique n’était que de trois milliards sept cent soixante-six millions huit cent vingt mille francs ⑵.

    « Au moment de la paix d’Amiens, en 1802, « la marine de Louis XVI est détruite. Entre 1793 et 1802, la flotte a perdu 57 vaisseaux, 102 frégates et 138 navires de rangs inférieurs. Ces pertes sont loin d’être compensées par les constructions neuves. » Dès lors, l’une des priorités du Premier Consul est de reconstituer la marine. Pour autant, « Napoléon est conscient qu’il ne peut pas prétendre à la parité, à l’égalité avec la Royal Navy. Il le dit lui-même : ce serait une chimère, les dépenses considérables que cette prétention exigeraient compromettraient notre position continentale. C’est le problème de tous les décideurs en France. La France est un pays hybride, à dominante continentale avec deux superbes façades maritimes. Toute la question est de savoir quelle est la place de la marine dans la stratégie générale d’une puissance qui est à dominante continentale. » » ⑺

    Le Royaume-Uni était le banquier de l’Europe et le financier des coalitions qu’affrontait la France : tant qu’il demeurait en guerre, de grandes coalitions feraient la guerre à la France. Pour le tenir en respect il fallait n’être pas désarmé contre lui, et donc il fallait d’énormes investissements, en infrastructures notamment, par exemple en continuant les travaux du port de Cherbourg, entamés en 1784 par Louis XVI qui, malgré son désir de paix, savait ne pouvoir prendre le risque passer à Londres pour inoffensif. Un projet de débarquement même s’il était fictif, même s’il était extraordinairement onéreux, coûtait toujours moins cher que la guerre, et serait rentable s’il obligeait la Grande-Bretagne à envisager la paix.

    NOTES :

    ⑴ Mme Michèle Battesti, entretien avec Mme Irène Delage du 6 octobre 2004, publié par le site de la Fondation Napoléon.

    ⑵ Cité par un maquettiste.

    ⑶ Selon Jean Boudriot toujours, cité par Trois-Ponts!

    ⑷ Patrick Villiers, Les Vaisseaux français en 1805. Des Budgets de 1799 à 1805 aux analyses de Burgue-Missiessy, théoricien et marin devenu amiral renommé, p. 1. Cette analyse de M. Patrick Villiers est téléchargeable sur le site du Centre de recherche et d’histoire atlantique et littorale.

    ⑸ Sur Charles Crosnier de Varigny, on peut lire sa fiche sur Wikipédia.

    Billet du site Trois-Ponts! du 20 février 2015.

    ⑺ Extrait d’une conférence de Mme Battesti résumé par un billet du site Trois-Ponts!

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