Une quinzaine de jours après avoir annoncé en grande pompe le nom du futur SNLE de 3e génération, l’Invincible, le Président Emmanuel Macron a dévoilé hier le nom du futur porte-avions français : France Libre. Ce choix assez surprenant va sans doute marquer une nouvelle étape dans la controverse sur le genre des noms des navires. Une controverse de plus d’un siècle que j’ai largement détaillée dans un article publié sur ce site il y a quelques années :
L’usage de l’article devant les noms des navires
Pour résumer les choses, il existe à l’origine une tradition séculaire voulant que l’article qui précède le nom d’un navire s’accorde avec lui. La controverse qui nous intéresse ici débuta ainsi : en 1907, la Marine lança une série de cuirassés (type de bâtiment du genre masculin) aux noms féminins : République, Patrie, Liberté, Démocratie, Justice et Vérité. Une partie de la presse de l’époque prit dès lors la mauvaise habitude de masculiniser systématiquement les articles placés devant les noms de ces navires : le République, le Patrie, etc. l’article « le » sous-entendant ici le cuirassé ou le navire. Cette pratique fut très vite dénoncée comme contraire à la grammaire, à la philologie et à la logique. Mais malgré les interventions de plusieurs ministres de la Marine – Gaston Thomson en 1907 et François Piétri en 1934 notamment – cette habitude ne disparut jamais vraiment. Elle fut même accentuée par le lancement des paquebots Normandie (1932) et France (1960).