Lettre ouverte au chef d’état-major de la Marine, l’amiral Christophe Prazuck

Amiral,

La Marine nationale compte environ 60 bâtiments de combat, bâtiments de patrouille et sous-marins. Conformément à une tradition vieille de plusieurs siècles, le tiers de ces bâtiments portent le nom d’anciens grands serviteurs de la France, marins notamment.

Au sein de la Force d’Action navale, le porte-avions à propulsion nucléaire Charles de Gaulle, fleuron de notre Marine, porte le nom d’un ancien et fameux Président de la République, initiateur de la dissuasion française garante de l’indépendance nationale. Plusieurs frégates honorent quant à elle le nom d’anciens grands marins français. Il en sera d’ailleurs de même pour les SNA de nouvelle génération de type Suffren.

Les Patrouilleurs de haute-mer portent le nom de plusieurs marins morts au champ d’honneur durant la Seconde Guerre mondiale : le Lieutenant de vaisseau Le Hénaf, le Premier maître l’Her, le Commandant Blaison, l’Enseigne de vaisseau Jacoubet, le Commandant Ducuing, le Commandant Birot et le Commandant Bouan.

Plusieurs bâtiments spécialisés portent enfin le nom de navigateurs ou de scientifiques illustres : le D’Entrecasteaux, le Bougainville, le Champlain, le Beautemps-Beaupré, le Lapérouse, le Borda, le Laplace, le Dupuy de Lôme, le Monge.

Force est de constater, en parcourant les noms de ces bâtiments, que pas un seul n’honore la mémoire d’une femme. En fait, il me semble que le dernier bâtiment français d’importance à avoir porté le nom d’une femme fut la Jeanne d’Arc, retirée du service en 2010, bientôt 10 ans !

Bien sur, les femmes ayant pendant longtemps et jusqu’à récemment été exclues des navires de guerre, elles n’ont eu que très peu d’occasions de se distinguer au cours de l’histoire de notre marine.  Et pourtant je pense à Louise Marguerite de Bréville, qui au sein de l’escadre de l’Amiral d’Estrées, commanda la frégate La Madeleine et fut tuée au combat en 1673. Je pense à Jeanne Barret, connue pour être la première femme à faire le tour du monde, en faisant partie de l’expédition de Bougainville entre 1766 et 1769. Je pense à Rose de Freycinet, qui pour pouvoir participer à l’expédition scientifique à bord de l’Uranie en 1816, se fit courageusement passer pour un homme, affrontant ainsi la désapprobation de tous, tant des autorités officielles que de sa famille.

Je pense à Nicole Girard Mangin, unique femme médecin envoyée au front durant la Grande Guerre, et qui fut notamment à Verdun. Je pense à la scientifique Marie Curie qui, pendant ce même conflit, participa a l’effort de guerre en équipant 18 ambulances radiologiques. Je pense à Suzanne Noël, véritable pionnière de la chirurgie réparatrice et esthétique qui pendant la Première Guerre mondiale, opéra les gueules cassées, et pendant la Seconde, modifia les visages de résistants ou de juifs recherchés par la Gestapo.

Je pense aux résistantes à l’occupation allemande et au régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale, et notamment à Marie-Madeleine Fourcade, qui fut à la tête du réseau de renseignement Alliance, réseau qui jouera un rôle important dans le renseignement naval puisqu’il renseignera les Britanniques quant aux départs des sous-marins allemands de la base de Lorient.

Je pense encore aux femmes volontaires des Services féminins de la Flotte créés en 1943 !

N’est-il pas grand temps pour la Marine nationale de reconnaitre les contributions extraordinaires de certaines de ces femmes ?

Vous avez en de nombreuses reprises, et encore récemment, exprimé l’objectif d’augmenter la proportion de femmes au sein de la Marine, cet objectif ne passe-t-il pas par la reconnaissance des plus illustres d’entre elles ? Il me semble que les femmes appelées à servir dans les navires de la Marine nationale méritent une telle reconnaissance.

Le 5 septembre 1799, un membre de la Commission de Marine, le député Boulay-Paty, de la Loire-Inférieure, déclara au Conseil des Cinq-Cents, pour justifier de donner aux navires de guerre les noms des grands serviteurs de l’État : « L’exemple des héros enfante des héros ! » Aujourd’hui, il vous revient de déclarer : « L’exemple des héroïnes enfante des héroïnes ! »

3 réflexions sur “Lettre ouverte au chef d’état-major de la Marine, l’amiral Christophe Prazuck

  1. certes, mais depuis les années 70-80, le recrutement des femmes au sein de la Marine Nationale fut non négligeable; et maintenant, elles occupent, pour certaines, des postes stratégiques…!! il faut surtout se « pencher » (il me semble !!) sur le nombre des bâtiments indisponibles pour plusieurs raisons ; c’est cela l’essentiel… « Ils » verront par la suite à donner à des bâtiments des noms féminins ….!!

  2. Vous oubliez JF M de Surville premier marin français à accoster et séjourner il y a 250 ans en Nouvelle Zélande en même temps que Cook l’anglais mais manifestement la com britannique et supérieure et plus efficace que la française

  3. Bâtiments indisponibles ou non.. cela ne change rien a ce sujet de donner de noms d’héroïnes à des bâtiments de la Royale

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