« Past and Present »

Suite du billet Navires d’un autre temps qui a semble-t-il été apprécié (j’en suis heureux)… Je l’avais précisé, les photographies d’unités navales modernes passant devant le vieux mais majestueux trois-ponts HMS Victory, à Portsmouth, ne manquent pas. Ce nouveau billet sera donc entièrement consacré au vaisseau anglais, l’occasion d’évoquer notamment l’origine du développement de l’arme sous-marine en Angleterre et de découvrir deux photos très étonnantes datant de 1935.

Ci-dessus, le premier sous-marin de l’histoire de la Royal Navy, le HMS Holland 1 et plusieurs des sept membres de son équipage. Lancé en 1901, il fut perdu en 1913 alors qu’il était remorqué pour être conduit à la casse après son déclassement. Son épave fut récupérée en 1982 et est exposé depuis 1983 au Royal Navy Submarine Museum, à Gosport, sur la côte Sud de l’Angleterre.

Autre photographie du Holland 1.

Parler du Holland 1 (et du Holland 3 dans le précèdent billet), c’est l’occasion d’évoquer rapidement le développement de l’arme sous-marine en Angleterre au début du XXe siècle.

On a souvent affirmé, probablement à tort, que l’Angleterre n’avait jamais vraiment cru en l’arme sous-marine et que c’est pour cette raison qu’elle avait développé ses premiers sous-marins bien tardivement par rapport à la marine française (rappelons que la France mit en service son premier sous-marin, le Gymnote, conçu par les ingénieurs Henri Dupuy de Lôme et Gustave Zédé, en 1888, soit près de quinze ans avant l’Angleterre). C’est oublier bien vite le rôle premier du sous-marin, qui est précisé par le célèbre Américain Robert Fulton dés le début du XIXe siècle : mettre fin à la suprématie anglaise sur les mers ou, selon ses propres mots, « la destruction du despotisme et du monopole maritime de l’Angleterre » (lettre au ministre français de la marine Forfait le 10 avril 1800). C’est pour cette raison que Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul, l’autorise en 1800 à construire et à tester son Nautilus en France. Les essais du submersible furent jugés décevants et ne convainquirent pas, aussi l’histoire n’alla pas plus loin… Néanmoins les Anglais s’inquiétèrent beaucoup des travaux de Fulton et il est avéré qu’ils tentèrent plusieurs fois d’acheter le secret de ses inventions. L’amiral Jervis, le mentor de Nelson, déclara durant cette période : « Pitt est le plus grand des sots qui aient jamais existé d’encourager un genre de guerre inutile à ceux qui sont les maitres de la mer et qui, s’il réussit, les privera de cette suprématie. » C’est la politique navale de l’Angleterre au XIXe siècle résumée en quelques mots ! Le capitaine de frégate français Montgéry, qui comprit avant les autres le succès futur du sous-marin comme arme offensive, en explique très bien la raison, il écrit en 1824 : « Des navires qui deviennent invisibles à volonté, et qui ont la faculté de combattre sous l’eau, sont la seule invention, dans l’état actuel de nos connaissances, qui puisse faire disparaitre la supériorité navale des Anglais. Quelques corsaires sous-marins auraient la faculté d’entrer successivement dans tous les ports de la Grande-Bretagne, et d’y détruire toutes les flottes militaires et marchandes. » Dans ces conditions, comment reprocher aux Anglais de ne pas avoir été des pionniers en la matière ? Quand on est maître du jeu, on ne cherche pas à en changer les règles. Simple question de logique…

Néanmoins, quand l’Angleterre constata, à la fin du XIXe siècle, que la France avait fait des progrès sensibles dans ce domaine et qu’elle s’apprêtait à se constituer une flotte relativement importante de sous-marins, elle n’eut d’autre choix que de réagir. Elle fit appel à l’homme qui fournissait alors l’US Navy, un ingénieur américain d’origine irlandaise : John Philip Holland. Cinq Holland furent ainsi construits sous licence par la compagnie Vickers Maxim entre 1900 et 1902, à Barrow-in-Furness, dans le nord-ouest de l’Angleterre. Ils n’étaient probablement pas les plus performants mais la Royal Navy sut s’en contenter pour pouvoir, dans un premier temps, évaluer les capacités de cette nouvelle arme et si possible trouver les moyens de se protéger contre elle (c’est ce que les Anglais appellent à l’époque « the antidote to submarines »), puis dans un second temps, lorsqu’elle se rendit compte de son potentiel, acquérir une certaine expérience qui lui permit bientôt de construire ses propres sous-marins : les classe A (treize unités construites entre 1902 et 1905), auxquels succédèrent les sous-marins de la classe B (onze unités entre 1904 et 1906), puis de la classe C (trente-huit unités entre 1906 et 1910), etc.

A la veille de la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne avait totalement rattrapé son retard sur les marines française, russe et américaine. Elle disposait alors de la plus grande flotte sous-marine du monde, composée d’unités homogènes et efficaces, contrairement à la France qui n’avait cessé de construire des sous-marins d’une variété de types différents, en particulier à cause de la difficulté à construire des moteurs de grande puissance.

Remarquez que je n’ai ici jamais évoqué le cas de l’Allemagne qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, s’intéressa assez tardivement à l’arme sous-marine, le premier sous-marin allemand étant livré en décembre 1906. A l’instar de la Royal Navy, la marine allemande rattrapa rapidement son retard. Mais c’est déjà une autre histoire…

Le HMS A13. Lancé le 18 avril 1905, il entra en service en 1908. Il est particulièrement connu pour être le premier sous-marin anglais a utiliser un moteur diesel. Le gazole remplace ainsi le pétrole, qui avait lui-même remplacé la vapeur quelques années auparavant. Cette nouveauté permet d’augmenter sensiblement le rayon d’action des sous-marins.

Le HMS B1. Lancé le 25 octobre 1904, il est le premier sous-marin de la classe B, plus grand et plus rapide que ceux de la classe A. Déjà dépassé lors de la Première Guerre mondiale, il sert dés lors à la formation des jeunes sous-mariniers. Il est vendu à la démolition en 1921.

Le HMS B6, lancé le 30 novembre 1905. Déployé en Méditerranée au début de la Première Guerre mondiale, le B6 n’a pas été utilisé en raison du manque de pièces de rechange. La photographie daterait de 1907.

Les sous-marins n’étaient heureusement pas les seuls à pouvoir avoir le privilège de passer devant le fameux trois-ponts britannique. Voici deux photographies, datant toutes les deux de la fin du XIXe siècle, de l’Hydra et de la Devastation, deux navires de la Royal Navy construits en 1871. La première date semble-t-il de 1876, la seconde des années 1890 :

L‘Hydra, lancée le 18 juillet 1871, était un monitor destiné à la protection des côtes, il avait, par nature étant donné son rôle, un tirant d’eau très faible et n’était pas mâté. On le remarque immédiatement sur la photographie, la hauteur de son pont au-dessus de l’eau était très basse, seulement 1 mètre. Rayé des liste en 1901, il fut vendu pour démolition en 1903.

La Devastation, mise en chantier à Portsmouth le 12 novembre 1869, était un cuirassé à tourelles qui avait la grande particularité, à l’époque de sa construction, de n’avoir ni mâts ni voiles, et de dépendre seulement de la vapeur pour sa propulsion, ce qui était alors une première pour un navire de haute-mer. Après son lancement, le 12 juillet 1871, il avait la réputation d’être le plus redoutable cuirassé en service dans le monde, ceci grâce à sa cuirasse et à son armement d’un poids tout à fait exceptionnel.

Notons qu’à l’époque de la construction de la Devastation et de son frère le Thunderer, en tous points semblables, certains membres de la Chambre des communes britannique avaient attaqué ce type de navire, parce qu’ils devaient compter exclusivement sur leurs machines ! De toute évidence, il fallut du temps, à certains, pour admettre la fin de l’utilité de la voile dans la marine de guerre. Cela semble certes évident aujourd’hui, mais ça l’était certainement beaucoup moins à l’époque…

Pour finir, deux photographies très étranges, qui méritent une explication :

Ces photographies ont été publiées par le journal britannique The Illustrated London News (3 août 1935), à l’occasion de la Silver Jubilee Review qui s’est déroulée le 16 juillet 1935. On y voit, sur la première, un modèle du Victory à l’échelle 1/4, passer devant le cuirassé HMS Nelson (tout un symbole !). Sur la seconde, le navire passant devant le frère jumeau du Nelson, le HMS Rodney, est quant à lui une réplique du fameux galion de Francis Drake, le Golden Hind.

L’origine du modèle du Victory, expliquée dans le n°16 de la revue Model Shipwright (juin 1976), est surprenante. Elle serait née, en 1934-1935, d’un désaccord entre deux officiers de la Royal Navy. L’amiral John Kelly, récemment nommé « Commander-in-Chief » à Portsmouth, douta dans une conversation des qualités à la mer, pourtant réputées très bonnes, du Victory, dont on avait récemment entrepris la restauration. Le capitaine Batchelor, historien naval amateur mais passionné, proposa, pour lui prouver le contraire, la construction d’un grand modèle – près de quinze mètres de longueur tout de même – du trois-ponts. Le pari fut accepté par l’amiral, qui le perdit. Car une fois terminé, en effet, il s’avéra que le modèle du Victory naviguait si bien qu’il participa à plusieurs événements organisés à Portsmouth à cette époque, parmi lesquels la revue navale de 1935.

Quinze marins, cachés dans la coque pendant les représentations, montaient sur ce modèle lorsqu’il naviguait dans le port (voir la quatrième photo ci-dessous).

Il fut semble-t-il perdu pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1944, alors qu’il se trouvait toujours à flot, à Portsmouth. Ce ne fut heureusement pas le cas du vrai Victory, qui survécut quasi-miraculeusement aux bombardements allemands pendant toute la durée du conflit !

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