Introduction à l’histoire des vaisseaux de premier rang britanniques au XIXe siècle

La HMS Britannia, de type Caledonia, en 1860 environ

Au XVIIIe siècle, les trois-ponts anglais étaient sensiblement plus petits et moins puissants que leurs homologues français. Tandis que ces derniers étaient tous des navires de première importance, portant 110 à 118 canons, les Anglais continuaient de construire des « petits » trois-ponts, portant 90 à 98 canons, classés comme vaisseaux de deuxième rang. Les plus grands trois-ponts de la Royal Navy, de premier rang, ne dépassaient pas 100/104 canons, à l’image du fameux HMS Victory, dessiné par Thomas Slade et lancé le 7 mai 1765. 

Le 18 décembre 1793, la Royal Navy captura à Toulon le Commerce de Marseille, qui fut immédiatement amené en Angleterre. Pour la première fois, les Anglais purent voir et étudier de prêt le nouveau vaisseau de premier rang français de 118 canons. Ils constatèrent que malgré ses dimensions impressionnantes, ses qualités à la mer étaient excellentes.

Conséquence directe ou non de ce constat, c’est précisément à cette époque qu’il fut ordonné la construction à Plymouth d’un vaisseau trois-ponts de 120 canons, la Caledonia (Écosse), conçue par William Rule en 1797, mise en chantier en 1805 et lancée en 1808. Vaisseau-amiral de l’escadre de Méditerranée, la Caledonia participa notamment au combat du 13 novembre 1813 devant Toulon, ainsi qu’à celui du 13 février 1814 contre le Romulus, 74 canons français, sans succès.

La Caledonia avait une longueur de 205 pieds, soit de 62,48 mètres. Pour comparaison, les 118 canons français étaient longs de 63,82 mètres. A l’origine, elle était armée de 32 canons de 32 dans sa batterie basse, 34 canons de 24 à sa deuxième batterie, 34 canons de 18 dans sa batterie haute, ainsi que de 8 canons de 12 et 12 caronades de 32 dans les gaillards. Ce vaisseau fut le premier trois-ponts britannique à être percé à seize sabords à la batterie basse (rappelons que les 118 canons français l’étaient également).

Entre 1808 et 1810, trois autres vaisseaux de 120 canons d’un autre type furent mis en construction :  le Nelson à Woolwich, le St Vincent à Plymouth et le Howe à Chatham. Il ne seront lancés qu’en 1814 et 1815, trop tard pour participer à la guerre contre la France napoléonienne. Dotés de qualités à la mer semble-t-il médiocres, ils furent peu utilisés.

Lancé en grande pompe en présence de la famille royale le 4 juillet 1814, le HMS Nelson fut gardé en réserve jusqu’au début de la guerre de Crimée. Il fut transformé en navire mixte et rasé d’une batterie en 1860 avant d’être envoyé en Australie pour servir de vaisseau-école

Au lendemain de la chute de Napoléon, la Royal Navy comptait donc plusieurs types de trois-ponts de premier rang : les 120 canons de type Caledonia, dont la construction de deux autres vaisseaux – la Britannia et le Prince Regent – avait été ordonnée en 1812, les trois 120 canons de type Nelson, ainsi que plusieurs 110 canons et 100 canons de différents types, dont voici la liste :

la Ville de Paris, vaisseau de 110 canons conçu par John Henslow et lancé le 17 juillet 1795 à Chatham, son nom faisait référence au vaisseau français du comte de Grasse capturé lors de la bataille des Saintes le 12 avril 1782, et qui fit naufrage peu de temps après, le 16 août de la même année ;

l’Hibernia (Irlande), vaisseau de 110 canons lancé le 17 novembre 1804 à Plymouth, proche de la Ville de Paris mais légèrement plus grand ;

– le Saint George (ex-Britannia), vaisseau de 100 canons lancé à Postsmouth le 19 octobre 1762, qui participa notamment à la bataille de Traflagar, le 21 octobre 1805 ;

– le Victory, vaisseau de 100 canons conçu par Thomas Slade et lancé à Chatham le 7 mai 1765, célèbre pour avoir été le vaisseau-amiral de Horatio Nelson à Trafalgar ;

– le Royal Sovereign, vaisseau de 100 canons, conçu par Edward Hunt et lancé à Plymouth le 11 septembre 1786, qui participa à la bataille du 13 prairial an II (1er juin 1794) ainsi qu’à la bataille de Trafalgar onze ans plus tard, durant laquelle il portait la marque de l’amiral Collingwood ;

– le Royal George et la Queen Charlotte, tous deux du même type, vaisseaux de 100 canons conçus par Edward Hunt respectivement lancés à Chatham le 16 septembre 1788 et à Deptford le 17 juillet 1810 ;

– le San Josef, ex-San José espagnol, vaisseau de 114 canons capturé par les Britanniques durant la bataille du cap Saint-Vincent, le 14 février 1797.

Plusieurs autres trois-ponts britanniques étaient en outre classés comme vaisseaux de deuxième rang car ils ne dépassaient pas les 100 canons. Tous furent rapidement mis en réserve ou rayés des listes après la guerre contre la France, à l’exception notable de l’Hibernia, qui fut le vaisseau-amiral de l’escadre de Méditerranée de 1816 jusqu’au début de la guerre de Crimée (1853-1856).

Le HMS Hibernia

Dans les années 1820, les Britanniques entreprirent de remplacer tous ces vaisseaux. Ils lancèrent trois small three-deckers, à l’origine conçus pour être des 98 canons mais reclassés comme des 106 et 110 canons en 1817. Il s’agissait du Trafalgar (lancé en 1820), de la Princess Charlotte (1825) et du Royal Adelaide (1828). Il furent les derniers « petits trois-ponts » construits par les Britanniques.

A l’instar des 118 canons en France, ce sont les Caledonia qui constituèrent de fait l’épine dorsale des vaisseaux de premier rang britanniques durant la première moitié du XIXe siècle. Les trois vaisseaux suivant la Caledonia (1808) furent la Britannia (1820), le Prince Regent (1823), le Royal George (1827). A partir de 1825, cinq Caledonia légèrement plus larges furent encore construits : le Neptune (1832), le Royal William (1833), le Waterloo (1833), le St George (1840) et le Trafalgar (1841). Tous, à l’exception de la Caledonia et de la Britannia, seront transformés en vaisseau mixte dans les années 1850 (voir tableau ci-dessous).

Liste des vaisseaux de type Caledonia :

 Nom(s) Mise
en chantier
 Lancement

Transformation
en mixte

 Fin
 Caledonia 1805 25/06/1808

X

 1875
 Britannia 1813 20/10/1820

X

 1869
 Prince Regent 1815 12/04/1823

1861

 1873
 Royal George 1823 22/09/1827

1853

 1875
 Neptune 1827 22/09/1832

1859

 1875
 Royal William 1825 02/04/1833

1860

 1899
 Waterloo 1827 10/06/1833

1859
(rasé)

 1918
 Saint George 1827 27/08/1840

1859

 1883
 Trafalgar 1829 21/06/1841

1859

 1906

Un dixième Caledonia avait été ordonné. Il avait été mis en chantier en 1833 sous le nom de Royal Frederick et renommé la Queen peu avant son lancement le 15 mai 1839, en hommage à la jeune reine Victoria récemment couronnée. Les plans du vaisseau, un 110 canons, furent toutefois modifiés par William Symonds, qui venait d’être nommé Surveyor, sorte de directeur des constructions navales.

William Symonds eut de par son poste une influence considérable et très controversée sur la conception des navires britanniques dans les années 1830 et 1840. C’est probablement ce qui explique que sur les quatre vaisseaux de type Queen prévus à l’origine, seuls la Victoria (renommée Windsor Castle en 1855) et le Frederick William seront mis en chantier, bien tardivement dans les années 1840. Transformés en mixte, il ne seront lancés respectivement qu’en 1859 et 1860, et seront finalement très différents de la Queen (le Frederick William fut d’ailleurs rasé d’une batterie durant sa construction).

La Queen participa à la guerre de Crimée (1853-1856) contre la Russie et au bombardement de Sébastopol du 17 octobre 1854. Il fut transformé en mixte et rasé d’une batterie en 1858-1859, comme plusieurs autres trois-ponts britanniques à cette époque.

La HMS Queen, par Robert Strickland Thomas (1842)

Un autre vaisseau quelque peu dérivé des Caledonia fut le Royal Albert, un 121 canons conçu par Oliver Lang en 1831. Mis en chantier en 1844 à Woolwich, il fut transformé en mixte précipitamment avant son lancement le 13 mai 1854, juste à temps pour être armé et participé à la guerre de Crimée, comme vaisseau-amiral de l’escadre de Méditerranée commandée par Sir Edmond Lyons.

Comme de nombreux vaisseaux construits à cette époque, sa carrière fut très courte du fait de l’innovation technologique, plus rapide que la construction des navires. Le Royal Albert fut désarmé dés 1861 et vendu pour démolition en septembre 1884.

Lancement du HMS Royal Albert en présence de la reine Victoria et du prince Albert, le 13 mai 1854

En 1848-1849, afin de remplacer les premiers Caledonia vieillissant, la Grande-Bretagne mit en chantier quatre vaisseaux de 131 canons d’un nouveau type : le HMS Duke of Wellington (1852), le HMS Marlborough (1855), le HMS Royal Sovereign (1857) et le HMS Prince of Wales (1860). Tous les quatre furent transformés en vaisseaux mixtes durant leur construction.

Seul le Duke of Wellington fut armé à temps pour participer à la guerre de Crimée, comme vaisseau amiral de l’escadre de la Baltique, commandée par les amiraux Charles Napier (1854) puis Richard Dundas (1855).

Il est à noter que l’un de ces vaisseaux, le Royal Sovereign, fut radicalement transformé peu après sa construction. De 1862 à 1864, l’ensemble des ponts du bâtiment furent rasés afin de le transformé en navire expérimental, armé de canons montés sur tourelles, selon l’idée très novatrice du capitaine de vaisseau Cowper Phipps Coles. Ce sujet fera probablement l’objet d’un billet ultérieur.

Le HMS Marlborough à La Valette (Malte), à la fin des années 1850. Ce trois-ponts fut vaisseau-amiral de l’escadre de Méditerranée de 1858 à 1864

Enfin, à la suite de la guerre de Crimée, les Britanniques construisirent un nouveau vaisseau de premier rang, portant 121 canons, la HMS Victoria (1859), premier et seul véritable vaisseau trois-ponts conçu dés l’origine pour être principalement propulsé à la vapeur. Dépassé très rapidement par les navires cuirassés nouvellement conçus, il eut une carrière très brève comme vaisseau-amiral en Méditerranée de 1864 à 1867. Son sister-ship, le HMS Lowe, ne fut jamais achevé en tant que tel pour cette même raison. Le règne des vaisseaux de ligne était terminé…

La HMS Victoria fut le plus grand vaisseau construit par les Britanniques. Ses dimensions restaient toutefois très légèrement inférieures au vaisseau français la Bretagne : 79,25 m contre 81 m

Sources :
– Gardiner, Robert. Warships of the Napoleonic Era : Design, Development and Deployment
– Louvier, Patrick. La puissance navale et militaire britannique en Méditerranée, 1840-1871
– Lyon, David; Winfield, Rif. The Sail and Steam Navy List : All the Ships of the Royal Navy 1815-1889

4 réflexions sur “Introduction à l’histoire des vaisseaux de premier rang britanniques au XIXe siècle

  1. Permettez-moi de vous dire que vous vous référez à des commentaires que j’ai faits sous vos articles (discussion avec Rodrigue sous le billet, effacé depuis, de la perte des vaisseaux de 118 canons l’Orient et l’Impérial ; commentaires sous les billets sur huit idées fausses sur la bataille de Trafalgar, sur les vaisseaux ayant porté le nom la Ville-de-Paris, sur la Santísima Trinidad espagnole et les vaisseaux français de 118 canons, etc).

    Citer mes réflexions pour références, surtout si vous en donnez les liens, permettrait à tout lecteur de retrouver les sources primaires, de comparer des chiffres précis (notamment les dimensions et le déplacement), et serait par surcroît honnête et élégant.

  2. Longueur des vaisseaux français de la classe des États-de-Bourgogne : au début, 196 pieds 6 pouces français, soit 63,83 m ; du Commerce-de-Marseille selon les sources britanniques (la Royal Navy mesurant selon des critères différents, tandis que les variations individuelles, les erreurs de mesures et les déformations de la coque creusaient aussi quelques écarts) : 208 pieds 4 pouces anglais, soit 63,50 m.

  3. Bonjour, en toute bonne foi, je ne me suis nullement référé aux commentaires que vous avez publié sur ce site. Mes sources sont indiquées en fin d’article… Je reste très étonné par vos accusations, non fondées.

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